‹ Histoire du bouddhisme dans l'IndeChapitre 25 sur 196 · Maîtkise. Les sept semaines. Résolution de paraître · texte numérisé non relu

Maîtkise. Les sept semaines. Résolution de paraître

comme prédicateur.

Après avoir prononcé ces vers, le Seigneur se dit en luimême : « Pendant un nombre infini d'âges du monde, je me suis efforcé d'atteindre ce trône; pendant tout ce temps, pour obtenir ce môme siège, j'ai coupé la tête de mon tronc, je me suis arraché les yeux et la chair de mon cœur pour le bien des autres; j'ai donné mon fils, ma fille, ma femme, comme esclaves à des étrangers ^ Ce siège est mon trône triomphal; * assis ici, je sens que j'ai réalisé mon idéal et 74 j'attendrai quelque temps avant de me lever. » — C'est ainsi qu'il resta assis pendant toute une semaine, pendant laquelle il parcourut plusieurs millions de degrés de la méditation. C'est pourquoi un texte * dit : « C'est pourquoi le Seigneur resta assis pendant toute une semaine sur le même siège, dans la conscience bienheureuse de sa libération. »

Alors quelques dieux eurent un moment do doute et pensèrent : « Certainement Siddhârtha n'a pas encore atteint son but, car il ne quitte pas sa place. » Le Maître, qui pénétrait leur pensée, fit un miracle pour mettre fin à leur doute et s'éleva dans l'air. Après avoir fait ceci, il se plaça au nord do son siège, un peu dans la direction orientale et pendant toute une semaine il regarda, sans fermer les yeux, l'endroit où il avait enfin cueilli le fruit de tant d'actions vertueuses. C'est 'd cet endroit qu'on a bAti plus tard le sanctuaire Animisha *.

Ensuite, il passa une semaine à se promener sur un sentier en pierres précieuses [ratnacankrama)^ établi d'Orient en

2. Le Buddha avait accompli ces exploits dans une existence antérieure sous le nom de Viçvantara.

i. Du livre saint Mahdvagga, I, i, i. Comp. Lalilav. 439. 2. Animisha signifie « ne clignant pas les yeux », « ne fermant pas les yeux ».

Occident entre le siège et rcndroit où il se trouvait. Ce sentier devint plus tard le sanctuaire Ratnacankrama.

Pendant la quatrième semaine, les dieux construisirent, dans la direction nord-ouest de Tarbre Bodhi, la maison en pierre précieuse. Là, assis sur un banc, il passa une semaine à méditer TAbhidhamarpitaka et surtout les chapitres Anantanaya (raisonnement sur Tinfini) et tout le Prasthâna (sur les points de départ). Depuis, cet endroit est devenu un sanctuaire, dit le sanctuaire de la Maison en pierres précieuses.

Après avoir passé ainsi quatre semaines près de Tarbre Bodhi, il se rendit de là près du Banian des Chevriers et se livra là à la méditation du Dharma (c'est-à-dire Ordre, Loi, Vertu) et à la conscience bienheureuse de sa délivrance. 75 * D'autre part, TEcriture Sainte * dit que le Seigneur, après son réveil, passa la première semaine sous Tarbre Bodhi, sur les bords de la Nairanjanâ; la seconde, sous le Banian des chevriers; la troisième près du Mucalinda ; la quatrième sous le Râjâyatana, où eut lieu la rencontre avec les deux marchands, Trapusha et Bhallika, dont nous parlerons plus tard ; la cinquième de nouveau sous le Banian des gardeurs de chèvres ^

Une troisième tradition donne encore un récit différent '. Pendant la première semaine, le Seigneur resta sous Tarbre de la Science ; pendant la seconde, il fit une longue promenade, autour de la sphère céleste tout entière ; pendant la troisième, il resta assis, sans fermer les yeux, sur le trône de la Science; pendant la quatrième, il fit une courte pro-

1. Mahâvaggdf I. Nous avons ajouté ce paragraphe afin de ne pas passer sous silence une tradition contenue dans les livres sacrés, et afin de donner en même temps une idée des formes multiples de la légende.

2. L'énumération des semaines s'arrête là. On dirait que quelques-uns ont compté les trois veilles de la nuit de la consécration, nandtmukhi^ dans le Lalitavistara, comme autant de semaines. Si Ton fait cela, on a les cinq semaines du Mahdvagga^ +2 = 7.

'S.Lalilav. 488.

menade, de Tocéan oriental à Tocéan occidental ; c'est alors qu'eut lieu la tentative de Mâra contre lui, que notre source principale ' raconte de la façon suivante :

Mâra, le (mauvais) ange, qui avait suivi on secret le Grand Homme pendant tout ce temps pour le perdre, comprit que le Buddha avait échappé à son pouvoir. Triste et sombre, il se mit au milieu du grand chemin, et traça, comme s'il calculait, seize barres dans le sable. « Je n'ai pas atteint la Perfection de la libéralité comme lui, c'est pourquoi je ne suis pas son égal », pensa-t-il; il traça une barre, puis successivement neuf autres barres, parce qu'il savait qu'il manquait de conduite morale, de renonciation, de sagesse, d'énergie, de patience, de véracité, de constance, d'amabilité et d'équanimité. Pondant qu'il se rappelait qu'il avait été insuffisamment pourvu des dix Perfections nécessaires pour atteindre à la connaissance du monde supra-sensible, * de la prédisposi- 76 tion et des conséquences, de la manière dont on s'élève au degré suprème de la miséricorde, de la manière dont on fait des miracles, aussi de la connaissance sans obstacles, qu'il était enfin dépourvu de la Perfection de l'omniscience, — pendant qu'il se remémorait tout cela, il traça encore six barres.

Pendant que l'Esprit des Ténèbres était là assis plein de tristesse, ses trois filles, Tfshnâ, Arati et Ragâ, qui lavaient cherché pendant quelque temps, l'aperçurent, plongé dans une méditation profonde, traçant des barres dans le sable. « Mes chères filles », dit-il, « le Grand Moine a échappé à mon empire et à ma puissance, et quelque effort que j'aie pu faire pour le suivre et pour attendre le moment de sa perte, je n'ai pu saisir une occasion favorable. Voilà pourquoi je suis si malheureux et si trisle. » — « Si ce n'est que cela », diront les jeunes filles, — « sois sans soucis : c'est nous qui saurons Iq soumettre à notre puissance et l'amener de-

1. Nous reviendrons sur ce que raconte le Laliiav. & ce sujet.

vant toi. » Mâra répondit : « Personne, mes chères enfants, n'esl capable de vaincre cet homme ; il est inébranlablement fixé dans TOrdre. » Elles répondirent : « Cher père ! nous sommes des femmes, sache-le bien. Nous saurons bien le lier des chaînes de Tamour et te l'amener dans cet état ; ne sois pas inquiet. » Après ces paroles, elles se présentèrent devant le Seigneur, et lui dirent : « Nous embrassons vos pieds. Seigneur moine. » Mais le Seigneur ne remarqua pas leurs paroles, ne les regarda pas et continua sa méditation bienheureuse, pendant que son esprit délivré s'éleva jusqu'à la sphère suprême. Les filles de l'ange des Ténèbres, sachant que les goûts diffèrent, que quelques hommes aiment les toutes jeunes filles, d'autres les femmes complètement développées, d'autres des femmes d'âge moyen, d'autres encore de vieilles dames, résolurent de le tenter de différentes façons et prirent des formes différentes, tantôt de jeunes filles, tantôt de femmes complètement développées qui n'avaient jamais encore été mères, ou bien de femmes ayant eu une ou deux grossesses, de femmes d'âge moyen et de vieilles dames. C'est ainsi qu'elles s'approchèrent du Sei- 77 gneur * en prononçant les mômes paroles humbles que la première fois, mais sans obtenir un succès meilleur. Quelques docteurs prétendent que le Seigneur, voyant venir à lui les nymphes sous la forme de vieilles femmes, décida qu'elles resteraient toujours ainsi, chenues et édcntées. Mais cela est inadmissible, le Maître n'ayant pu donner un pareil ordre. Non, il se contenta de dire : « Allez-vous en! pourquoi vous donnez- vous tant de peine? Vous pouvez essayer quelque chose de semblable devant des hommes sensuels, mais un Tathâgata * s'est dépouillé de la passion, dépouillé du péché,

1. Tathâgata est un synonyme de Sugala ; lalhd signifie ici, comme dans lalhya, yalhâlalhâ, vitalha^ « conforme à la règle, exact » ; de même que su signifie « bon ». Les deux mots expriment aussi bien l'idée de « capable » que celle de « vertueux, honnête >», de sorte qu'on pourrait traduire Tathâgata et Sugata à peu près par « Tlnraillible, rinipeccable ». Une expression

dépouillé de raveuglement » ; et pour célébrer sa pureté immaculée il récita, en guise de morale, les deux strophes suivantes, qu'on trouve dans le livre du Dliammapada, dans le chapitre traitant des Buddhas :

Celui dont Tempire ne peut Hre subjugué,

Nul ne peut le vaincre,

Ce Buddha-la dont le domaine est inOni,

Lui qui n'a pas de fond *, comment voulez-vous le prendre en le sui-

[vant à la trace?

Celui qu'aucun enchantement, aucun piège.

Aucun âpre désir ne peut saisir ^ quelque part.

Ce Buddha-là, dont le domaine est infini,

Lui qui n'a pas de fond, comment voulez-vous le prendre en le suivant

[à la trace?

Alors les nymphes dirent : « Notre père a dit la vérité; le Maître très vénérable, très bon, ne peut être saisi par la passion * » ; puis elles retournèrent près de leur père.

Une autre tradition ^ raconte que Mâra, le Malin, dans la quatrième semaine *, s'approcha du Maître de la bonne con- 78 duite, on lui disant : « Eteins-toi * complètement, Seigneur! éteins-toi complètement, Tathàgata! » Mais le Tathâgata répondit : « Je no m'étcindrai pas complètement avant d'avoir des religieux pour répandre ma doctrine, avant d'avoir

analogue, qu'on emploie aussi quand il est question du soleil toujours exact, toujours marchant infatigablement, est vijjâcaranasampanna^ « une personne riche en savoir et en vertu ». — D'après un dictionnaire pâli, lalhdgata signifierait aussi '4 un ^tre vivant ».

2. « Sans fond, sans fondement solide ^, ou « sans trace i*, sont des sens qu'on peut donner au mot apada, et aussi « sans pied » ; cette dernière épithéte est fréquemment employée quand il s'agit du soleil.

3. Ici aussi les termes choisis sont équivoques et, par conséquent, intraduisibles.

4. Aussi « affection, tendresse pour quelqu'un >* ; et aussi : « coloration, louillure ».

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