‹ Histoire du bouddhisme dans l'IndeChapitre 180 sur 196 · Yogas. 2, 30 et · texte numérisé non relu

Yogas. 2, 30 et

LE DUARMA 455

dignité, corporelle et spirituelle. Si le principe sur lequel repose la division des dix commandements en deux classes n'a été observé rigoureusement, ni dans le Yoga, ni chez les Bouddhistes, ce fait peut s'expliquer comme la conséquence du besoin qu'on ressentait de modifier un système plus ancien de yamas et de niyamas en vue de fins spéciales ". On 425 peut deviner en partie les motifs qui ont amené ces modifications. C'est ainsi, par exemple, que le Bouddhiste place aparigraha dans le second groupe, vu que, sans ce déplacement, les cinq premiers commandements du Daçaçîla ne pourraient s'appliquer aux laïques. Quant à l'interdiction des boissons spiritueuses, ce n'est que l'extension d'une règle qui primitivement ne s'appliquait qu'aux Brahmanes. S'il y a une chose qui porte bien le caractère d'un niyama^ c'est le vœu de s'abstenir complètement de boissons fermontées. En rendant ce commandement obligatoire pour tous, sans exception, l'Eglise montre qu'elle veut préparer aussi les gens du monde qui croient en elle, à l'état bienheureux de la vie spirituelle, et elle montre en même temps que le brahmane, avec sa règle de vie sévère, doit être ridéal que doit poursuivre tout homme, même quand il n'appartient pas, par sa naissance, à la caste brahmanique. Il n'y a pas, sur la terre, d'être plus sublime qu'un brahmane, qui vit d'une vie aussi austère et a étudié avec autant de conscience qu'un brahmane doit le faire, déclare le Seigneur Buddha lui-même *, et il est donc très naturel que le jeune moine ou novice, comme nous le verrons dans la suite, soit une copie fidèle de l'élève brahmanique, et le moine ayant prononcé ses vœux celle de l'Arya dans la troisième ol (|uatrième période de sa vie.

Bien (juc les laïques ne soient pas obligés d'observer

1. Mahdv. i, 2. Le Tathâgata so qualifia liii-iuAme de roi auiii bien que de brahmane, cdinine il est raconté en d/'taii Mil. P, 225. Une des raisons pourquoi le Tathâgata est dit un brahmane, est qu'il a dépouillé tout péché et toute

nîéchancetr.

d'autres commandements que les cinq premiers, ils font pourtant une œuvre particulièrement méritoire s'ils pro* noncent le vœu de pratiquer les huit premiers commandements {ashtaçîla) ^ Dans ce cas, ils doivent vivre séparés de leur famille.

Dans Fétude de la morale bouddhique, il est important de distinguer la moralité inférieure ou basse, moyenne et supérieure. La nature de ces trois morales est développée dans deux écrits canoniques de TËglise méridionale ^. Dans 426 Tun *^ on nous donne les propres paroles du Tathâgata, qu'il prononça le jour où le roi Ajàtaçatru, torturé de remords au sujet de son parricide, vint chercher son salut auprès du Seigneur ; Tautre contient les préceptes d'Ânanda à un jeune brahmane. Bien que le cadre dans lequel est placé cette dissertation morale diffère complètement dans les deux rédactions, la doctrine du Maître est littéralement conforme à celle de son Disciple. Un sermon de circonstance qui s'applique également à toutes les circonstances, paraît au premier abord assez singulier, mais les fils de Buddha étaient évidemment d'une autre opinion.

Dans cette dissertation, on décrit d'abord la moralité inférieure ou basse ; puis vient la moralité moyenne et enfin la moralité supérieure. Les trois divisions sont rattachées ' l'une à l'autre, sans former cependant une véritable unité ; comme ensemble artistique, cette compilation est bien inférieure H Taperçu systématique du sentier de la vertu et de la sagesse, tel que nous avons appris à le connaître par le Lalitavistara, Pour donner une idée de la manière dont le sujet a été traité, nous ferons suivre quelques extraits de la traduction de Burnouf .

2. Nous parlerons plus tard d'une application un peu ditférente des dix coMiniandcmcnts aux laïques, qu'on trouve chez les Septentrionaux.

'^. Le Samanna-phala-Sutta et le Suhha-Suita, traduits par Burnouf, LoluMy 403. Une rédaction abrogée se trouve dans le Urahmajâla- et le Potthapâda- Sutta.

Dans la partie qui a rapport à la moralité inférieure, le Maître — aussi bien qu'Ânanda — enseigne que le religieux qui possède le çila ne tient pas à s'orner et se parer de couronnes, de parfums, d'onguents ; il n'aime pas un lit haut ou large ; n'accepte pas les dons, l'or et l'argent, le riz non cuit, la viande crue, une femme ou une fille, un esclave, homme ou femme, un bouc, un bélier, un coq, un porc, un éléphant, un bœuf ou un cheval ; il ne veut recevoir ni une terre labourée, ni une propriété quelconque ' ; il évite de se charger des commissions insignifiantes ; * de s'occuper de 427 commerce et d'employer de faux poids et de fausses mesures ; il ne marche pas dans des chemins tortueux, a horreur de la tromperie, de la ruse et des actions blâmables; il évite à tout prix de couper, de battre, de lier, de griffer et de commettre des actes de violence quelconques- Dans la seconde partie, sur la moralité moyenne, on dit à peu près la môme chose que dans la première : les mots seuls diffèrent, ce qui prouve plutôt le talent des rédacteur que le sérieux de leurs convictions. Quelques exemples en diront plus que toutes les remarques :

« On voit de respectables ascètes ou brahmanes » — lisons-nous — « qui jouissent volontiers de ce qu'on leur offre : aliments, boissons, vêtements et chars; lui (le religieux), au contraire, a de l'aversion pour la jouissance do cos choses ; on lui compte cela comme vertu.

1. On remarquera ({uo, d'après les règles mêmes de l'ordre, un moine ne peut posséder rien en propre ; ce sermon est donc, ou parfaitement inutile^ ou a ('té composé à une époque où les règles de Tordre étaient souvent Irangressèes. Ce dernier ras est peu vraisemblable, vu qu'aujourd'hui encore on observe ces n'gles, à part des exceptions réprouvées, M reste donc Thypothi'se que les exhortations à mépriser tout luxe et tous les cadeaux magnifiques ont (Hé primitivement adressées à des personnes qui n'étaient poê obli^^'>es légalement à observer ces préceptes spéciaux, qui peuvent s'appliquer li (les brahmanes, mais sont superflus pour des moines bouddhiques, La coiielusi(»n est évidente : le sermon ou le traité a été emprunté, avec (Certaines iiiodiUrations nécessaires dans le style, etc., à quelque recueil de préceptes puur des brahmanes ou des Yogins.

(( On voit de respectables ascètes ou brahmanes qai aiment à assister à des amusements, tels que danses, concerts, ballets, représentations dramatiques, récitations de contes, musique, représentations de saltimbanques, acrobates, etc., combats d'éléphants, de chevaux, de buffles, de taureaux, de boucs, de bélier, etc. ; lui (le religieux), méprise de pareils amusements ; on lui compte cela comme vertu.

« On voit de respectables ascètes ou brahmanes qui aiment à se parer et à s'orner, en se parfumant, en se frottant de substances onctueuses, en se baignant, en se faisant masser, en se servant du miroir, de collyres, de guirlandes, d'onguents, de poudres odoriférantes pour la bouche, de liniments pour la bouche ; en se liant les cheveux en forme de crête ; en portant un bâton, un nymphaea, un poignard, un parasol, des chaussures bariolées, un turban, une pierre précieuse, un chasse-mouche, des vêtements blancs et ornés de longues franges ; lui (le religieux), au contraire, évite de s'orner et de se parer de cette manière ; cela lui est compté comme vertu. »

428 * La moralité supérieure consiste, en général, en ceci, que le religieux évite soigneusement de célébrer des sacrifices païens, de se mêler de divination, d*astrologie, et d'autres métiers semblables. Tout ce qui est dit dans cette partie a évidemment pour but de réagir contre de pareilles pratiques, auxquelles se livrent beaucoup de moines jainites et certaines classes de brahmanes. On se demande involontairement à quoi pouvaient servir certaines de ces prohibitions, vu qu'on peut difficilement supposer qu'un religieux bouddhique eût onvie de diriger des sacrifices païens, ou que des incrédules Teussent choisi comme officiant dans leurs cérémonies religieuses. Il est facile de répondre à cette question, dès qu'on remarque que la moralité supérieure, tel que le Buddha (ou Ânanda) la définit, est tout simplement la même que celle qui, dans les lois de Manu, est prescrite pour le brahmane, dans sa dernière période de vie

spirituelle, comme yati ou mukta. Le yati doit s'abstenir de faire des sacrifices, des divinations, etc. *, par conséquent sa copie, le moine bouddhique, est bien obligé, par le souci de sa respectabilité, de suivre les mêmes règles. C'est ainsi qu'on s'explique pourquoi le fait d'éviter certains métiers ou pratiques fait partie de la moralité supérieure, tandis que les commandements moraux généraux sont dits inférieurs. Ces bonnes mœurs supérieures sont celles qui ne doivent ôtre pratiquées que par ceux qui sont placés à un degré supérieur de développement.

Il est tout à fait conforme aux idées fondamentales sur lesquelles repose la vie morale chez les Indiens, que le çila (« morale » dans le sens plus restreint du mot) soit plus en évidence chez le moine que la vertu, en tant que çila consiste en continence, en abstinence de tout ce qui nuit aux intérêts de notre prochain ou à notre propre bonheur corporel et spirituel, tandis que la vertu se manifeste plutôt dans des actions déterminées, agissant sur le monde extérieur. Or, c'est justement l'action que le religieux doit éviter, car pour toute action, il faut une certaine passion, rajas, amour ou haine, et comme rajas colore, souille plus ou moins l'être pur et réel, * le moine, qui cherche à éviter toute souillure, 429 doit agir aussi peu que possible. Plus il ressemble à un mort, plus il a fait de progrès dans son développement intérieur. Qu'on admette ou non cet idéal monastique, il n'est pas juste (le reprocher au Bouddhisme, ainsi que cela se fait parfois, que sa morale est purement négative. Cette morale est exactement ce qu'elle doit être d'après la logique du dogme. On a 1(^ droit, si Ton veut, de dire que toute l'Eglise bouddhique pst une folie, mais non d'exiger d'elle qu'elle soit infidèle à ses propres principes. SU ut est y aut non sit.

11 va de soi que fort peu de moines parviennent, pendant hMir vie terrestre, à éviter toute action; en outre, les bonnes

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