‹ Histoire du bouddhisme dans l'IndeChapitre 62 sur 196 · Devadatta ET Ajâtaçatru · texte numérisé non relu

Devadatta ET Ajâtaçatru

Après que le Seigneur eut résidé pendant quelque temps à Anupiya, il se dirigea vers Kauçâmbî *, et établit sa demeure dans le Jardin Goshita. C'est là que l'âme de Devadatta commença à s'éloigner du Seigneur et que la pensée s'éleva chez lui : « De qui me ferai-je un ami, afin d'obtenir des avantages et de la considération? » — Immédiatement la pensée lui vint : « Le prince Ajâtaçatru est jeune et a un bel avenir ; faisons-en notre ami. » Immédiatement, il quitta sa chambre 179 à coucher *, prit son pot à aumônes et ses habits monastiques, et se dirigea vers Râjagfha. Après avoir changé de figure, et pris celle d'un petit garçon, il se montra, orné d'une ceinture de serpents *, sur les genoux du prince Ajâ-

1. D'après le récit du Culla-Vagga^ 1, 2, (comp. Dhammap. 139 ss.) les événements qui suivent doivent se placer iminédiatenient après Tarrivée des Çâkyas, parmi lesquels Devadatta, à Anupiya; voir plus haut, p. 119. La suite montrera que toute perspective historique manque et que les années doivent se ramener à des jours. Détail à remarquer : le Tathâgata est déjà représenté comme « très âgé ».

1 . Plus détaillé dans le Dhammapada : « avec quatre serpents aux pieds et

taçatru. Voyant que la peur, la stupéfaction, la terreur et l'effroi s'étaient emparées de l'âme du prince, Devadatta lui dit : « Avez-vous peur de moi, prince? » — « Oui, qui êtesvous ?» — « Je suis Devadatta. » — « Si vous êtes le Maître Devadatta, montrez-vous donc sous votre propre forme. » — Alors Devadatta déposa la forme d'un petit garçon, et se tint debout, le pot à aumônes à la main, revêtu du manteau et de l'habit monastique, devant le fils du roi. Celui-ci, ébloui par la puissance magique de Devadatta, prit l'habitude d'aller lui rendre hommage matin et soir, avec une suite de 500 chars et eut soin de lui faire parvenir de la nourriture en abondance. Par suite de ces honneurs,. Devadatta, orgueilleux des avantages et de la considération dont il jouissait, perdit la tête, et conçut le projet de diriger luimôme la congrégation. A peine avait-il conçu cette pensée, que son pouvoir magique disparut.

Le fait fut porté à la connaissance de Maudgalyâyana par l'ange KakudhaKolyaputra, jadis serviteur de Maudgalyâyana, mais maintenant décédé. Après sa mort, il avait pris un autre corps, spirituel, qui présentait cette particularité qu'il avait l'aspect par exemple de deux ou trois morceaux de terre labourable, du riche pays de Magadha : il ne faisait du mal ni aux autres, ni à lui-même. Après avoir fait sa communication, Kakudha disparut de nouveau, et Maudgalyâyana * apporta la nouvelle au Seigneur. — « Es-tu bien convaincu 180 que l'ange Kakudha a dit la vérité ? » demanda le Maître. — « Sans doute, » fut la réponse. — « Fais alors attention à mes paroles, Maudgalyâyana, fais attention à mes paroles : Thypocrito ne tardera pas à se manifester lui-même. »

Après avoir demeuré pendant quelque temps à Kauçâmbî, le Seigneur partit pour le Bois de Bambous près de Ràjagfha. Bientôt les moines vinrent lui raconter quels honneurs le

aux mains, un autour du cou, un roulé au sommet de la tête, un à travers l'épaule. 9

prince Ajâtaçatru rendait à Devadatta. — « Ne soyez pas jaloux des avantages et des honneurs dont jouit Devadatta, » dit le Buddha, « tant qu'il est honoré de cette façon, il peut bien s'attendre à des désavantages (ou à une diminution) dans Tavenir, mais non à un progrès dans la vertu véritable *• C'est pour sa propre ruine que Devadatta s*enorgueillit de ces avantages et de cette considération. Gomme le bananier et le bambou portent des fruits pour leur propre perte et que la mule a des petits pour son propre malheur, de même la considération croissante dont jouit Devadatta ne fera que précipiter plus rapidement sa ruine . »

Une fois, le Seigneur était assis au milieu d'une foule nombreuse, et proclamait la Loi. Devadatta se leva de son siège, mit son vêtement de dessus sur une épaule, ' joignit ses mains en signe de respect et dit : « Seigneur ! vous êtes déjà vieux et très âgé. Abandonnez-vous donc tranquillement à la méditation délicieuse de la Loi que vous avez trouvée et confiez la congrégation à ma garde : j'en aurai soin. » Le Seigneur refusa jusqu'à trois fois : « Je ne confierais même pas la congrégation à Çâriputra et à Maudgalyâyana, Devadatta ! et encore moins à toi qui es si nul et de nulle valeur ^ 181 * — Devadatta, furieux et froissé de ce que le Seigneur Tavait humilié en réunion plénière, et avait couvert d'éloges Çâriputra et Maudgalyâyana, s'éloigna avec un salut respectueux. Ce fut là le premier grief (ou le premier attentat) de Devadatta contre le Seigneur.

Sur ce, le Buddha adressa la parole à ses disciples : « Moines ! que la congrégation annonce ouvertement à Râjagrha que le caractère de Devadatta est devenu autre qu'il n'était et que tout ce qu'il fait et dit ne doit pas être imputé au Buddha, à la Loi et à l'Église, mais uniquement à lui-

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