‹ Histoire du bouddhisme dans l'IndeChapitre 24 sur 196 · Pâli : Vessantara · texte numérisé non relu

Pâli : Vessantara

Tinvoqua comme témoin. Immédiatement, on entendit sortir de la terre la réponse : « Je puis témoigner de votre libéralité », réponse accompagnée d'un tel bruit de tonnerre, que les légions du Malin en furent comme aplaties.

Pendant que le Grand Homme fit reparaître ainsi le souvenir de la libéralité dont il avait déjà fait preuve dans une existence antérieure, Téléphant Girimekhala s'agenouilla devant lui, et les troupes de Mâra s'enfuirent de tous côtés en abandonnant vêtements et couvre-chefs ^.

A peine les dieux avaient-ils vu que l'armée des démons prenait la fuite, que tous s'écrièrent avec joie : « Mâra est vaincu, le Prince Siddhârtha a triomphé ! Félicitons-le de sa victoire ! » puis, tenant h la main des parfums et des couronnes de fleurs, ils se rendirent en hâte auprès du siège de la Science, sous le figuier. C'est à ceci que fait allusion la chanson suivante :

a Maintenant le glorieux Buddha a vaincu ;

Et le méchant Mâra est battu ! »

C'est ainsi que, à cris joyeux, près du trône de la Science,

Les Nâgas proclamèrent la victoire du Grant Voyant '.

2. D'après le Lalitav. 404, Màra, après Téchec de ses premiers efforts, mais avant la dernière attaque, envoie ses filles (nymphes, Apsarases) pour séduire le Bodbisatva. La même tentative est renouvelée plus tard, dans les traits essentiels, par ses trois filles Rati, Arati et Trshnâ (490), au même moment où, comme nous le verrons, la tradition méridionale place la même tentative.

3. Suivent trois autres strophes, qui ne diffèrent de la première qu'en ceci, qu'au lieu de Nâgas (esprits des eaux, serpents), ce sont d'autres êtres qui jouent le Buddha. Le véritable caractère de la chanson est très clair : elle a originairement aussi peu de rapport avec les dogmes de TËglise bouddhique que les chansons que le peuple, en Europe, chante près des feux de Pâques ou dans la nuit de Saint-Jean. Pour le ton, la chanson rappelle fortement les pièces chantées par les soldats romains, lors du triomphe d'un imperator.

71 * il. — L'état de Buddha est atteint.

Le soleil était encore juste au-dessus de Thorizon au moment où le Grand Homme venait de chasser Tarmée du Prince des Ténèbres. Les bourgeons de Farbre de la Science retombaient sur son vêtement, comme s'ils voulaient Thonorer d'une pluie de coraux rouges. Dans la première veille ' de la nuit il atteignit à la connaissance complète de ce qui avait eu lieu dans les existences antérieures ; dans la seconde, à la vue parfaite de tous les états présents; dans la troisième, il réalisa la connaissance de la série des causes et des eflets.

C^e série résulte du raisonnement suivant K La douleur, la souffrance, la misère, la vieillesse, la maladie, la mort et autres maux semblables existent. Pourquoi existent-ils? Parce que la naissance existe. La naissance est une conséquence du devenir ; le devenir suppose de la matière (ou l'effort) ; celle-ci est produite par le désir; le désir est une conséquence de la sensation ; la sensation, à son tour, résulte du contact (avec un objet qui éveille la sensation) ; il y a contact parce qu'il y a six sens ^ et que ces sens appartiennent à un être organisé. Or, un être organisé se compose d'un nom et d'une forme ; il résulte donc d'une conscience

i. On divise la journée en 8 veilles.

2. Le développement ultérieur manque dans l'introduction du J&taka ; on le retrouve en partie dans le Mahâvagga, 1, i, où cependant les trois veillées sont entièrement consacrées à la méditation de la série. Le pseudo-raisonnement est indiqué avec plus de détail dans Lalitav. 441 . Cette source s'accorde avec rintroduction de Jâtaka en ce qu'elle place dans la première et dans la seconde veille le souvenir des séjours antérieurs et l'aperçu de Texistence actuelle. Les dernières paroles sont : « Dans la première veille de la nuit, le Bodhisatva éleva la science à la contemplation, dissipa l'obscurité et amena les choses à l'état visible. »

3. Le sixième sens, chez les Indiens, est l'âme, le cœur, le sens intérieur.

claire ; celle-ci dépend des impressions et les impressions sont la conséquence de Tignorance. Donc, Tignorance est la base de ce qui existe, * et afin de mettre fin à Texis- 72 tence, dont la mort, la maladie, la tristesse et toutes sortes de misères sont la suite, on n'a qu'à en supprimer la base. Gela ne peut se faire que par le contraire de l'ignorance : la vraie science.

La vraie science consiste dans l'admission de quatre vérités fondamentales, qui sont : 1. l'existence de la souffrance corporelle et morale; 2. la cause de la souffrance; 3. la suppression de la souffrance ; 4. le moyen qui conduit à cette suppression. D'une façon plus détaillée : 1. chaque existence est une souffrance ; 2. le désir est la cause du prolongement d'une existence ; 3. si le désir est supprimé, l'existence n'est plus prolongée ; 4. on peut arriver à cette suppression en menant une sainte vie.

Pendant que le Grand Homme méditait sur les douze chaînons de la série des causes, en les ayant présents à l'esprit, du commencement à la fin, et de la fin au commencement, comme on fait lorsqu'on calcule et qu'on fait l'épreuve de l'opération, — pendant ce temps la terre trembla douze fois jusqu'à ses extrêmes limites. Aux premiers rayons de l'aurore, il avait atteint l'omniscience, il était devenu Buddha (éveillé), et cet événement fit naître des cris de jubilation dans tout l'univers, qui se hâta de revêtir ses habits de fête. Les rayons des drapeaux et banderolles dressés à l'horizon oriental atteignaient l'horizon occidental et vice versa ; il en était de même des drapeaux dressés au midi et au nord. Ceux qui étaient dressés sur terre touchaient jusqu'au ciel suprême où demeure Brahma, tandis que ceux qui étaient attachés au ciel suprême arrivaient jusqu'à t«rre. Toutes les plantes qui portent des fleurs étaient en pleine floraison, tous les arbres fruitiers étaient chaînés de fruits, toutes sortes de roses s'ouvraient aux troncs, aux branches, aux lianes, même dans l'air et sur le sol le plus rocailleux.

L'univers entier était une guirlande et un tapis de fleurs, les ravins, les abîmes les plus profonds, où auparavant la lumière de sept soleils n'avait pu pénétrer, étaient nettement éclairés ; la mer, jusque dans ses profondeurs les plus inaccessibles, était changée en eau douce ; les fleuves cessaient de couler, les aveugles voyaient, les sourds entendaient, les boiteux marchaient droit, les chaînes et les liens tombaient 73 d'eux-mêmes !. * Au moment où, au milieu de cette splendeur incomparable et de tous ces miracles, il venait d'atteindre l'omniscience, il déchargea son âme dans les vers suivants, que récitent tous les Buddhas :

J'ai parcouru mainte existence,

Cherchant, mais en vain,

Le constructeur de la maison.

La renaissance répétée est douloureuse.

Constructeur de la maison ! maintenant tu es découvert.

Tu ne construiras plus de maison,

Toutes tes côtes sont rompues ;

Le sommet protecteur s'est disloqué ;

L'esprit a atteint le Nirvana ;

Le désir a pris fin *.

1. Délivrance, libération de liens etc. se dit moksha ; le même mot signifie aussi fin d'une éclipse. D'après la tradition des Bouddhistes du Nord (chez Schiefner, 245) la défaite de Mdra eut lieu lors d'une éclipse de lune, le jour de pleine lune de Vaiçâkha. Au mt^me moment naquit de Gopâ à Kapilavastu Râhula (c'est-à-dire petite éclipse de lune) et la femme du frère de Çuddhodana, Amrtodana, eut également un fils, Ânanda. Le fait que, chez les Bouddhistes méridionaux, Râhula natt dans la nuit de la fuite, tandis que les Septentrionaux le font nattre vers le moment du triomphe, est une conséquence de la confusion continuelle en mythologie, entre les solstices et les commencements de l'année.

1. Ces vers sont enveloppés d'une sorte de voile mystique, de sorte que l'explication laisse, à plusieurs égards, à désirer. Nous avons suivi autant que possible le commentaire du Dhammap. sir. 153 ss.

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