MORALE
La morale, dans le sens plus étroit du mot, se borne à ce qu'on appelle d ordinaire les bonnes mœurs. Elle se compose d'un ensemble de lois, d'ordonnances et de prohibitions auxquelles une société, une association, reconnaît devoir obéissance, vu qu'elles ont été éprouvées et sanctifiées par une coutume immémoriale, ou instituées par une autorité incontestée, qu'elles dérivent en tout cas d'un pouvoir que cette société, cette association met au-dessus de sa propre autorité. Quand on attribue l'origine de pareilles lois à la révélation médiate ou immédiate d'un pouvoir supérieur, cette croyance est plus près de la vérité que i*opinion d'après laquelle ces sortes de lois sont des inventions de telle ou telle personne. Un individu peut aussi peu créer des lois morales qu'inventer une langue à lui tout seul. Pour l'un et pour Tautrc, il faut une société, ne fût-ce qu'une société de deux individus. Ce qu'un seul homme peut faire, c'est choisir certaines lois parmi les lois morales existantes, afin d'en mieux assurer l'observation dans un certain groupe, mais il ne peut imaginer des lois morales qui aient chance de vivre.
Les vertus sont des forces humaines, développées d'une lelle mani(>re et d'une telle façon, qu'elles contribuent à réaliser une fin reconnue comme bonne, que cette fin soit i'intén^t individuel ou général. Les limites entre la vertu et la morale sontditliciles à fixer en pratique, * Tobéissance aux 422
lois morales demandant un déploiement de forces : cet effort pour atteindre ce qui est reconnu comme bon est une vertu.
La somme de toutes les vertus est la justice. Elle consiste en ceci que Thomme satisfait, dans la juste mesure, à ce qu'exigent de lui son propre intérêt et le véritable intérêt des autres humains.
Au premier abord, il paraîtrait que Texercice de la justice pleine et entière fût possible sans que Thomme fût animé de sentiments d*amabilité et de bienveillance. Il n'en est cependant pas ainsi : ces sentiments n'existent, chez l'homme naturel, qu'à l'état de germe ; ils doivent donc être développés, pour qu'ils deviennent des vertus. Celui qui néglige ce devoir, commet une injustice, d'abord à l'égard de luimême. C'est Tœuvre de la justice de développer ces sentiments de telle sorte qu'ils ne nous entraînent pas à un excès de bienveillance, et, en ceci, on peut le dire, la justice est supérieure h l'amabilité, qu'on trouve déjà assez développée chez les animaux. C'est pourquoi l'Indien dit que, quelles que soient les facultés et les instincts que l'homme possède en commun avec les animaux, la justice le distingue de ces derniers *.
La science morale dans un sens plus large, c^est-à-dirc la connaissance de toutes les manifestations de la vie morale, dans le sens européen du mot, comprend tout ce que, pour être plus clair, nous avons séparé, dans les remarques rapides qui précèdent, de ce qui suit. Nous essayerons de traiter dans ce chapitre ce que, nous autres Européens, nous comprenons sous le nom de doctrine morale.
La morale bouddhique, par sa douceur attrayante et par son effort continu, qui n'est pas seulement de l'ostentation, pour réprimer l'égoïsme, a entraîné la juste admiration du monde entier. C'est justement par ces traits de caractère qu'elle .se
1. Nous n'examinons pas ici si cette vue des Indiens est absolument exacte ; 1 essentiel est de montrer en quoi consiste, pour eux, la différence principale entre l'homme et ranimai.
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montre comme un produit de Tesprit indien, tel que celuici s'est développé dans les écoles des brahmanes et des ascètes. * Bien que les différents systèmes philosophiques et 423 moraux qui dominent dans Tlnde ne soient pas entièrement semblables et équivalents, leurs principes fondamentaux sont les mômes, et il y a entre eux tous une indéniable ressemblance de famille. .
D'après TEglisc, tous ses préceptes moraux dérivent de Gautama Buddha, surnommé ÇâkyasiiSiha ou Çâkyamuni. Comme elle enseigne expressément que ce Sage d'origine royale n'a fait autre chose que proclamer de nouveau les vérités prôchées déjà par tous les Buddhas antérieurs, elle reconnaît, à sa façon, que ces préceptes sont plus anciens que l'institution de la Congrégation actuellement existante. La façon de voir soi-disant « critique », d'après laquelle un beau jour quelqu'un se serait donné comme inventeur de vérités entièrement neuves, est entièrement inconnue à l'Église. Otez du Bouddhisme le dogme que le Seigneur est descendu du ciel pour délivrer les créatures par la proclamation de la vérité ; enlevez-lui la foi dans l'incarnation de l'idéal moral — et vous lui ôtez toute sa force. Tout ce que le Bouddhisme a fait de bon et de grand, il le doit à l'efEcacité de sa foi, seule capable d'animer le squelette desséché de sa morale.
Les commandements moraux qu'on inculque à la fois aux laïques et aux ecclésiastiques, dès leur enfance, sont au nombre de cinq :
i . ne pas tuer * ;