‹ Histoire du blason et science des armoiresChapitre 3 sur 39 · M HISTOIRE DU BLASON · texte numérisé non relu

M HISTOIRE DU BLASON

vit d'aulrui , le chardon qui accroche volontiers le passant du Border. Trois plumes de Taile d'un aigle

distinguaient le chef, deux le capitaine, une le simple gnerrier.

Les Francs aussi , sous la première et la seconde race, avaient pour enseignes nationales un lion. Le lion est reniblènie de la force et de la domination. Le palais de nos rois contenait ordinairement un palais des lions. Les villes reines de 6and , de Bavon et de Berne, nourrissaient des lions, des ours, vivantes et rugissantes armoiries. Ces animaux nationaux étaient nourris aux frais de FËtat, comme les animaux sacrés de TEgypte et les féticlies des nègres. Une féodale abbaye de Flandre entretenait un aigle immortel (perpétua aquUa), A Amiens, et ailleurs, nageaient en liberté les cygnes du roi, iioii moins blancs , non moins royaux que les lis.

§ VI. — Distinctions sociales.

Pour démontrer d'une manière plus évidente encore que nous n'avons été que des imitateurs en fait de distinctions sociales et d'armoiries, jetons un rapide coup d'œil sur les principales marques d'honneur chez les Romains. Nous verrons les mœurs, les coutumes, les réconipensi s changer de nature dans la société catholique féodale ; mais au fond ne sont-ce pas toujours les mêmes principes de distinction ? Un seul élément nouveau mérite d'y être signalé : c'est Tinfluence de la femme, dont la condition était si

Oigitized by

ANTIQUITÉ DBS SYMBOLES. 19

abaissée dans rantiquité , et que releva au moyen âge le senLiment chrétien et Tesprit germanique.

Aristocratie de naissance, nobiles, iUustrei, tperiom , ^plmdidi; chevalerie, or do equeslris ; droil d'armoiries iiiénie , jus magmrnn , et usage des anneaux gravés , nous retrouvons à Rome toutes les distinctions sociales qui prévalurent an moyen âge ; mais au moyen âge elles étaient dégagées de cet ignoble polythéisme, de ce sensualisme désordonné que devait renverser la loi de Jésus-Christ. Ceux qui avaient exercé des magistratures curules, telles que celles de consul, de préteur, de censeur ou d'édile curule ; ceux aussi dont les ancêtres avaiént exercé ces fonctions honorables étaient appelés «oëiles. Ils jouissaient du droit de faire dessiner leurs images, JUS iHAGiNUM ; leurs descendants les conservaient avec un soin extrême, et les faisaient porter devant eux aux funérailles.

Au has de ces images on ftiisait inscrire les hon* neurs, titres et exploits par lesquels on s'était illustré.

Ce droit dimages fut d'abord accordé aux seuls

patriciens ( patrons ayant clients ou protégés); mais les plébéiens Tobtinrent dans la suite , 101*8 de leur admission aux dignités curules.

L^otdre des dievaliers romains a été un ordre distinct dès le commencement de la république romaine. Ces chevaliers étaient choisis parmi les patriciens et les plébéiens indistinctement.

On nommait iUuslres, speciosi, splemUdi, ceux

80 UISTOIRE DU BLASON.

qui descendaient des anciennes familles. Une asses

grande fortune était exigée pour entrer dans Fordi^c des chevaliers.

Les marques dîstinctives d^n chevalin romain étaient, un cheval donné par la république; 2*^ un anneau d'or; 3** la tunique augmti davia; 40 une place réservée au spectacle.

Les chevaliers remplirent quelque temps les fonctions de juges, et ils prirent à ferme les revenus publics.

Tous lies ans, à Ronte, le 15 juillet, il se faisait

une cavalcade de chevaliers ; ils portaient dans leurs mains les ornements militaires (ce sont bien là de vraies décorations) quils avaient reçus des généraux pour prix de leur valeur.

Puis ils passaient la revue du censeur ; si quelques chevaliers étaient déréglés dans leurs mcears, sMIs avaient diminué leur fortune ou mal soigné leurs chevaux, le censeur ordonnait que ces ebevaux fussent vendus, ce qui annonçait la dégradation de Tordre équestre.

On donnait le nom d'equeUris ordinis princeps au chevalier dont le nom était le premiûr inscrit dans le livre du censeur.

La lettre qui garnissait le cothuine du sénateur était une marque distinctive qui, avec les autres insigma, servait à mettre en relief celui qui concourait à donner les lois au peuple, celui qui avait mission de veiller à la sûreté de TÉtat, celui que sa position plaçait dans les rangs de Taristocratie*

Oigitized by

Les sénateurs avaient pour marques distinetives

{imignia ), le laticlave^ htus elavws, ou tunica laU cia\?ia, c'est-à-dire une tunique ou vesle bordée sur le devant d'une bande de pourpre semblable à un ruban. Cette espèce de frange avait une certaine largeur pour la distinguer de celle des chevaliers qui la portaient étroite ; 2? des eotliurnes noirs « espèce de chaussure qui atteignait le milieu de la jambe, et qui était garnie d'une lettre G en argent placée sur le haut du pied : de là ealeeas muiare , devenir sénateur; 5^ une place particulière au ^ectacle, appelée orchestra.

Enfin , les plus braves parmi les guerriers étaient distingués par des couronnes civiques, les enfants nobles par des robes de pourpre et des bulles d'or qu'ils portaient au éou.

§ VII. — Les Anneaux et CtchetB.

Si de ces itisignes, de ces marques dislinctives, nous passons à Tnsage des anneaux, c'estlei que nous trouverons des habitudes, des contâmes qui offrent les rapports les plus frappants avec Tusage des armoiries et des eaehets armoriés. 1^ cachet , chargé d^emblèmes, se transmutait dans la famille, et reinblènie d'un grand n'aurait point été impunément adopté par un autre.

Aucun bijou n^était plus généralement porté que ces anneaux ou i>agues {annuli) ; il parait que cet usage avait été emprunté des Sabins. Les sénateurs

Si HISTOIRE DU BUSON.

el les chevaliers portaient des anneaux dV , ainsi que les tribuns légionnaires.

Les plébéiens portaient des anneaux de fer, À moins qu'ils n^eussent obtenu des anneaux d'or pour leur bravoure à la guerre ou pour quelques services importants. Sous les empereurs on aoeorda plus faeilement eette distinction , et souvent pour des raisons frivoles.

Les bagues étaient enrichies de pierres précieuses; on y faisait graver le portrait de ses ancêtres, de ses amis, de quelque prince ou de quelque homme célèbre, Temblème de quelque événement remarquable ou d'autres pareilssujets* Sylla s'était fait faire une bague où Bocchus, roi de Mauritanie, était représenté lui livrant Jugurtha, cause première de sa rivalité avec Marius. Sur la bague de Pompée étaient gravés trois trophées, emblèmes de ses trois triomphes sur les trois parties du monde. La ligure d^une Vénus armée miait l'anneau de César« Auguste eut d'abord un sphinx gravé sur son anneau , puis la figure d'Alexandre, puis enfin la sienne. Ses successeurs continuèrent à se servir de son anneau.

On se servait ordinairement du chaton des bagues pour sceiler les lettres et les dépêches.

On donnait son anneau pour gage de concours à une action collective : donc cet anneau avait un eiiihième particulier.

ANTIQUrrÉ DIS SyiffiOLIS.

§ YIU. — Le Blason chez les sauvages.

Cet* amour des distinctions est tellement inné au eœur de Phomme; que le blason, simple on

compliqué, a dù toujours exister ( et vous comprenez bien la dilférence qui existe entre l'un et Tautre: le premier est oeiûi des temps anciens, à Tétat

emblématique; le second, comme arl héraldirfftp , appartient au moyen âge). Quand Christophe Colomb revint des Caraïbes, on annonça quil en avait trouvé IHisage en vigueur chez les peuples à^m delà de la mer oeéane. Il y avait dans cette annonce beaucoup de cette exagération commune aux Espagnols; il n'y avait pas cependant erreur complète ; car bien an delà de la mer oeéane, au delà des Amériques , dites-moi ce que les Polynésiens sculptent sur leurs visages, sur leurs corps, si ce ne sont des armobrîes ? Là-bas , le visage d'un guerrier est un éeu; chaque linéament n'y est tracé qu'après un combat et en souvenir d^un ennemi tué et mangé. Les chefs , les rois , portent un tatouage plus serré que celui de leurs sujets: ce tatouage est leiur sceau. S'ils vendent, sMIs concèdent à un étranger un terrain, un objet, et qu'il y ait lieu à dresser un contrat de vente , ces hommes, qui ne savent pas écrire, le signent cependant : ils trempent un morceau de bois dans Tencre, et avec ce morceau de bols ils tracent d^une main

ferme, au bas du contrat, Timage, le dessin Odèle

14 lilàTOlRE DU BLASOW. — ANTIQUITÉ DES SYMBOLES.

du tatouage de leur figure : n'est-ce pas une espèce de blason ?

J'ai eu hàtc déjà de vous avertir de prendre bien garde à la différence qui existe entre ce qu'on a volontiers confondu avec le blason, ou art héraldique du moyen âge, c'est-à-dire les images symboliques, les représentations figurées , l'emblématique enfin des temps anciens , tant je craignais que vous ne vinssiez à vous inépiendrc à cause de la similllude que peuvent oilrir ces deux choses ; au moyen âge, le blason est devenu un art régulier , une science formulée, et surtout les distinctions adoptées se sont transmises sans altération , héréditairement , de générations en générations , comme une partie , et la plus importante même du patrimoine paternel; et le droit d'ainesse, qui régissait l'ordre de succession, s'est étendu, comme nous le verrons plus tard, aux armoiries, auxquelles les cadets ont dù faire une brisure en signe d'infériorité.

Page 1