‹ Histoire du blason et science des armoiriesChapitre 27 sur 48 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

D'UNE NOTICE SUR LA NOBLESSE ET SES ANCIENS PRIVILÈGES SUR LES ROIS D'ARMES ET LES JUGES D'ARMES

Lorsque les hommes formèrent une société, les distinctions qu’on leur accorda furent la récompense du mérite (physique d’abord, intellectuel dans la suite), ou du moins des services rendus à la nation, à la patrie, et généralément reconnus de tous. Par là l'amour de la gloire produisait d'excellents citoyens : plus tard , l'enthousiasme ayant fait passer les distinctions de l’homme qui avait bien mérité de la patrie jusque sur ses fils, dans l'espérance d'exciter leur émulation, ils formérent ce qu’on appela la noblesse d’origine ; maïs il arriva souvent que, jouissaut de ces honneurs par leur naissance, ils mirent en oubli le proverbe : Noblesse oblige, et négligèrent de rendre à la société les services qu’elle attendait d’eux. Cette noblesse d'origineétait inconnue aux Franks, sous les rois. de la première race et longtemps sous ceux de la seconde; cependant il y avait dans l'État des classes distinctes; mais les familles étaient toutes du même ordre: les prérogatives étaient personnelles et non point héréditaires.

Si quelque citoyen se distinguait par dés actions. éciatantes à la guerre ou par un mérite supérieur, alors le roi

le faisait /eude, fidèle ou antrustion. Nous avons déjà vu le sens de ces dénominations. ©" ":

On ne trouve point dans les anciens écrivains sles cérémonies qu’on pratiquait à la réception d’un leude. Ils nous apprennent seulement qu’il prétait serment de fidélité entre les mains du prince. Il était tiré de la classe commune des citoyens: pour entrer: dans un erdre supérieur, dont tous les membres, revêtus d’une noblesse personnelle, avaient des priviléges particuliers ; tels que : 1° d'occuper dans les assemblées générales de la nation appelées le Champ-de- Mars, ensuite le Champ-de-Mai, une place distinguée ; 2 de former le conseil toujours subsistant de la nation, ou cette cour de justice dont le roi était président, et qui réformait les jugements rendus par les ducs et les comtes ; 3° de ne pouvoir être jugés, dans leurs différends , que par le prince, etc.

Leur noblesse, qui ne se transmettait pas par le sang, laissait leurs enfants dans [a classe commune dés citoyens, jusqu’à ce qu'ils eussent mérité par des services personnels d’être eux-mêmes admis à prêter le serment de fidélité au roi pour être reçus au nombre des leudes. Cette sage politique excitait de l’émulation .et donnait de l’ardeur aux moins actifs. … Mais l'amour de la gloire commença à s’affaiblir lorsque la dignité de leude ne fut plus attachée à la valeur. ou au mérite, et que les plus riches et les plus adroîts à plaire y furent associés; toute émulation même fut éteinte quand des esclaves que leur maître venait d'affranchir do furent scandaleusement élevés.

Le don d’une épée ou d’un cheval que le nouveau Zeude recévait autrefois du prince, et qui flattait infiniment son cœur en lui rappelant les services éclatants par lesquels il avait mérité ce présent ou cette marque de distinction, ne toucha plus sa cupidité ; le roi se trouva contraint d’y substiluer une partie de ses domaines.

. On sait combien la faiblesse des rois mérovingiens et

celle des successeurs de Charlemagne encouragèrent les usurpations des seigneurs; nous avons vu la noblesse française née après la bataille de Fontanet (841) se mettre en pos-, session héréditaire de toutes les terres et de tous les droits qui avaient appartenu au pouvoir royal, et enfanter avec la féodalité une noblesse héréditaire.

Dès lors l’État fut divisé en deux ordres bien distincts : celui des 7 rançais nobles, et celui des Français qui n'étaient pas nobles.

Nous avons aussi dit que la hiérarchie féodale comprit. quatre degrés de noblesse : le premier, celui des princes. du sang; le second, celui de la haute noblesse ; le troisième, celui de la noblesse ordinaire ; le quatrième, celui des hommes nouvellement affranchis.

Mais on peut les réduire à deux : la noblesse de race et la noblesse de naissance : ceux dont les ancêtres ont toujours passé pour nobles, et dont on ne peut découvrir l’origine, sont nobles de race ; ceux dont les ancêtres ont été anoblis sont nobles de naissance ; car l'acte d'auoblissement prouve qu’ils ont été roturiers.

La noblesse de race n’est fondée que sur la possession, et si le titre paraissait, il la détruirait. Il y avait en France des charges considérables qui, quoiqu’elles ne fussent pas des charges de la couronne, donnaient cependant rang parmi la haute noblesse : telles étaient celles des premiers gentilshommes de la chambre du roi, celles des capitaines des gardes du corps du roi, etc. La haute noblesse comprenait aüssi les chevaliers de l’ordre du Saint-Esprit, et tous ceux qui commandaient la noblesse, comme les maréchaux de France, les gouverneurs des provinces, les lieutenants généraux, etc. I] y avait également certaines familles illustres qui , par leur naissance, mais sans posséder de grandes charges, avaient rang parmi la haute noblesse.

En Normandie, ceux qui étaient dans l’ordre de la noblesse ordinaire étaient appelés nobles, et dans la plus

__ grande partie des autres provinces du royaume, ils n'étaient qualifiés que d’écuyers. Comme Beaucoup de personnes confondent assez ordinairement le titre de cheväkier avec celui d'écuyer, il est bon de faire remarquer que la qualité de chevalier était au-dessns de celle d’ecuyer, qui n’était qu'un simple gentilhomme, et qui y avait de la différence de Fun à l'autre.

Le titre de chevalier, exprimé en latin par celui de miles, commença à paraître sur la fin de la seconde race, et fut donné comme une espèce de dignité à quelques seigneurs dans certains actes; mais ce ne fut que sous les premiers: rois de la‘ troisième race que ces chevaliers commencèrent à former un corps dans l'État et dans les armées. Alors il y eut une’ espèce de’ jurisprudence qui réglait leur rang, leurs droits, leurs prérogatives, l'âge, les qualités et les autres conditions pot parvenir Ÿ cette dignité. | :

Ce qu'on appeläit méles sous Philippe Auguste était un homme qui avait fait preuve de noblesse'par de bons titres : et de valeur par de belles actions, et à qui la chevalerie avait été conférée avec certaînes cérémonies.

- Ce n'était pas assez d& la naissance pour parveñir à la chevalerie, c'est-à-dire des prenves de noblesse, de nom èt d'armotries' (dont'nos rois cependant dispensaient' quelquefois) ; il fallait encore avoir l’âge de majorité, c'est-àdire vingtun ans, parce: que’ le: titre de’ chevalier supposait le servite, et que celui à qui on le donnait devait' déjà avoit fait preuve de son courage. |

C’est ce qui fait que dans nos historiens on trouve une quantité dé seigneurs de la première-quaité qui n’ont que le titre d’écuyers. Guillaume le Breton (poëte contemporain de Pbhilippe-Augüste) , parlant du seigneur de Tourelle, qui s'était signalé à la bataille de Bouvines, dit de lui :

Qui fleri miles et origine dignus et actu,

BIBLIOGRAPHIE DE L'ART HÉRALDIQUE: - a7l Ce seigneur de Tourelte était, à la vérité, d'une haute maissance, mais il n’était pas éncore chevalier. Nos fois accordaient quelquefois la dispensé d'âge , surtout aux enfants des princes. Joinville rapporte que saint Louis fit chevalier le fils du prince d'Antioche , qui n’avait que seize ans.. H se trouve quantité d'autres exemples semblables. - Pour les écuyers, ils étaient de. deux sortes. Les uns portaient ce nom à câuse de la qualité de leurs fiefs; et il y en avait beaucoup de cette espèce, surtout en Angleterre. Écuage est appelé en latin scutagium , C'est-à-diré servilium .escuagh ; ei ictl tenat que tient sa. terre par ecuage tient par service de chevalie. | Les autres écuyers étaient généralement tous les gentilsommes qui faisaient le service iuprès des chevaliers avant de parvenir eux-mêmes à la dignité de chevalier. On les appelait en latir scutarëi, soutiferi, armigeri: Leurs fonctions étaient d’être assidus auprès-des chevaliers et de leur rendre certains services, surtout à l’armée et dans les tournois. Voilà l’origine et la différènce des chevaliers: el des écuyers. | | | : UE + La noblesse se prouvait par contrat de mariage, extrail “-baptistère, partage, testainent, transaction et autres aêtes en bonne et due forme. Les ÉAIEE nobles chez eux l'étaient en France. … | Ceux qui n'étaient pas nobles de naissance ne à pomvset être anoblis quepar le rol. L’anoblissement s acquérait ou par des lettres: de noblesse que Sa Majesté accordait :à des personnes distinguées par leurs services ou par leurstalems, ou par les provisions d’une charge qui‘ anobiit. Felles étaient les charges dé la couronne, celle de-secrétaire: ‘du-roi, celle de conseiller au parlement dé Pañis et autrés cours supérieures de la même ville, etc. Mais: afin qué là noblesse de l'officier püt passer à ses enfants, il fallait qu'il eût possédé la charge pendant vingt ans ou -qu Ai en | fat revêlu lors de sa mort. Hs Deus

| L'échevinage de plusieurs villes donnait droit aussi à la noblesse; on l’appelait noblesse de la cloche, parce que les assemblées où se nommaient les échevins étaient ordinairement convoquées au son de la cloche.

Les premières lettres d’anoblissement fureat données par Philippe le Hardi en faveur de Raoul l’orfèvre (1270). Charles V accorda la noblesse à tous les bourgeois de Paris : elle leur fut confirmée par Charles VI, Louis XI, François l‘* et Henri Il; mais Henri III restreigait ce privilége en 1577 aux seuls prévôts des marchands et aux échevins. 1! fut supprimé en 1667, rétabli en 1707, supprimé de nouveau en 1715 et rétabli entin en 1716,eta duré jusqu’à la révolution.

Avant l'ordonnance de Blois en 1579, le roturier qui achetait un fief noble devenait noble; mais, par l’article 268 de cette ordonnance, Henri III supprima ce privilége.

La profession des armes anoblissait ceux qui l’exerçaient. Ceperdant Henri IV, quoiqu'il dût tant à ses braves capi- . taines, déclara par son édit de 1600 qu'elle cesserait d’anoblir, et qu’elle ne serait pas censée avoir parfaitement anobli la personne de ceux qui ne l'avaient exercée que depuis l'an 1563, c'est-à-dire depuis l’époque des guerres de religion en France. Louis XV rétablit ce droit par son édit de 1750; la révolution l’a naturellement aboli, comme toutes les autres distinctions.

Par ce qui vient d’être dit, on voit que les distinctions ont formé la noblesse personnelle, et que de celle-ci est sortie la noblesse héréditaire, cette noblesse de nom et d'origine qui à commencé au premier leude, fidèle ou antrustion, dont l’origine n’était souillée d'aucune tache de servitude; car alors l’antiquité faisait seule les nobles, ou plutôt les nobles étaient ceux qui se distinguaient par des services rendus à leur patrie. |

Quand les barons et chevaliers. après la découverte des pandectes , prirent le parti de se retirer du parlement et

d'abandonner une de leurs plus anciennes et illustres prérogatives , celle de juger les peuples (ce qui arriva sous Philippe le Bel et ses fils, les premiers Valois), les légistes restèrent seuls, et la robe dès lors reçut une considération qu'elle sut garder. De là vint la distinction qu’on ne connaissait point, de la noblesse d'épée et de la noblesse de robe. | |

La noblesse se perdait par le trafic, par l'exercice d’une profession mécanique, à l’exception du commerce maritime. Les fiefs, quoique héréditaires, ne communiquaient point leur noblesse aux roturiers qui les possédaient.

On comptait en France, avant la révolution, environ soixante-dix mille fiefs ou arrière-fiefs, dont trois mille ou environ étaient des fiefs titrés, tels, par exemple, que les principautés, les duchés, les marquisats, les comtés, les vicomtés et les baronnies.

On comptait aussi en France quatre mille familles, ou environ , d'ancienne noblesse, et environ quatre-vingt-dix mille familles nobles. Leur principale obligation était le service militaire.

On voulait engager Louis XII à secourir Benoît Scaliger. issu d’une ancienne maison de ce nom, à laquelle les Vénitiens avaient Ôté Vérone et quelques autres places. « Cette maison, répondit Louis XII, est très-ancienne, j'en conviens ; mais ce n’est pas avec des noms, des titres et de vieux parchemins qu’on fait ia guerre. »

On disait un jour à ce même prince que les Gascons affectaient de se donner pour gentilshommes ; ce prince s’écria : « Gentilshommes! mais c'est assez d’une épée pour plusieurs de ces gentilshommes ! »

Un de ses gardes du corps eut querelle avec un des premiers seigneurs de la cour, à la noblesse duquel il comparait la sienne, et ce garde dit hautement qu’il s’en tiendrait à ce qu’il avait dit, l'épée à la main. Louis XII en fut instruit , les fit venir tous les deux et demanda à Despense

(c'était le nom du garde du corps) de quelle famille il était pour oser se comparer à un homme qui sortait d’une des . meilleures maisons de France. Le garde du corps répondit : « Sire, ma maison vaut bien la sienne, et monsieur n’en disconviendra pas, » dit-il en se tournant du côté du seigneur de la cour. Puis il reprit (continuant de parler au roi) : « Apparemment que Votre Majesté descend de Noé ! eh bien, Sire, je descends d’un de ses enfants. »

Louis XII ne put s'empêcher de rire de ce système généalogique; il prit la main à tous les deux, et dit au seigneur qu’il lui défendait de se battre contre un homme qui avait l'honneur d’appartenir de si près à la maison royale.

La réponse du garde du corps a été copiée bien des fois, ou du moins imitée par plusieurs de ses successeurs en repartie. On attribue une pareille réponse à un de nos ambassadeurs près de Fhilippe IT, roi d’Espagne.

Henri IV aimait beaucoup la noblesse de France, et un ambassadeur d’Espagne lui ayant marqué sa surprise de ce qu'il était environné de beaucoup de gens de qualité et de condition, ce prince lui répondit : « Si vous m'’aviez vu un jour de bataille, ils me pressent bien davantage ! »

La noblesse française est sans contredit en ancienneté et en gloire la plus illustre de l’Europe ; l’Allemagne prétend l'emporter sur elle en pureté : rien ne saurait nous donner une idée de l’importance qu’attachent les nobles allemands à la filiation, et de l'horreur qu’ils éprouvent pour les mésalliances.

Amelot de la Houssaie dit (tome 11 de ses mémoires, page 363) qu’à la porte de la salle où s’assemble le chapitre de Trèves, on voit encore un vieux tableau presque effacé qui représente un fils naturel de l’empereur Conrad III demandant un canonicat de cette église (de Trèves); le prévôt ou doyen lui répond au nom du chapitre : Domine, te filium imperatoris esse credimus, proba te esse utrinque nobilem. (Seigneur, nous ne doutons pas que vous ne

soyez fils de l’empereur; mais prouvez-nôus que vous êtes noble des deux côtés.)

Il faut, pour être admis dans certains chapitres d’Allemagne, faire preuve de seize quartiers de noblesse paternelle et maternelle , sans mésalliance ; en France, depuis que la haute noblesse n’a pas dédaigné les unions financières, il est peu de maisons qui eussent pu faire les preuves nécessaires pour fournir des chanoines à ces chapitres.

Les idées espagnoles sur la noblesse sont en apparence aussi sévères que celles des Allemands ; mais dans leur esprit il suffit d’être Espagnol pour être noble, surtout parmi les Castillans, qui se croient une espèce d'hommes supérieurs aux autres.

Quand M. de Vendôme fit signer les chefs de la noblesse espagnole en faveur de Philippe V, plusieurs ajoutèrent à leur signature, noble comme le roi. Le duc de Vendôme les laissa faire, ne voulant pas préjudicier aux affaires du prince pour lequel il agissait ; on dit qu’il perdit pourtant patience lorsque l’un d’entre eux, allant encore plus loin que les autres, ajouta à la qualité de noble comme le roi, ces mots : y un poco mas, et un peu davantage. « Apparemment, seigneur cavalier, lui dit le duc de Vendôme, vous ne révoquez pas en doute la noblesse de la maison de Bourbon, la plus ancienne de l'Europe. — Non, seigneur duc, reprit l'Espagnol ; mais Philippe V est Français, et j’ai l'honneur d’être Castillan. »

Dans tous les pays et de tous temps la noblesse a joui de certains priviléges. En France, les nobles étaient exempts de taille personnelle, pourvu qu'ils ne fissent valoir par leurs mains qu’une de leurs métairies ; ils étaient aussi exempts du logement des gens de guerre. Le concordat leur avait abrégé le temps d’étude pour devenir gradues-nommes ; ils n’étaient point sujets aux francs -fiefs ; ils pouvaient seuls être admis aux écoles militaires et dans la maison du

roi; outre cela, la plupart des coutumes donnaient aux nobles des avantages que les roturiers n’avaient pas.

IT a donc importé, à chaque époque , de pouvoir vérifier les prétentions de ceux qui se disaient nobles, et voulaient, en cette qualité, jouir des priviléges attachés à la noblesse. Du temps de la chevalerie, c’étaient les rois d'armes que ce soin regardait, ainsi que nous l’avons établi déjà, et audessous d’eux les hérauts d'armes. Le roi d'armes de France doit être, dit un ancien manuscrit, un noble, sage et vaillant chevalier. Il avait sous ses ordres d'autres rois d'armes provinciaux, des maréchaux, des hérauts et des poursuivants d’armes ; et sa principale fonction était d’ävoir par escript la cognoissance de tous les nobles, tant princes que seigneurs et autres pour lors vivans, et de leurs noms, surnoms, blazons, timbres, nobles - fiefs, afin que le roi soit souvent informe de la noblesse de son royaume.

Voici ce qui se pratiquait à la réception de ce premier roi d'armes, Montjoie. Le jour choisi pour cette cérémonie, qui était ordinairement celui d’une fête solennelle, le récipiendaire se rendait au palais où le roi était pour lors. Les valets de chambre du prince l’attendaient dans l’appartement qui lui était destiné: on le revêtait des habits royaux, comme la personne du roi même ; lorsque le monarque était près de se rendre à l’église ou à la chapelle de son palais pour entendre la messe, le connétable de France, ou, à son défaut, les maréchaux , conduisaient l’élu, précédé des hérauts et rois d'armes de différentes provinces, qui pour lors se trouvaient à la cour : ils le plaçaient vis-à-vis du grand autel, sur une chaise couverte d’un tapis de velours, au-dessous de l’oratoire du roi, à l'aspect duquel il se levait de sa chaise et se mettait à genoux devant lui, prononçait le serment que le connétable ou le premier maréchal lui dictait. | h | Après Ice serment, le connétable lui ôtait le manteau

BIBLIOGRAPHIE DE L'ART HÉRALDIQUE. 277 royal , prenait une épée des mains d’un chevalier, la présentait au roi, qui s'en servait pour conférer l’ordre de

-chevalerie au récipiendaire, s'il n’était pas chevalier. Le connétable prenait ensuite la cotte d'armes portée par un autre chevalier au bout d’une lance; il la donnait au prince, qui en revêtait lui-même l’élu en lui disant : | « Messire tel... par cette cotte et blason couronné de nos armes, nous L’établissons perpétuellement à FPoffice de roi d'armes. » En lui posant la couronne sur la tête, qui lui était présentée avec la même cérémonie, il prononçait ces paroles : « Notre roi d'armes, par cette couronne, nous te nommons par nom Montjoie, qui est notre roi d'armes, au nom de Dieu, de notre Dame sa benoîte mère, et de monseigneur saint Denis, notre patron. » Les hérauts et poursuivants d'armes répétaient alors par trois fois : Mont- Joie saint Denis. Le roi rentrait dans son oratoire. Le roi d'armes se plaçait sur la chaise, où il demeurait assis pendant tout le service divin, tandis que des rois et hérauts d'armes tenaient le manteau royal étendu contre le mur, derrière lui. | Le roi d'armes, après l'office, suivait le roi au palais, où les tables étaient dressées pour le festin. Il prenait place au bout de la seconde table ; et pendant le repas il était servi par deux écuyers el avait une coupe dorée quelquefois, mais rarement. Le roi d'armes était admis à la table du roi lorsqu'il était de naissance à prétendre un pareil honneur; il ne s’en trouve que deux exemples dans notre histoire. Le premier est celui de Robert Dorsin, sous Dagobert, et le second de François de Roussy , roi d'armes sous Philippe- Auguste. A la fin du repas, le roi faisait apporter uue coupe dorée qui avait servi à mnessire Mont- Joie, et y mettait en or ou en argeut la somme dont il voulait le gratifier; on prenait ensuite les épices et le vin du congé, et le roi d'armes, avant de se retirer, présentait au roi celui des hérauts qu'il prenait pour son

maréchal d'armes. Montjoie, paré de KR cotte d’arines et la cowromne en tête, se rendait à son hôtel , 1oujoars escorté du connétable où des maréchaux, et des hérzmts et poursuivants. Un des valets de chambre du roi l’attendait dans son -appartemem, et lui présentañ de la part du prince une couronne et un habilement complet de chevalier.

Les rois d'armes se soutisrent pendant plusieurs siècles sur un ton de dignité. Dans la suite, leur igaorance les dégrada, et leur charge perdit alors tout son dustre. dis cessèrent d’être les juges de Ha noblesse, et leurs fonctions furent réduites à précéder le cortége royal lors des cérémonies publiques.

En 1614, la noblesse assemblée ærx étais généraux venus à Paris demanda à Louis XII, poer empécher l'usurpation des armoiries, qu'il fût établi ven juge d'armes, lequel dresserait des registres universels des pra nobles de tout le royaume.

Ce monarqte eut égard ‘à cette juste reqeête de la noblesse de son royaume, et créa en titre d'offkee, par édit du mois de juin 1615, un juge d'armes, pour er être ore et à l'avenir pourvu, un gen#ilhemme d'ancienne race, expert et bien connaïssant au fait dee œrmes .et des blazons, lequel serait ordinairement à da suite-de Sa Majesté... voulant en outre que les appellations qui interviendraient des rentences et jugements dudit juge d'armes ressortissent nuement par devant les marechaux de France, juges nés de la noblesse.

Ce sont les terres de ce premier ‘édit de création de la charge de juge ‘d’rmes ‘de la noblesse de France.

Louis XIV, voulant porter les choses encore plus ‘loin, créa, par un autre ‘édit Gu mois de novembre 1696, une grande maîtrise générale et souveraine à Paris, et des maitrises particulières dans les provinces, ‘omposées d'un grand nombre d'officiers, pour comnäître des différends :et contestations qui naîtraient à l’occasion des armoiries; et

BIBLIOGRAPHIE DE L'ART HÉRALDIQUE. 279 par le même édit, Sa Majesté supprima l’office de juge d'armes de la noblesse de France.

Mais comme le roi avait accordé, par édit du mois dé mars de la même année, cinq cents letires dé noblesse pour être distribuées par tout le royaume, il fut ordonné, par arrêt du conseil d’État du 18 décembre suivant, que l’ancien juge d’armes règlerait les armoiries de ces nouveaux anoblis, et que l'adresse des lettres de noblesse continuerait de lui être faite comme avant la suppression de la charge.

Mais depuis, Sa Majesté ayant supprimé par édit du mois d'août 1700 les offices créés par celui de novembre 1696, qui n'avaient point été levés, elle rétablit la charge de juge d’armes de la noblesse de France par un autre édit du mois d'avril 1701; il fut enregistré en la chambre des comptes et en la cour des aides de Paris, pour en jouir par celui qui en serait pourvu aux mêmes honneurs, droits et autorités ci-devant; et par un arrêt du conseil d'État du 9 mars 1706, elle déclara formellement que son intention, en rétablissant cette charge, avait ‘été de lui rendre les mêmes droits, attributions et prérogatives dont elle était antérieurement investie. |

François de Chevrier, des vicomtes de Saint-Maurice en Miconnais, chevalier de l’ordre du Roi et gentilhomme ordinaire de sa chambre, est le premier qui ait été pourvu en 1615 de la charge de juge d’armes de la noblesse de France.

Depuis , elle est restée jusqu’à la révolution dans la famille d'Hozier, dont le nom est devenu, pour ainsi dire, synonyme de généalogiste.

Mentionnons encore l’intègre et vertueux Cherin, qui, lorsque Sa Majesté, pour admettre dans ses carrosses un favori dont la noblesse ne remontait pas à 1399, terme exigé, lui intimait de passer outre, n’a jamais manqué de mettre en tête de la généalogie acceptée: P. O. (par ordre).

Aujourd’hui il n’est nullement question de priviléges, de droits honorifiques ; la noblesse, comme j'ai commencé à lé dire au début de cet ouvrage, n’est plus qu’un prestige ; mais n’importe-t-il pas aux études historiques et archéologiques, ce que je crois avoir suffisamment démontré, qu’on ne dédaigne pas un ordre d'enseignement dont on peut tirer tant de profit, et qui pour les esprits sérieux offre tant d'attraits ? En outre, pour ceux qui se peuvent ratiacher à quelqu’une de ces nobles familles dont le plus beau privilége fut toujours de verser son sang pour la France, ne sera-ce point une digne curiosité, un mouvement louable, qui les portera à rechercher ce que firent leurs aïcux, pour les mieux imiter , et à s'instruire dans un art qui seul les peut rendre aptes à eu étudier l’histoire ; j'ai donc cru qu'une bibliographie des ouvrages concernant le blason et les armoriaux généraux de France, ne serait ni sans utilité ni même sans charme. Elle n’embrasse que les principaux traités ; car, s’il eût fallu donner une énumération complète des généalogies partielles imprimées ou manuscrites que renferment nos archives ou nos bibliothèques publiques, un gros volume n’eût pas été suffisant.

—2- Be

Traités des Armoiries et des Blasons des plus illustres familles.

Traité du Blason, dédié à Philippe-Auguste, manuscrit.

C’est le plus ancien livre qui ait été composé sur cette matière; il est orné de superbes enluminures, et se trouve aux manuscrits de la Biblivthèque Royale.

Traité des armoiries ; Traité des rois d'armes et hérauts ; in-folio; manuscrits.

Ces traités sont conservés au département des manuscrits de la Bibliothèque Royale, fonds Brienne, n° 271.

Traité du comportement des armes, par Secile , hérault, adressé au roy Alphonse d’Aragon ; fondation de la chapelle des héraults du roïaume de-France , fondée en l’église de Saint-Antoine le Petit, à Paris, en 1306, avec autres pièces ; in-folio.

Ce traité est conservé à la Bibliothèque Royale, fonds Baluze , n° 7.

Traité d'armoiries, tiré d’un ancien manuscrit anonyme, avec l'explication des termes, par Delaut-MarioleL.

Ce traité est imprimé avec les noms, qualités, charges, etc., des chevaliers du Saint-Esprit, créés par le roi Louis XIV en 1662; in-4°, Bordeaux, 1666.

Armorial, ou Livre du blason enluminé, manuscrit. Bibliothèque Royale, fonds Baluze, n° mm. 187.

Le grand Blason d’armoiries, composé, l'an 1544, par Jean le Feron, avocat au parlement ; manuscrit.

La Croix du Maine, dans sa bibliothèque, cite cet ouvrage. Jean le Feron a publié en 1555 les armoiries et blasons des grands officiers de la couronne.

Le Blason des armes, in-12, Paris, Nyvert; lettre gothique.

Les Blazons des couleurs, livrées et devises, in-12, Lyon ; lettre gothique.

Le Blason des armoiries, auquel est montré la manière de laquelle les anciens et les modernes ont usé en icelles ; par Hierosme Bara, Parisieu, in-4°, Lyon, Ravot, 1511.

Le même, avec plusieurs additions, in-folio, Lyon, 1581, 1590.

De l’État et Comportement des armes contenant l’institution des armoiries et méthode de dresser les généalogies . par Jean Scohier, Daumontois, chanoine de Berghes; infolio, Bruxelles, 1597; in-4°, Bruxelles , 1629; in-folio , Paris, 1630. |

De l’Institution des armes et blazons, par Andien Favyn.

Ce discours est conservé dans son Thédtre d'honneur et de chevalerie, etc.; in-40, Paris, 1626... |

Le même augmenté, in-folio, Paris, Boutonné, 1630.

Traité des armes et armoiries, et les alliances de plusieurs familles de France, par Claude Marois, de l’ordre des Frères Précheurs.

Ce traité est D avec son Parfait gentilhomme, in-8°, Troyes,

Origines et pratiques des armoiries à la gauloise, par Phñibert Monet, jésuite; in-4°, Lyon, 1631-1659.

Introduction au blazon des armoiries, en faveur de la - noblesse, in-4°, Paris, Bellaine , 1631.

Le Roy d'armes, ou l'Art de bien former, charger, briser, timbrer, parer, expliquer et blazonner les armoiries, par Gilbert de Varennes, jésuite; in-folio, Paris, 1635.

Seconde édition, revue et in-folio, Paris, Brion, 1640.

Cet auteur est mort en 1660.

La Vraie et parfaite science des armoiries, ou Indice

armorial ; par Louvant Geliot, avocat au parlement de Bourgogne; in-folio, Paris, Bellaine , 1635.

Le même ouvrage, publié par Pierre Palliot ; in-folio , Dijon, Palliot, 1660.

Palliot l’a augmenté de six mille écussons.

Sommaire armorial, in-4°, Paris, 1638.

Recueil de plusieurs pièces et figures d’armoiries, omises par les auteurs qui ont écrit jusqu'ici de cette science, avec figures, par Marc Vulson de 4 Colombière ; in-folio, Paris , 1639,

La science héroïque, traitant de la noblesse, de l’origine

des armes, de l’art du blazon, simbol. timbre, boulets et autres ornements de l’écu, de la devise, du cry de guerre, de l’écu pendant, des pas et autres prises des anciens chevaliers, des formes différentes de leurs tombeaux , et des marques extérieures de l’écu de nos roys, roynes et enfants de France, et officiers de la couronne et de la maison du roy; par le même; in-folio, Paris, Cramoisy, 1644.

Seconde édition, revue et augmentée, in - folio, Paris, 1669.

La Colombière est mort en 1658. Le savant M. Weiss RE le vrai créateur de la science du blason.

Abrégé méthodique de la science héraldique, par J.- Claude Faure ; in-4° , Chambery, 1647.

Le Mercure armorial, par Charles Segoing, avocat au parlement et au conseil; in-4°, Paris, 1648.

Le Trésor héraldique , ou le Mercure armorial, où sont démontrées toutes les choses nécessaires pour le blason; enrichi de figures et du blason des maisons nobles et considérables de France; in-folio, Paris, 1657.

Le même, retouché par (Jean Royer, sieur) de Prade; in-4°, Paris, 1672.

Discours sur l’origine des armes, in-4° , Lyon, 1658.

C’est le premier ouvrage que Claude-François Menestrier a publié sur ce sujet. Si l'on en croit l’auteur, « il y a peu de bons livres sur l'art du blazon au-dessus de quarante ou cinquante ans (c’est ainsi qu’il parlait en 1703, page 81 du tome ler de sa bibliothèque curieuse), n’y ayant que des peintres, des graveurs, des imprimeurs et des libraires ignorants qui se fussent avisez d’écrire sur cette matière, ou quelques vieux héraults d'armes, qui s’étoient contentés de barbouiller des armoiries. »

On peut voir cependant, par l’énumération des traités précédents, que d’autres auteurs que ceux dont parle le P. Menestrier, avaient travaillé sur le blason; on y compte des avocats au parlement et

même de ses confrères de la société de Jésus; mais le P. Menestrier n'estlime que ce qui sort de sa plume.

Discours sur l'origine des armes, contre le P. Menestrier, par Claude le Laboureur, anrien prévôt de l’île Barbe, in-4°.

Origine du blason, in-4° , Lyon, 1659.

Le Promptuaire armorial et général, divisé en quatre parties , par Jean Boisseau, l’un des enlumineurs du roi; in-folio , Paris, 1659.

Le Blason en plusieurs tables et figures, avec un petit dictionnaire des termes, par Pierre du Val. géographe du roi; in-12, Paris.

Le Traité singulier du blazon, par le P. Anselme de la Vierge Marie.

Ce traité est imprimé à la tête de son Thédtre honneur in-40, Paris, 1664.

Abrégé méthodique des principes héraldiques, ou du Véritable art du blason, par Claude-François Menestrier, jésuite ; in-12, Paris, 1661.

Le même abrégé, avec une requête à monseigneur le “dauphin contre l’auteur du livre qui suit, comme n'ayaut fait que le copier ; in-12, Lyon, 1663, 1670, 1680.

La Méthode royale et historique du blason, avec l'origine des armes des plus illustres États et familles de CEUPORS: in-12, Paris, 1671.

L'Art héraldique, ou ‘Manière d'apprendre le blason, par Jules, baron, écuyer, avocal au parlement ; in-12, Paris , 1672. 1678, 1682.

Quatrième édition , augmentée par lauteuéz in-12, Paris, 1688.

.Get anteur est mort en 1691. RE -

. Le mêmé livre, nouvelle édition, augmentée ‘par Ambroise Playgné. A. E. P., in-12, Paris, 1697-1705. :

Ces lettres initiales signifient avocat au PRRICIRENE et PREND émérite de rhétorique à l’université de Paris.

Le même livre, nouvelle édition considérablement aug mentée ; in-12, Paris, Osmont, 1717.

Quoique ce livre porte le même titre que le précédent, ya pen

dant tant de changements, que M. Playgné, qui les a faits, a jugé à propôs d'en ôter le nôm du premier auteur qui y avait travaillé. ”

. La Pratique des armoiries, ou le Véritable art du -blazon, ou de l'usage des armoiries, par Claude-FrançÇois Menestrier, jésuite; in:12, Paris, .1671'; Lyon, 1671-1672 ; Pa-. ris, 1673.

Les Recherches du blason , ou seconde partie de Y'Usage des armoiries, par le même ; in-12, Paris, 1673; Lyon, 1680.

L’Art du blazon justifié, ou les Preuves du véritable art du blazon , par lemême; in-12, Paris, 1671.

La Méthode roïale du blazon , ou l'Abrégé de cette e méthode , en une feuille, Paris, 1675.

De l'Origine des armoiries et du blason, par Claude- François Menestrier, jésuite ; in-12, Lyon, Amaulry : , 1679.

Ce traité est le premier des dix parties qui devaient composer le grand et fameux ouvrage que le P. Menestrier avait fait espérer depuis si longtemps sur le blason, et qui devait épuiser cette matière.

Origine des ornements des armoiries, par le même, in-12. Paris, 1680. |

Discours de l’origine des armoiries , par Jean le Laboureur ; in-4°, Paris, Couteron, 1684.

Tableau de l’honneur, ou Abrégé méthodique de La science du blazon, par Jacques Chevillard, généalogiste du roi ; une feuille in-folio gravée.

Nouveau Traité de la science du blason, par F. Trudon, graveur ; in-12, Paris, 1689. | |

Abrégé nouveau et méthodique du blason, pour apprendre ce qu’il y a de plus curieux dans cette science; in-12, Lyon, 1705.

Laurent Pianelli, successeur de la Valette , président des résbriers de France à Lyon, est l’auteur de ce petit ouvrage.

Les Principes du blason, in-folio, Paris, Moreau, 1709.

Le même ouvrage augmenté et publié sous ce titre : Principes du blason, où lon explique toutes les règles et tous les termes de cette science; in-4°, Paris, Simart, 1715.

Cet ouvrage est de Louis de Courcillon de Dangeau, de on Française.

Traité du blason, par Dep Denpones: Paris, 1754; 2 volumes in-12. |

Dictionnaire héraldique , par Gastelier de La Tour; Paris, 1777 ; in-8°.

Manuel héraldique, par L. F. D.; does. 1816; in- 80, pl.

Manuel du blason, par Borel d'Hauterive ; Paris, 1840 ; in-12, pl.

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