‹ Histoire du bouddhisme dans l'IndeChapitre 5 sur 196 · LA LÉGENDE DU BOUDDHA · texte numérisé non relu

LA LÉGENDE DU BOUDDHA

* L'histoire du Bouddha nous est parvenue sous forme de 17 légende. De deux choses Tune : ou bien ses admirateurs enthousiastes, non contents de la simple grandeur humaine du Maître, ont, malgré eux peut-être, entouré son image d'une gloire et sa personne même d'une splendeur royale, même divine ; ou bien tous les traits distinctifs du Docteur Suprême de chaque secte païenne * — invariablement un dieu sous forme humaine — appartiennent au Maître de plein droit, et dès l'origine, parce qu'il est un être divin.

Avec les données dont nous disposons actuellement, il est, pour ie moment, impossible de déterminer nettement ce qui est historique dans la légende et ce qui ne Test pas. Il est vrai que la plupart des traits mythiques dans la légende

1. Par Indiens païens nous entendons tous ceux qui reconnaissent le Veda coauDe source principale de leur foi. Nous employons ce terme, non en signe de mépris — cette intention est loin de nous — mais faute de mieux. L'expression • Hiaéous »y employée par d'autres, donne lieu à des équivoques.

ne sont pas difficiles à reconnaître, mais nous ne sommes nullement sûrs que le résidu que nous obtenons, après la séparation de ces éléments mythiques, soit purement histo- 18 rique. *En tout cas, nous devons prendre connaissance de la légende, telle qu'elle a été admise dans l'Eglise bouddhique. Môme si l'élément mythique, autrement dit divin, ne faisait pas partie de l'histoire véritable du Maître, il n'en resterait pas moins une partie de l'histoire de Tesprit bouddhique, par conséquent un épisode du développement intellectuel de l'humanité. Sans l'apparition d'un Maître, sans doute, le Bouddhisme ne serait pas né, mais, sans l'imagination de ses disciples, la doctrine n'eût pas exercé une attraction si puissante sur tant d'âmes pieuses. Ce n'est pas seulement par ce que le Bouddha a été, a dit, a fait en réalité, mais aussi par ce qu'il est censé avoir été, avoir dit, avoir fait, que le Bouddhisme a conquis tant d'âmes.

Nous avons pris pour base de la biographie légendaire du Maître la tradition de la partie méridionale de TEglise \ non parce que la valeur historique en est plus grande que celle des renseignements d'origine septentrionale, mais parce que nous croyons y voir un reflet plus pur du Bouddhisme primitif. Cependant, nous résumerons parfois aussi la tradition septentrionale. Nous essayerons de traiter la matière de telle sorte que le lecteur puisse juger lui-môme de la valeur des difl'érents récits *.

1. Parmi les Bouddhistes méridionaux, dont les livres sacrés sont rédigés en pali, on compte, comme on sait: les Singeais, Birmans, Siamois et Annamites; parmi les Septentrionaux, dont la langue sacrée est le sanscrit : les Népalais, Tibétains, Chinois, Mongols, Kalmouks, Japonais et quelques centaines d'habitants de nie de Bali ; autrefois, les Bouddhistes du Cambodge, de Sumatra et de Java. On voit que les termes « Méridionaux d et « Septentrionaux » ne sont pas tout à fait exacts.

2. Les principales sources méridionales consultées pour la légende sont :

1. l'introduction aux Jàtakas, qui ne va pas plus loin que l'inauguration du couvent fondé par Anàthapindika à ÇrâvastI ; jusqu'à ce point, notre récit n'est guère qu'une traduction parfois un peu écourtée de cette introduction ;

2. les notices éparses dans le MahA-Vagga et dans le Culla-Vagga ; 3. les

* D'après la tradition généralement admise, les Bouddhistes 19 croient que, dans les innombrables âges du monde qui ont précédé le Bhadrakalpa (âge du salut) actuel, il y a eu un nombre indicible de Bouddhas, c'est-à-dire « éveillés, sages, docteurs ». Au sujet de tous ces Bouddhas, ils n'ont à peu près rien à raconter; ce n'est que sur les vingt-quatre Bouddhas qui ont précédé le fondateur de leur doctrine, Gautamabouddha, qu'ils donnent quelques détails, que nous pouvons passer ici sous silence. Pendant un laps de temps incommensurablemcnt long, celui qui était destiné à devenir un jour, sous le nom de Gautama-buddha, le sauveur du monde, s'était préparé à cette tâche sublime. Après s'être, dans les renaissances successives, élevé de plus en plus dans la sagesse, il avait atteint le rang de Bodhisatva, c'est-à-dire d'une personne destinée à paraître comme Bouddha sur la scène du monde. C'est à ce moment que commence réellement la biographie légendaire du futur Seigneur de la communauté.

Les Bouddhistes septentrionaux ont l'habitude de partager l'histoire de leur Seigneur et Maître en douze époques, à savoir: 1. Résolution de descendre du ciel sur la terre *;

Nikàyas ; 4. le ParinibbÂna-sutta ; 5. quelques morceaux dans le commentaire du Dhammapada. Des renseignements de seconde main sont : 1. la légende birmane de Gautama, traduite par Bigandet, qui correspond souvent mot à mot à Pintroduction aux Jâtakas, jusqu'au point où celle-ci s'arrête; 2. Hardy, Manual of Buddhism^ ouvrage puisé à des sources singalaises qui s'écartent souvent de Tintroduction des Jâtakas, et, par conséquent, de Bigandet; 3. quelques morceaux dans les notes de Burnouf au Lotus de la bonne Loi. — Pour la tradition septentrionale, nous avions à notre disposition : 1 . le Lalitavistara ; 2. le Mabâvastu (édition Senart); 3. le Buddbacarita d'Âçvaghosha. Des renseignements de seconde main sont pris dans : 1. Schiefner, Tibetiêche Lebensbeschreibung Çâkyamunis; 2. ^Mvnowi^ Introduction à l'histoire du Buddhisme indien ; 3. Rockbili, Life of the Buddha.

1. Le mot original pour « descendre », sanscrit avatarali^ signifie d'ordinaire « paraltre, faire son apparition ». Là où il est question d'un avatâra du soleil, on ne peut même le traduire autrement que par : » lever, apparition ». Comme un grand nombre de dogmes ecclésiastiques et théologiques sont bâtis sur des expressions équivoques et mal comprises, il peut, parfois, être utile d'avoir présente à l'esprit la signification ordinaire des mots.

2. Conception; 3. Naissance et première enfance ; 4. Preuves de capacité extraordinaire ; 5. Mariage ; 6. Abandon de la famille et renoncement au monde ; 7. Vie monastique ; 8. Combat contre le Malin ; 9. Triomphe et arrivée à la sagesse suprême; 10. Prédication de la doctrine de la Délivrance et propagande; 11. Mort bienheureuse ; 12. Funérailles et partage des reliques.

Nous suivrons cette division en partie, mais non servilement, pour des raisons d'arrangement extérieur.

20 * 1 . — Résolution de descendre du ciel sur la terre.

Depuis longtemps déjà le Bodhisatva avait séjourné dans le ciel des bienheureux, lorsque les habitants du céleste séjour le prièrent de descendre sur terre comme sauveur du monde. Le Bodhisatva, après s'être demandé dans quel âge du monde, dans quelle partie du monde, dans quel pays, dans quelle famille et de quelle mère il naîtrait *, répondit favorablement à Thumble demande des dieux et des anges, et résolut que son incarnation aurait lieu dans Tâge actuel du monde, dans la partie du monde nommée Jambudvipa ^, dans le pays de Madhyadeça, dans la famille du roi Çuddhodana, et que sa mère serait la reine Mâyâ.

La Madhyadeça est cette partie de Tlnde qui est délimitée à rOrient par le Bengale, au midi par le Yindhya, à Fouest par le Panjâb et Tlndus, au nord par THimâlaya. Non loin des derniers contreforts de cette chaîne, au nord-ouest de la ville actuelle d'Audhe (Faizâbâd), se trouvait la ville de Kapilavastu, où régnait Çuddhodana, de la race chevaleresque des Çftkyas. Sa femme, la chaste Devî Mâyâ ou Mahâmâyâ (c*est-

1. Le Lalitavistara, p. 20, ne mentionne que les quatre premières questions. De même, Mah&vastu, I, 142 ss, 197; II, 3.

2. Les limites de cette partie du monde sont mal fixées; chez Us Bouddhistes, elle ne comprend que Tlndc .

à-dire Grande Mâyâ), était, par ses grandes vertus, digne de devenir la mère de Bodhisatva. Dans une existence antérieure, à une époque très éloignée, elle avait un jour offert un don, en signe d'hommage, au Bouddha d'alors, Vipaçyin, en disant: « Je vous offre ceci, dans l'espérance que je puisse devenir un jour la mère d'un Bouddha qui, comme vous, illuminera le monde. » Ce vœu devait maintenant s'accomplir, et le Bodhisatva descendre dans son sein.

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