‹ Histoire du bouddhisme dans l'IndeChapitre 63 sur 196 · Ck)mp. Ahguttara Nikâya, II, 13, Samyukta-Nikdya, p. i · texte numérisé non relu

Ck)mp. Ahguttara Nikâya, II, 13, Samyukta-Nikdya, p. i

2. Signe de politesse quand on adresse la parole à quelqu'un.

3. Le mot khelâpaka, comme forme magadhique du sanscrit kketâtmaka^ peut signifier « semblable à un crachat » c'est-à-dire « de nulle valeur »» .

même. » On chargea Çâriputra de rexéculion de cet ordre. Il fit cependant quelques objections, vu qu'il avait autrefois lui-même célébré Devadatta comme possédant des pouvoirs miraculeux ; mais le Maître dit : « autrefois, tu pouvais faire cela à bon droit, puisque c'était alors vrai ce que tu disais, maintenant il en est autrement. » Convaincu par ces paroles, le vénérable Çâriputra, avec l'assentiment de l'assemblée et suivi d'une foule de moines, se rendit à la ville et y fit la proclamation. A cette occasion, les incrédules, mal intentionnés et insensés parmi les habitants de la ville, dirent : « ces moines sont envieux de l'honneur et de la considération dont jouit Devadatta ; » mais les croyants, bien intentionnés et sensés soutinrent : « ce ne sera pas sans cause que le Seigneur fait dénoncer Devadatta dans la ville. »

Le misérable vint alors trouver le prince Âjâtaçatru et lui parla ainsi : « autrefois, prince, la vie humaine était longue, mais maintenant elle est courte. Vous avez donc bien des chances de mourir héritier présomptif. Et bien, tuez votre père et faites vous couronner roi ; je tuerai le Seigneur, et je deviendrai Buddha. » Le prince, convaincu que Devadatta, qui était si sage, savait ce qui en était, suspendit un poignard à sa ceinture, au dessus de sa cuisse, et se mit à errer, nuit et jour, d'un air mystérieux et craintif, dans les chambres intérieures du palais. Sa singulière attitude finit par être remarquée * des fonctionnaires de service à la cour, qui lui 182 demandèrent : « Que voulez-vous donc faire, prince ?» — « Tuer mon père. » — « Qui vous a mis cela en tête? » — « Maître Devadatta. » — Alors quelques uns des fonctionnaires furent d'avis que le prince et Devadatta et tous les autres moines devaient être mis à mort ; d'autres jugèrent que les moines ne devaient pas être punis, vu qu'ils n'étaient pas coupables ; le prince seul et son instigateur méritaient la mort. D'autres furent d'avis qu'on ne devait tuer personne, mais raconter la chose au roi, pour agir ensuite comme il ordonnerait .

Les fonctionnaires de la cour allèrent, avec le prince, trouver le roi Bimbisâra, et firent rapport sur ce qui venait de se passer, et aussi sur la différence d'opinions entre eux. <i Et que feront le Buddha, la Loi et la Congrégation ? » demanda le roi. — On répondit que le Buddha avait déjà fait proclamer d'avance dans la ville que Devadatta avait changé de caractère. Alors le roi destitua les fonctionnaires qui avaient opiné que non seulement le prince et Devadatta mais tous les moines devaient être mis à mort ; il fit reculer en grade ceux qui avaient voulu épargner les moines, et donna de l'avancement au reste. — Ensuite le roi adressa la parole à son fils : « Pourquoi me veux tu tuer, prince? » — « Parce que, fut la réponse, je désire régner moi-même, Sire. » — « Si c'est là le cas, règne alors dès ce moment ! » et en disant ces paroles, Bimbisâra transféra la dignité royale à son fils .

Bientôt Devadatta vint trouver le prince Ajâtaçatru et lui dit : « veuillez, 6 roi, donner ordre à quelques personnes d'ôter la vie à Fascète Gautama» » Un ordre en ce sens fut donné, et alors le traître alla voir un de ceux qui étaient chargés de l'assassinat et lui donna les indications suivantes : 183 « Allez, mon cher monsieur, •à tel ou tel endroit où se promène l'ascète Gautama ; ôtez-lui la vie et revenez ensuite par le chemin que je vous indique. » Après avoir montré ce chemin à l'homme, il y fit placer en secret deux hommes, qui devaient tuer l'assassin, au moment où il reviendrait. Ensuite, il prit des mesures pour faire égoi^er ces deux par quatre autres; pour tuer ces quatre, il en plaça huit autres, et pour ôter la vie à ceux-ci, seize hommes.

Sur ces entrefaites, le premier s'était armé de son épée et de son bouclier, et avait pris son arc et ses flèches, pour aller trouver le Buddha. En voyant le Tathàgata, il perdit courage et son corps fut subitement paralysé par la terreur. Le Seigneur, à qui son attitude n'avait pas échappé, s'écria : (( viens ici, mon cher, ne crains rien. » Immédiatement, l'homme rejeta son arme meutrière, s'approcha du Seigneur:

et s'agenouilla humblement devant ses pieds, en s'écriant : « Gomme un fou, comme un misérable, je nourrissais un mauvais projet, puisque je venais ici pour comettre un assassinat. Acceptez, Seigneur, l'aveu de mon repentir et l'assurance que je m'observerai dans la suite ! » Gomme le Tathâgata voyait que Thomme était animé d'un repentir sincère et avait convenablement confessé son péché, il accepta son aveu et l'instruisit, par un discours approprié, sur la bienfaisance, la moralité, le sacrifice, sur la culpabilité, la nullité, la misère des concupiscences charnelles, sur Texcellence du renoncement au monde. Ensuite, il lui parla des quatre vérités : la souffrance ; l'origine ; la suppression ; le chemin qui y conduit. Par suite, les yeux de cet homme s'ouvrirent à la lumière de la Loi ; il comprit que tout ce qui naît est destiné à périr tôt ou tard, de sorte qu'il prononça joyeusement et de tout cœur la confession de foi du laïque. Ensuite il partit, en prenant soin, conformément au conseil du Buddha, de prendre un autre chemin que celui qui avait été indiqué par Devadatta.

Les deux individus qui attendaient le premier assassin envoyé, s'impatientèrent lorsqu'il se fit si longtemps attendre, s'avancèrent sur la route et virent le Tathâgata assis au pied d'un arbre. Ils s'avancèrent poliment vers lui * et 184 eurent le bonheur d'être tellement frappés par un discours approprié qu'il leur tint, qu'eux aussi ils se convertirent et prononcèrent la confession de foi du laïque. Eux aussi, sur le conseil du Seigneur, revinrent par un autre chemin que celui qui leur avait été prescrit. Le môme cas se répéta pour les quatre, pour les huit, et enfin pour les seize personnes.

Le premier assassin était revenu chez Devadatta, pour lui déclarer que la puissance miraculeuse du Seigneur l'avait empoché de réussir dans son entreprise. — « Eh bien, » reprit Devadatta, « dans ce cas j'ôterai moi-même la vie à Tascète Gautama. » — Sachant que le Tathâgata se promenait à ce moment sous les ombrages du Pic du Vautour, il en fit

rascension et lança une grande pierre contre Tobjet de sa haine. La pierre se heurta contre deux roches dont les pointes se rencontraient et frappa ainsi le pied du Seigneur, de sorte que le sang en sortit. Le blessé regarda en haut et cria : « Tu as fait grand mal, traître, en faisant couler le sang du Tathâgata ! » Puis, adressant la parole aux moines, il dit : « Ceci est le premier acte immédiatement punissable ^ dont Devadatta s'est rendu coupable : il a fait couler le sang du Tathâgata. »

 peine les moines avaient-ils appris que Devadatta avait touché le Seigneur, qu'ils se réunirent autour de Tendroit où le Maître se trouvait, et se mirent à pousser des cris et à faire des lectures à haute voix, afin de le préserver d'un malheur ^ En entendant ce bruit, le Tathâgata demanda à Ânanda ce que tout cela signifiait. Renseigné à cet égard, il tranquillisa les moines. « Il est impossible, » leur dit-il, « que 185 le Tathâgata * perde la vie par l'effort d'un autre (ou : par l'attentat d'un ennemi) ; les Tathâgatas s'éteignent d'euxmêmes (soi-disant : arrivent au parfait Nirvana). Retournez, moines, chacun à votre place : les Tathâgatas n'ont pas besoin de protection. »

Vers ce temps, il y avait à Rajagrha un éléphant, nommé Nâlâgiri, qui était méchant et tuait tous ceux qu'il rencontrait '. Par de belles promesses, Devadatta sut amener les chefs des écuries à lâcher la hôte féroce au moment où

1. Dans Toriginal ânantarika^ ânantariya. Il y a 5 ânantaHkas^ « actes » ou « péchés mortels » .

2. Allusion à Tusage superstitieux de faire grand bruit et de murmurer des conjurations pour chasser le démon qui est censé causer les éclipses. — Le mythe du sang qui coule se rattache, sll n*en sort pas, au fait qu'un des termes habituels pour « éclipse » est uparâga, et pour « éclipsé » upa-rakta, proprement « teinté » « teint en rouge ; •» rakta signifie « sang. »

1. Hardy, M, o f B. 321, lit Mâlâgiri, mais c'est probablement une faute d'impression, car la page précédente porte Nâlâgiri. Chez le même, p. 244, Téléphant de Pradyota se nomme aussi Nâlâgiri, mais d'autres sources l'appellent Bhadravatikâ ; voir plus haut, p. 131.

LEBÜDDHA 4«

« rascètê Gautaina » passerait dans Ia rne. En effet, un jonr que Ie Seigneur, avec une grande suite, s'avançait dans Ia rue pour mendier sa nourriture, Nâlâgiri fui lâché. La trompe levée, agitant sa queue, Tanimal s*élança sur le Tathâgata, de sorte que les moines furent frappés de frayeur, malgré les assurances du Tathâgata, qui ne perdit pas un seul moment son calme '. Les citadins qui, des appartements supérieurs et des toits des maisons, étaient témoins de ce spectacle, étaient d'opinions diverses ; les incrédules, mal intentionnés et insensés disaient : « malheur! le Grand Moine sera tué par Téléphant ! » mais les croyants, bien intentionnés et sensés s'écriaient : « malheur ! un éléphant heurtera l'autre *. Alors le Seigneur frappa l'éléphant par son amabi- 186 lité, de sorte que Tanimal, la trompe abaissée, s'approcha du Tathâgata. Celui-ci lui parla en vers, avec ce résultat que Nâlâgiri, avec sa trompe, enleva la poussière des pieds du Seigneur, la répandit sur sa propre tète et se retira en marchant à reculons, tant que le Seigneur fut en vue. Ensuite, il se rendit à son écurie, où il réoccupa tranquillement sa place habituelle ^

Après ces événements, Devadalta alla voir Kokâlika, Katamoraka-Tishyaka, le fils de Khandadevl, et Samudradatta * et leur fit la proposition de s'entendre pour faire naître

2. Dhammapada, 144, il est dit qu'Ànanda exposa sa propre vie pour sauver celle du Maître; un récit analogue chez Hardy, pass. cité. Le dernier raconte aussi que le Buddha sauva une femme, qui était sur le point d'être tuée par réiéphant. Ce dernier récit a Tair assez apocryphe ; une telle intervention, en effet, eût été une action ; or, c'est une règle fixe que les Buddhas ne peuvent pas agir. Car des actions supposent une passion, un élan, et le Buddha parfait est, pour nous servir de l'expression indienne, kûtaslha^ élevé au-dessus du fourmillement terrestre ; il ne fait que laisser briller sa lumière et suivre le chemin inaltérable de tous les Buddhas, lui, le Tathâgata. Une fois Tétat de Buddha atteint, il n'y a plus d'actions.

1 . Chez Hardy, pass. cité, l'éléphant se convertit, récite les cinq commandements et eût atteint le premier degré de sanctification s'il n'eût été une béte.

2. Chez les Bouddhistes du Nord (Schiefner 266) on les trouve mentionnés comme cinq Çàkyas : Kokâlika, Katamoraga, Tishya, Khandadravya et Saga-

ded discofdés dans la congrégation de V « ascète Gautama » et de préparer Un schisme dans l'association. Kokâlika donna à entendre qu'il ne comprenait pas comment on pourrait y arriver, vu le pouvoir miraculeux de Gautama. — « Eh bien », dit Devadatta, nous irons le trouver, et nous lui proposerons Tadoption de cinq articles ; de cette façon : « Seigneur, dans plusieurs circonstances vous avez recommandé la sobriété, le contentement, la limitation des désirs, la continence, la confiance, la piété et le zèle infatigable. Afin de fortifier ces vertus, il serait bon de décréter que les religieux doivent vivre leur vie durant dans le désert et que celui qui prendra sa demeure dans un village sera exclu ; en outre, qu'ils doivent vivre, leur vie durant, de nourriture mendiée et que celui qui acceptera une invitation à dîner sera exclu ; qu'ils doivent se vêtir, leur vie durant, de haillons ramassés, sous peine d'exclusion; qu'ils doivent passer, leur vie durant, la nuit au pied d'un arbre, et ne pas dormir sous un toit, sous la môme peine ; enfin, qu'ils ne doivent jamais manger de la viande ni du poisson, sous la même peine. » L'ascète Gautama refusera d'accepter ces articles, et c'est par ce moyen que nous tromperons ensuite le peuple. x> Devadatta se rendit ensuite, avec ses partisans, chez le 187 Tathâgata*, et présenta sa quintuple requête. Comme il s'y était attendu, la réponse fut un refus. « Gela est inadmissible » ; dit le Seigneur; « que tout homme qui voudra, aille vivre comme ermite dans le désert, et de même que tout homme, s'il l'aime mieux, s'établisse dans un village ; que tout homme vive d'aumônes ou accepte une invitation à diner, à volonté; que tout homme ait également la liberté de se vêtir de haillons ou d'habits bourgeois *. Je veux bien

radatta; ce dernier est le même que Samudradatta; sâgara et samudra ont le même sens, à savoir : « océan ». Ils sont dits Çàkyas, exactement comme les partisans de Devadatta sont souvent dits « flls de ÇÂkya ».

1 . D'après Texplication reçue on entend par là des vêtements reçus en don de laïques.

permettre qu'un moine passe ses nuits, pendant huit mois de Tannée % au pied d'un arbre. La viande et le poisson doivent être purs à trois égards, de sorte qu'on n'en voie, n'en entende ou n'en soupçonne aucun mal ' ».

Devadatta se leva, heureux^ du bon succès de sa ruse, et partit, après un salut poli ; puis il entra dans la ville avec les siens et s'eiïorça de duper le peuple au moyen des cinq articles. Tous ceux d'entre les citadins qui étaient incrédules, malintentionnés et insensés, dirent : <f Les fils de Çftkya (partisans de Devadatta) vivent dans la continence et les privations, mais l'ascète Gautama est un goinfre et ne songe qu'à la bonne chère. » Au contraire, les croyants, bien intentionnés et sensés furent indignés des manœuvres audacieuses de Devadatta. Lorsque le Buddha eut appris de quelques moines comment on parlait de ces efforts odieux pour amener un schisme, il demanda à Devadatta * : « Est-ce vrai, Devadatta, que tu veux amener un schisme dans la congrégation? » Après une réponse affirmative, le Seigneur poursuivit : « Abandonne ce dessein, Devadatta! celui qui rompt la concorde de la congrégation, brûlera pendant un kalpa ^ en Enfer, mais celui qui rétablira de nouveau la concorde troublée, jouira, en récompense, pendant un temps tout aussi long, de la béatitude céleste. C'est pourquoi je dis : abandonne ce dessein. »

Peu de temps après, Ânanda entra de très bonne heure 188 dans la ville, pour y mendier. Devadatta le vit et alla le trouver pour lui dire que ce jour-même, il célébrerait le

2. Non, par conséquent, pendant la saison de retraite, qull faut passer au couvent.

3. \\ n'est pas sûr que notre traduction rende Tintention avec une parfaite exactitude ; le texte porte seulement : « la viande et le poisson (sont) purs ; non vus, non entendus, non soupçonnés (ou : suspectés) ».

4. Celui-ci se retrouve donc subitement en présence du Tattiàgata.

5. C'est-à-dire une période plus ou moins longue, qui s'étend entre deux créations du monde. Chaque jour, chaque année, chaque siècle, etc., on peut dire que le monde visible est créé de nouveau par le dieu da Soleil.

f9& HISTOIRE DU BOUDDHISME DANS LINDE

sabbat sépat*ément du Seigneur et qu'il y accomplirait les cérémonies ecclésiastiques. Immédiatement après son retour, Ânanda rendit compte de cette rencontre, qui prouvait que Devadatta avait Tintention d'effectuer ce jour-même son schisme.

En effet, le jour du sabbat, Devadatta se leva de son siège et se rendit à Gayâçîrsha, accompagné de ses partisans et de cinq cents fils de Vrji, originaires de Vaiçâlî, qui, nouveaux-venus et inexpérimentés, avaient été amenés par lui à sa doctrine. Dès que le Seigneur eut été averti de ce qui se passait par Çâriputra et Maudgalyâyana, il dit : <c Tu as certainement pitié de ces jeunes moines, Çâriputra? Va donc avec Maudgalyâyana, avant qu'ils ne soient entraînés dans le malheur. » Les deux chefs obéirent à cet ordre, et se dirigèrent vers Gayâçirsha. A ce moment un des moines, placé non loin dû Maître, se mit à pleurer, et à la demande pourquoi il pleurait, il répondit : « Parce que même les deux principaux disciples du Seigneur sont passés du côté de Devadatta et préfèrent la Loi de celui-ci. » Mais le Buddha le tranquillisa, « car, » disait-il, ce il est impossible que ces deux disciples acceptent la Loi de Devadatta ; au contraire, ils sont partis pour faire connaître aux moines la meilleure lumière ».

Lorsque Devadatta, qui s'était déjà assis sur la montagne pour proclamer sa Loi, vit venir dans le lointain Çâriputra et Maudgalyâyana, il s'écria : « Voyez, moines, combien ma Loi est bonne, puisque les premiers d'entre les disciples de l'ascète Gautama viennent me voir et préfèrent ma Loi I » Il est vrai que Kokâlika fit entendre ses avertissements : « Ne te fie pas à ces deux-là, mon cher Devadatta ; ils ont 189 de mauvais desseins »; * mais Devadatta ne voulut rien entendre, accueillit les nouveaux arrivés et voulut même abandonner la moitié de son siège à Çâriputra, mais celui-^ci déclina cet honneur et s'assit avec son compagnon à une distance respectueuse.

Après que Devadatta, jusqu'à une heure avancée de la nuit, eut édifié et réconforté ses auditeurs d'un sermon, il demanda à Çâriputra de prêcher à sa place. « L'assemblée, mon cher Çâriputra, est encore éveillée et attentive, » dit-il, « fais briller devant elle la lumière de la vérité ; quant à moi, j'ai mal au dos ; c'est pourquoi je désire m'étendre tout au long. » Çâriputra obéit immédiatement à cette demande; Devadatta, lui, s'enveloppa dans son manteau, se coucha sur son côté droit, et, épuisé de fatigue, il tomba bientôt dans un profond sommeil. Alors Çâriputra et Maudgalyâyana, doués d'un pouvoir miraculeux dans l'action et dans la parole, levèrent leurs voix pour avertir, de sorte que, chez tous les moines, les yeux s'ouvrirent pour la Loi et que chez tous la conviction se forma que tout ce qui naît doit aussi un jour périr (littéralement : être supprimé). Alors Çâriputra cria aux moines : « Venez, allons voir le Seigneur! que celui qui aime la Loi du Seigneur, me suive ! » et, sur ces paroles, les 500 moines se rendirent au Bois de Bambous. A ce moment, Kokâlika crut devoir réveiller Devadatta endormi : « Réveille-toi, mon cher Devadatta! Çâriputra et Maudgalyâyana ont emmené tes moines. Ne t'avais-je pas dit qu'il ne fallait pas se fier à eux, qu'ils avaient de mauvaises intentions? )> Au même moment, le sang chaud sortit de la bouche de Devadatta.

• Sur ces entrefaites, Çâriputra et Maudgalyâyana, avec 190 les Cinq Cents, avaient rejoint le Tathâgata, afin de lui faire un rapport sur ce qui venait d'arriver. Le Seigneur profita de Toccasion pour raconter la fable que voici :

« Autrefois, moines, il y avait dans une forêt un grand étang, où des éléphants avaient l'habitude de venir prendre leurs ébats. Avec leurs trompes, ils arrachaient du sol des tiges de lotus, après les avoir bien lavées et purifiées de la boue qui y était attachée. Cela leur constituait une nourriture agréable, et ils n'en ressentaient aucune mauvaise conséquence. Mais il y avait de très jeunes éléphants qui vou-

laient imiter les anciens, et qui, comme eux, arrachaient avec leur trompe les tiges de lotus et les mangeaient, mais sans les avoir préalablement lavées et les avoir purifiées de la boue qui y était attachée ; la conséquence était, qu'ils mour raient ou devenaient très malades. De la même façon, moines, Devadatta, qui veut m'imiter, périra misérablement * ».

Le Maître fit suivre cette fable d'une digression sur les .qualités que doit posséder un bon messager, signala Çâriputra comme un exemple à imiter, et s'étendit enfin sur la conduite digne de damnation de Devadatta, qui s'était ainsi attiré une punition infernale qui durerait un kalpa. Par son gain aussi bien que par sa perte ; par sa splendeur aussi bien que par le contraire ; par sa considération aussi bien que par le contraire ; par sa disposition mauvaise aussi bien que par son amitié avec les mauvais, Devadatta s'était attiré cette punition.

Une autre tradition * raconte qu'après s'être réveillé pendant cette nuit fatale, Devadatta fut tellement bouleversé par ce qui venait de se passer, qu'il resta malade pendant neuf mois et prit alors la résolution d'aller trouver le 191 Tathâgata, * afin d'implorer son pardon. A cause de sa faiblesse, il fut transporté par ses disciples en litière jusqu'à Jetavana, où le Buddha se trouvait alors. Averti de la venue du malade, le Seigneur déclara que Devadatta ne pourrait pas le voir. « Ses péchés sont si énormes », ajouta-t-il, « que dix, cent, mille Buddhas ne seraient pas capables de le sauver. » Le désir qu'avait Devadatta de voir le Seigneur, était si fort, qu'il sauta en bas de la litière, mais à peine avait-il mis les pieds sur le sol, que des flammes s'élevèrent du fond de l'Enfer et entourèrent son corps, d'abord ses pieds, puis ses reins, enfin ses épaules. Saisi d'une frayeur mortelle, il cria au secours et récita un hymne en l'honneur

1. La catastrophe avait déjà eu lieu au moment où le Buddha parlait ainsi.

Page 1