‹ Histoire du blason et science des armoiriesChapitre 20 sur 48 · ROIS D'ARMES, HÉRAUTS D’ARMES · texte numérisé non relu

ROIS D'ARMES, HÉRAUTS D’ARMES

auquel ils ont donné leur nom ; ils assistaient aux cérémonies du mariage, du couronnement et de la sépulture des rois; ils allaient porter, comme chez les anciens, les déclaralions de guerte® ils réglaient les formalités des tournois et des combats à outrance, faisaient les sommations aux commandants des villes assiégées.

8 LXXXHI. — Le Héraut.

Qu'il me soit permis ici d'emprunter à sir Walter Scott quelques traits du charmant chapitre de Quentin Durward, intitulé le Héraut. Ce récit, plein de verve et tiré des chroniques contemporaines, est une page intéressante de l’histoire du blason; il nous montrera combien les fonctions du véritable héraut d’armes semblaient sacrées , étaient regardées comme une espèce de sacerdoce; leur usurpation paraissait un véritable sacrilége et appelait sur le coupable les plus sévères châtiments.

La scène se passe au château de Péronne, où Louis XI, entrainé par les fallacieux conseils du cardinal de La Balue, a eu l’imprudence de venir se mettre entre les mains dû T'éméraire, au moment où, par ses intrigues, la ville de Liége vient de se soulever contre son vénérable évêque Louis de Bourbon. Le Sanglier des Ardennes, Robert de la Mark, homme exécrable entre tous, impie, blasphémateur, incendiaire, assassin, a Lué de sa main son bienfaiteur, l'illustre et saint prélat, et a osé, souillé de son

sang, se sacrer lui - même prince et évêque de Liége. Dans son audace inouïe il envoie un héraut au duc de Bourgogne, le prince le plus fier de l'Europe, au* Moment mémé où ce dernier est au paroxysme de l’indignation et de la fureur.

Il est bon de se rappeler qu’à #étte époque les hérauts n'étaient envoyés que d’un prince souverain à l'autre, et seulement dans des occasions s0lennelles; la noblesse du second ordre n'employait que des poursuivants d'armes, officiers d’un rang inférieur. On peut aussi remarquer, en passant, que Louis X[, qui ne faisait cas que de ce qui lui promettait une augmentation de puissance ou quelque avantage réel, avait surtout le plus grand ner pour l’art héraldique et les Iéurs R

Rouges, bleus, verts, avec leurs friperies.

Au contraire, l’orgueil de Charles le Téméraire, qui était d’une nature toute différente, n’attachait pas peu d'importance à ce cérémonial.

= Le héraut introduit en ce moment devant les deux princes avait pour vêtement un {abard ou cotte d'armes avec les écussons de sôh maître, dans lesquels la tête de sanglier, au jugement des experts en blason, jouait un rôle plus brillant que conforme aux véritables règles de l’art héraldique. Le reste de son costume, ridicule à force de magnificence, était surchargé de galons, de broderies et d’ornements de toute espèce, et la plume de son panache était si

ROIS D'ARMES, HÉRAUTS D’ARMES. 201 haute, e semblait vouloir balayer le plafond de la salle; en un mot, tous "ses vêtements avaient l'air d’être une caricature ‘et une charge du brillant costume des hérauts. Non-senlement la tête de sanglier était brodée sur toutes les parties de ses habits, mais sa toque | avait la forme et était garnie de défenses u, pour employer le langage

convenable, ’languées et dentées. On pouvait remarquer #omme quelque chose qui annonçait en mè émps la crainte et l'audace, comme

s'il eût senti qu'il s'était chargé d’une dangereuse mission, et. qu'il ne pouvait la remplir avec sûreté qu'à force de hardiesse. Le même mélange d’effron- terie et de timidité fut visible dans la manière dont il salua les deux princes; et il montra en le faisant une gaucherie grotesque qui n’était pas ordinaire aux hérauts habitués à paraitre en présence des souverains. | | |

« Qui es-tu, au nom du diable? » Telle fut l'exclamation par laquelle Charles le Téméraire accueillit ce singulier envoyé.

« Je suis Sanglier - Rouge, répondit: le héraut, officier d'armes de Guillaume de la Mark, par la grâce de Dieu et l'élection du chapitre, prince-évéque de 2 comte de Croye et seigneur de Braëquemont.

Charles sembla rester muet par l’étonnement dont Je frappa l'excès d’audace avec lequel on osait annoncer en sa présence de semblables titres: et le héraut, attribuant peut-être ce silence à l'impression

que l'énurnération des qualités de son e avait faite sur l'esprit du due, continua ainsi qu'il suit :

« Annuntio vobis gaudium magnum. Charles, duc de Bourgogne et comte de Flandre, je vous fais savoir, au nom de mon maitre, qu’en vertu d’une dispense de notre sunt-pér. le pa L » qu'il attend incessamment et qui contiendra 1 substitut convenable ad sacra , iF$Se} les fonctions de prince-évêque de et de maintenir ses droits comme comte de Croye. »

Le due de Bourgogne, à cette pause du discours du héraut comme à toutes les autres, ne fit que s'écrier de nouveau : « Ah! » ou prononcer quelque interjection semblable, du ton d’un homme qui, quoique surpris et irrité, veut cependant entendre tout ce qu’on a à lui dire avant de faire une réponse. A la grande surprise de tous ceux qui étaient.présenis, il ne se permit aucun des gestes brusques et violents qui lui étaient ordinaires; mais il serrait entre ses dents l’ongle de son pouce, ce qui était son tic favori quand il écoutait avec attention et il tenait les yeux baissés, comme sil eût craint de montrer le courroux qu'on y aurait vu étinceler.

Sanglier-Rouge continua donc à s'acquitter de sa mission avec audace. « J'ai à vous requérir, duc Charles, au nom du prince-évèque de Liége et comte de Croye, de vous désister de vos prétentions sur la cité libre et impériale de Liége, et des usurpations que vous avez faites sur ses droits, de connivence avec feu Louis de Bourbon, indigne évêque de cette ville.

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