‹ Histoire du bouddhisme dans l'IndeChapitre 6 sur 196 · Conception · texte numérisé non relu

Conception

Les habitants de Kapilavastu avaient l'habitude de célébrer une fête qui durait du 7 au 14 du mois d'Âshâdha (juinjuillet ').* Lorsque cette semaine de réjouissance eut com- 21 mencé, la vertueuse Mâyâ s'était abstenue de prendre part à la gaieté bruyante des citadins, bien qu'elle eût célébré la fête en toute décence et jeûnant. Le jour avant la pleine lune, elle prit un bain d'eau parfumée et distribua de riches aumônes parmi les pauvres. Ensuite, elle revêtit un habit magnifique, prit un repas exquis, remplit les pieux devoirs fixés pour les jours saints ' et se rendit ensuite dans sa chambre à coucher.

Endormie, la reine eut un rêve : les quatre souverains divins des points cardinaux l'enlevèrent avec son lit et la portèrent sur l'Himalaya, où ils la déposèrent sous l'ombrage d'un arbre à larges branches ; puis ils s'écartèrent respectueusement. Survinrent les quatre femmes de ces souverains, qui emmenèrent la reine au lac Anavatapta, où ils lui firent prendre un bain, afin de la purifier de toute souillure

3. Le Lalitavifltara, p. 62, ne dit rien de cette fête et place la conception au printemps, au jour de pleine lune du mois de Vaiçâkha (avril), au commencement du printemps, au moment où la lune était dans la constellation Pnsba ou Tisbya. Le Mahàvastu, II, 8 (comp. I, 205) donne les mêmes indications, mais n*a pas le nom du mois.

1. Ost-À-dire les jours de sabbat, dont il y en a quatre en un mois : jour de nouvelle lune, de pleine lune, 8« et 22* jour.

humaine. Après le bain, elle fut revêtue d'un vêtement céleste, ointe et ornée de fleurs célestes. Ensuite, on la conduisit vers une Montagne d'argent, au milieu de laquelle était une grotte d'or, arrangée comme un palais, et on la déposa sur un lit de repos," dont la tête était tournée vers rOrient. A ce moment, le Bodhisatva prit la forme d'un Éléphant Blanc, quitta la montagne d'or sur laquelle il se trouvait, monta sur la Montagne d'Argent, entra avec un lis d'eau blanc dans sa trompe, et accompagné d'un bruit formidable, dans la grotte d'or, et après avoir fait trois fois le tour du lit de repos, en prenant la droite, en signe de respect, il ouvrit le flanc droit de la reine, et entra ainsi dans son sein.

Le lendemain matin, la reine, réveillée, raconta ce songe ^ à son mari, qui fit venir immédiatement soixante-quatre brah- 22 mânes, *afin de savoir ce que voulait dire le songe. Les brahmanes dirent : (( Ne soyez pas inquiet, ô Roi; la reine a conçu et mettra au monde un fils, non une fille. S'il vit dans le monde il deviendra un Roi qui sera le maître de la terre * ; s'il renonce au monde, il deviendra un Bouddha et fera briller sa lumière dans l'Univers. »

Au moment de la conception du Bodhisatva dans le sein de sa mère, la nature entière fut en mouvement, et Ton aperçut trente-deux présages : une lumière incomparable illumina tout l'Univers ; les aveugles, comme désireux de com-

2. D'après Lalitav. 63, la reine, après son réveil, se rend au bosquet d'açokas (Jonesia), et y fait venir son mari.

1. Le moi cah'avartin signifie au fond « un homme qui gouverne (waWai/a^i), un district ou un cercle » (cakram). Cette signification de varlin étant tombée en oubli, on donna au mot le sens « d'homme qui fait rouler une roue » ou « dont la roue roule sur la terre », et Ton y attacha le sens de « maître du monde », tandis que le mot, comme nous avons dit, ne signifie que « régent, gouverneur ». Par une sorte de jeu de mots usité en rhétorique, on appliqua le mot aussi au soleil, dont la roue ou le disque (cakra) roule. De pareilles plaisanteries, qui reposent sur un abus de Tétymologie, sont aussi fréquentes dans la mythologie indienne que dans l'ancien droit romain.

templerla splendeur du Bodhisatva, virent ; les sourds purent entendre, les muets parler ; les bossus devinrent droits ; les boiteux marchèrent; les hommes et les animaux recouvrirent leur liberté ; le feu des enfers s'éteignit ; les habitants du royaume des ombres sentirent leur faim et leur soif s'apaiser ; les animaux déposèrent leur crainte ; toutes les créatures guérirent de leurs maladies ; toutes les créatures devinrent aimables ; les chevaux se mirent à hennir, les éléphants à rugir avec un bruit agréable; les instruments de musique rendirent des sons sans qu'on en jouât; les bracelets et autres bijoux des gens se mirent à tinter; toutes les régions de l'horizon s'éclaircirent; la pluie tomba en gouttes, bien que ce ne fût pas la saison ; l'eau sortit en bouillonnant de la terre ; les oiseaux cessèrent leur vol à travers l'air ; les rivières s'arrêtèrent dans leur course ; l'eau de la mer devint douce et se couvrit de roses d'eau de diverses couleurs ; toutes les fleurs s'ouvrirent; aux troncs, aux branches, *aux 23 feuilles des arbres se montrèrent des roses * ; des roses merveilleuses sortirent du sol rocailleux ; des fleurs pendantes se montrèrent dans l'air; partout on vit tomber une pluie de fleurs ; dans l'air retentirent des sons d'une musique céleste; toutes les sphères étaient comme enveloppées de couronnes de fleurs, comme ornées de festons, entourées de plumes flottantes, imprégnées de l'odeur de fleurs et de parfums, délicieusement belles à voir *.

Pendant la grossesse, quatre anges, l'épée à la main, étaient constamment là pour protéger la mère et l'enfant contre des malheurs ou des accidents. Toujours calme et contente, libre de toutes les maladies du corps, la reine

1. Dans le texte on emploie le mot paduma^ qui signifie d^ordinaire le nelnmbium, mais qui, dans le langage de la rhétorique, répond parfaitement à notre rose. Il est du reste évident qull ne peut être question ici de véritables nelumbiums, ,

2. Dans le Lalitav. 87, on a de même le nombre officiel de 32 présages, qui ne correspondent cependant qu'en partie à ceux décrits dans le texte.

garda dans son sein, comme dans un reliquaire, son enfant, qui reposait là comme un (il blanc dans une pierre précieuse transparente. Pendant dix mois, elle porta, avec les plus grandes précautions, ce trésor précieux, comme on porte un vase plein d'huile.

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