ROIS D'ARMES, HÉRAUTS D’ARMES
$ LXXXIV. — Durée de cette Institution, . a
En Angleterre, où l’institution.des:hérauts d'armes s’est conservée telle qu’elle était sous Élisabeth, ces officiers ont pour chef le grand maréchal du royaume (le duc de Suffolk). Parmi les trois hérauts immédialement sous ses ordres et qui portent le titre de rois d'armes (kings of arms), il y en a un qui est appelé Garter (Jarretière), parce qu’il est spécialement attaché au service de cet ordre de chevalerie, et chargé d'en porter les insignes aux souverains étrangers. Ces officiers, qui jouissent d’une assez grande considération, et dont le riche costume est encore exactement celui du temps de Henri VIIT, sont chargés de tout ce qui regarde les preuves de noblesse, les généalogies , les titres accordés par le roi; ils font partie de tous les cortéges royaux, assistent aux cérémonies funèbres, à l'ouverture du parlement, elc.
‘En France cette institution n’a pas duré aussi longtemps. On trouve dans l’histoire des guerres de Flandre sous Louis XIIT (année 1654), que ce prince fit signifier un cartel au cardinal infant, gouverneur de cette province pour l'Espagne, et qu'il l'envoya par un héraut : c'est le dernier exemple d’un pareil fait dans nos annales. Sous l'Empire, nous avons encore revu des hérauts d'armes, vêtus de cottes de velours bleu, chargées d’abeilles d’or, et de même sous la Restauration, où l’on avait seu-
sie SCIENCE HÉRALDIQUE.
lement remplacé les abeilles par des fleurs de lis; mais ce n'était plus qu’une vaine imitation de l’antique usage, qui parait d'ailleurs avoir été tout à il abandonné depuis 1830.
$ LXXXV. — Les Armoiries des Vilains.
L’usurpation des noms nobles, celle des armoiries dans les derniers siècles, offrit le spectacle d’un curieux travestissement. Ces bourgeois qui détestaicnt les nobles, qui, sous l’hermine et comme gens du roi, leur faisaient une cruelle guerre, les jalousaient pourtant et les imitaient. Îls inventèrent un blason à eux, sûr moyen d’avilir l’autre. De bonne heure les roturiers eurent aussi des armoiries, des devises et des cris d'armes. Lorsqu'ils furent réunis en associations, ils s’enhardirent à faire aussi les gentilshommes; ils se créèrent peu à peu un blason. D’abord chaque corporation eut sa bannière , et sur sa bannière, le saint qui la protége. Qui eût osé leur interdire la reconnaissance qu'ils devaient à saint Éloi ou à saint Fiacre, leurs patrons? À côté, à la
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place du saint, se mirent peu à peu les insignes du métier, que la corporation imprima aussi sur ses actes et grava sur son sceau. Ainsi la corporation des épiciers-apothicaires de Paris eut armoiries el devises; c'était une main qui sortait d'un nuage dans un ciel étoilé, et qui tenait un fléau avec des balances, et au-dessous cette devise : Lances el pondera servant. À Florence, les plumes étaient l’attribut des arts ou corporations de la soie et de la laine. Dans le soulèvement de 1595, les paysans de la Souabe avaient généralement adopté pour signe de ralliement une croix blanche : certains corps avaient des bannières sur lesquelles était représentée la roue de la fortune ; d’autrés avaient des sceaux sur lesquels on voyait un soc de charrue avec un fléau ou un ràteau, et un sabot formé en croix. | Les roturiers avaient aussi quelquefois des armes individuelles. La Balie de Sienne reconnut dans le pape Jules Il un descendant d’une noble famille qu’on croyait éteinte, parce qu'il avait comine lui, pour armes parlantes, un chène: le pape, dès lors, comprit Sienne dans toutes ses alliances, et embrassa la défense de tous les intérêts de cette république. Dans les contrats, les artisans qui ne savaient pas signer leur nom figuraient souvent les instruments de leur métier. Il reste un grand nombre d’actes souscrits d’un marteau, d’une clef, d’un fer à cheval, d’une roue, à côté desquels le notaire a écrit le nom du maçon, du serrurier, etc. Le père de Luther avait pour marque et pour signe un marteau.
INSIGNES DES ROTURIERS. 215 En parcourant la Suisse, on retrouve dans les anciens cantons, et notamment dans celui du Valais, l'usage des armoiries répandu dans les plus modestes classes de la société; entrez dans un de ces chalets suspendus aux flancs des montagnes et qui offrent au voyageur égaré ou attardé un cordial accueil, une franche et loyale hospitalité, vous verrez attaché au mur un écusson armorié : c’est le blason de la famille. Qu'elle s'appelle Serice, par exemple, et elle portera : en chämp d'azur, un ver- -soie d'argent filant son fil d'or.
$ LXXXVI. — Leurs Armes parlantes.
Dans le beau et curieux cartulaire de Clermont en Beauvoisis, les tenants d'arrière-fiefs (en villenage) ont tous des armes parlantes.
Le serrurier, une clef;
Lefebvre, faverian , un fer à cheval ;
Le tonnelier, un tonneau ;
Le carpentier, une hache;
Le carbonnier, un feu d’or en champ noir ;
Le maçon, un marteau el une équerre;
Le charron, une roue;
Le queu (cuisinier), une marmile ;
Le marchand, un sac ;
Le boucher, une hache;
Le cerclier, un cerceau ;
Le barbier, deux rasotrs ;
Lescripvain, un livre ouvert ;
Le clerc, un rouleau écrit ; Le forestier, un arc ; Le prevost, le maire, une épée ; Ducange, une balance (de changeur); Le candelier , trois chandelles allumées ;
D'autres équivoquent sur le nom et forment une sorte de rébus :
Fauquet, une faux ; Boterelle, trois bottes :
Duquesne, un chéne :
Herenc, un hareng; Cornelle, une corneille ; Lecoq, un coq; Gouvjon, un goujon ; ‘ Poulet, un poulet ;
Sorin, cinq souris ; Dars , un arc; D’autres armoiries roturières font. une allusion plus
ou moins directe au nom :
Dubrulé, une marmite ; Malepart, des dés; Leblond, tête d’argent à cheveux d’or ; Laffilé, un couteau :
Lesac, un sac; Lermite, une tête d’ermite ; Longle, une tête d'ange; Lorens, une grille ; Dumoustier, une cloche ;
La dame du Monche, une téte de TERTIAIRE. avec crosse ;
Pierre. Sarrasin, une téte noire ; | Jehan le Pelé, une téte chauve; - Margue, trois pies; Legay , un geai; ‘Jehan Lecod, un coq; Thorian de Fores, un taureau dans un fourré; Malin, une têle noire ; : | ve - Bontemps, une gérbe' d’or ; | Jehan Courtefoy, trois mains coupées ; Jacques Lempereur, trois couronnes d’or; Pierre Toussaint, une léte avec auréole; Gorgedieu, idem ; Triquotel, des dés ; | : Cuer de Roy , un Cœur rage sous une couronne d'or ; | | Le Moiné, une téle capuchonnée de di Hardy, trois épées; Le Preux, trois épées :
Lebrun, un ours ou un sanglier ; .
Levillain, une vilaine figure, capuchon bleu; Le Pelé, une tête avec serre-têle; Campdaveine, trois bottes d’or ; :
Loys, deux L. | Durpain, trois pains ; - Morel, trois têles de sanglier noir.
8 LXXX VII — Les Noms.
Les noms des roturiers sont généralement tirés de la qualité, de l'accident individuel : le noir, le roux, éte. Ceux des nobles dérivent plutôt dela substance, de la terre, du bien (res): Deville, du Roc, Montaigu, etc. Dans la liste des sergents de Paris, beaucoup de noms se rapportent aux difformités, aux défauts physiques : le borgne, etc. Les montres ou listes de gens d’armes en renferment aussi de nombreux exemples.
On a remarqué avec raison que beaucoüp de noms s’accordaient réellement avec le caractère moral ou physique de lindividu qui les porte; c’est vraiseniblablement qu'ils indiquaient des qualités héréditaires dans la famille : Petit, etc. |
L'importance symbolique du nom se retrouve dans toute l'antiquité: Hector s'appelait. Scamandros, mais les autres Aslyanax... — Meli vocant superi. |
Le sobriquet de l'anglais est John Bull; celui de l'allemand, Michel; celui du Français (du moins autrefois), Jacques ou Jean.
Chez les Grecs, le petit-fils porte le nom: de son grand-père : Cimon, fils de Miltiade, petit-fils de Cimon. À Rome il n’y a qu’un nom pour toute la gens, celui du père de famille; ainsi les dix mille Cornéliens de Cornelius Sylla étaient dix mille esclaves affranchis par lui. Souvent au nom de son
maitre l'esclave ajoute la terminaison por : Marcipor, Caspor, etc. Les musulmans n'ont point de noms de famille; ils ont bien des arnioiries, mais elles sont personnelles ct meurent avec celui auquel elles apparliennent. Au moyen àüge, les tioms de famille ne semblent dater que du x° siècle.
Dans le Credo de Pierre de Plowman, les moines disent aux fidèles qui leur font des donations : « Votre nom sera richement blasonné sur les fenêtres de l'église du monastère, où les hommes le liront à jamais; » et ailleurs : « Ïl y brillera avéc les marques (marks ) des marchands. » En Angleterre , lés commerçants plaçaient leurs marques sur un écusson, formant ainsi hardiment une sorte de blason roturier.
$ LXXX VII, — Devises roturières.
Les foires de Champagne avaient un sceau avec cette devise: Passavant le meillor.
On a trouvé, en creusant des fondations à Lyon, une plaque de cuivre de six pouces de diamètre, représentant la figure d'un empereur (Louis le Débonnaire). et tout autour deux ou trois lignes en caractères hébraïques; sur le revers cette légende: