On voit que le Buddha est omniprésent
2. D'après la tradition méridionale, il fut noyé dans une inondation subite, Dhammap., p. 224.
* 33. Evénements de là dernière année. — Le Buddha empêche 201
UNE GDERRE ENTRE LE ROI DU MaGADHA ET LES VrJIS. DÉPART
POUR Pâtaligrâma. Fondation de Pâtaliputra. Séjour a
KOTIGRÂMA ET A NâDIEA. RENCONTRE AVEC ÂmRAPÀlI.
Du temps où le Seigneur demeurait à Râjagrha sur le Pic du Vautour, le roi du Magadha forma le projet de faire la guerre aux Vfjis de Vaiçâlî, dont l'état florissant Toffusquait. Avant de prendre une décision, il envoya cependant son ministre, le brahmane Yarshakâra, auprès du Buddha, avec Tinstruction suivante : « Va voir le Seigneur, salue-le respectueusement de ma part, informe-toi de Tétat de sa santé et dis-lui quels sont mes projets contre les Vrjis. Apprends de lui quel résultat il prédit à mon entreprise et rapportemoi ses paroles. )>
Le brahmane exécuta les ordres du roi et dit, après les marques de respect habituelles, au Tathâgata : « Gautama ! le roi du Magadha vous fait saluer respectueusement et s'informe de l'état de votre santé. En outre, il vous fait savoir qu'il a projeté une expédition contre les Vrjis. »
Immédiatement, le Seigneur adressa la parole à Ânanda, qui se tenait derrière lui un éventail à la main, et demanda : « As-tu entendu dire, Ânanda, que les Vfjis se réunissent souvent et avec zèle? » * Sur la réponse u£Srmative, il 202 ajouta : « Alors ils n'ont qu'à s'attendre à un état de plus en plus florissant, et n'ont rien à craindre. » Ensuite, il demanda s'ils étaient d'accord dans leurs assemblées, en paroles et en action ; s'ils s'abstenaient de faire ce qui est défendu, faisaient ce qui est ordonné et observaient les coutumes héréditaires ; s'ils respectaient et honoraient leurs parents et suivaient leurs leçons; s'ils agissaient convenablement à l'égard des jeunes filles et des femmes honnêtes ; s'ils honoraient les sanctuaires de la ville et de la campagne
et acquittaient les ofTrandes et contributions, conformément aux usages anciens; si leurs docteurs menaient une vie simple et modeste. Chaque fois, Ânanda donna une réponse a£Srmative, et chaque fois le Seigneur répéta sa déclaration rassurante.
Sur ce, il se tourna vers Varshakâra, en disant : « Une fois, brahmane, que je me trouvais à Vaiçâiî dans le sanctuaire Sàrandada, j'ai enseigné au Vpjis les sept devoirs que tu as entendu énumérer, et tant qu'ils les rempliront strictement, ils n'ont rien à craindre. » — ^ Gautama, » reprit le brahmane, « je comprends que les Vrjis, protégés par leurs vertus, ne pourront être vaincus par le roi du Magadha, à moins de semer la discorde entre eux. Et maintenant, Gautama, je pars, car j'ai beaucoup à faire. » Puis Varshakâra salua poliment le Seigneur et partit '.
Peu de temps après le départ du ministre, le Seigneur fit convoquer par Ânanda à une assemblée tous les moines établis près de Râjagrha. Dans le discours qu'il leur adressa, il les exhorta particulièrement à remplir les sept devoirs qu'il allait leur exposer. 11 énuméra alors, dans les mêmes termes, les mêmes devoirs indiqués plus haut, sauf quelques modifications, qui étaient la conséquence nécessaire de la position différente où se trouvaient les Vrjis et les moines. Ensuite, il enseigna à l'assemblée sept autres devoirs, qui 203 devraient être exclusivement pratiqués par les moines. * Ces sept devoirs sont : le religieux doit éviter l'étalage des bonnes œuvres, le babillage, le sommeil, l'esprit de coterie, les mauvais désirs, la mauvaise société et la distraction au milieu de la méditation spirituelle. En troisième lieu, il
i. Nous avons emprunté ce récit au Mah&-Parinibb&na-Sutta publié par Childcrs, traduit par Rhys Davids, Sacred Books of Ihe Easl, XI ; il manque dans la biographie tibétaine. Ce qui suit s'accorde, pour les détails principaux, avec Bigaudet, II, 2.
leur énuméra sept autres devoirs : ils devaient être croyants, modestes, pleins d*une sainte retenue, désireux de s'instruire, courageux et réfléchis. De plus, il les exhorta à observer un quatrième groupe de sept devoirs, à savoir : s'exercer dans les subdivisions de la sagesse supérieure : mémoire, examen de la loi, force intellectuelle, entrain, calme, (pieuse) attention et équanimité. Ensuite, il leur enseigna un cinquième groupe de sept devoirs : ils devaient s'exercer à reconnaître Tinconstance, la non-réalité, la non-sainteté, la corruption (des choses) ; se pénétrer de la nécessité du renoncement, de Tindifférence pour les choses mondaines et de la suppression (de tous les germes du mal).
Enfin, il les exhorta à observer les six devoirs que voici : amabilité en public et en secret, à Tégard de leurs condisciples, en actions, paroles et pensées ; bienfaisance et conduite morale, enfin vie fraternelle dans la foi qui mène à la béatitude.
Pendant quelque temps encore, le Seigneur séjourna près de Rftjagfha, sur le Pic du Vautour, discutant avec ses disciples des points de morale, de dévotion spirituelle et de philosophie. Ensuite, il se rendit à Âmrayashtik& ^
Après y avoir séjourné dans la Chambre Royale, prêchant la morale et traitant des questions spirituelles, il se rendit avec une grande foule à Nâlandft.
Pendant qu'il se trouvait là dans le bois de manguiers Pftvàrika, * Ç&riputra vint le trouver et dit, après un salut 204 poli, assis à une distance respectueuse : « Ma croyance au Seigneur est que nul individu, ascète ou brahmane, n'a jamais été, ne sera ou n'est à ce moment, plus versé dans la sagesse supérieure que le Seigneur. » — « Ce sont là de bien grands mots, dits d'un ton bien décidé, Çâriputra! » dit le Seigneur ; « connais-tu donc si bien tous les maîtres parfai-
l. Pâli : AmbalatthikÂ, c^cst-à-dire : Petite greffe de manguier.
tement sages qui ont existé dans le passé, que tu oses émettre une telle affirmation? » — « Non, Seigneur. » — « Connaistu tous ceux qui existeront dans Tavenir? » — « Pas non plus. » — « Me connais-tu moi-même d'une façon tellement intime que tu oses avancer une pareille affirmation ?» — « Pas non plus, Seigneur! » — « Eh bien, pourquoi dis-tu de si grands mots, d'un ton si décidé? » — Çâriputra répondit : « Il est vrai que je ne connais pas exactement les maîtres parfaitement sages du passé, de l'avenir et du présent, mais je connais là conséquence éternelle de la Loi. De même donc que ces maîtres, dans le passé, ont atteint la sagesse suprême en évitant les cinq obstacles, en supprimant tout ce qui trouble l'intelligence, et en s'exerçant, d'un esprit affermi, dans les sept subdivisions de la sagesse supérieure, de même feront ceux de l'avenir; et c'est ce qu'a fait aussi le Seigneur. »
Après avoir séjourné quelque temps à Nâlandâ, le Buddha continua son voyage, et arriva à Pâtaligrâma (c'est-à-dire Pàtali-village).
Dès que le bruit se fut répandu que le Seigneur était arrivé à Pâtaligrâma ^, les laïques de l'endroit se présentèrent devant lui et l'invitèrent à occuper, pendant son séjour. Tauberge de la commune. Après son consentement tacite, les pieux villageois se hâtèrent de préparer l'auberge pour qu'il pût y séjourner, d'étendre les tapis, de ranger les sièges, de mettre de l'eau dans le vase en terre, et de placer la lampe sur le support. Après ces préparatifs, ils prièrent le Seigneur d'occuper l'appartement. Accompagné des moines, le Maître se mit en route, entra dans la salle de l'auberge après s'être 205 lavé les pieds, * et se plaça près du pilier du milieu, la tête tournée vers l'Orient, tandis que les disciples prirent place le
2. D'ici jusqu'à la donation d'Âmrapâlik&, le Mahâvagga, 6-28-30, s'accorde à peu près mot à mot avec le Mahâ-Parinibbâna-Sutta. Daprès le premier ouvrage, le Buddha arrive directement de Râjagrha à Pâtaligrâma.
long du mur occidental, le visage tourné vers l'Orient, et les laïques du village le long du mur oriental, le visage tourné vers rOccident.
L'allocution que le Seigneur adressa aux fidèles du village, fut à peu près conçue en ces termes : « Cinq mauvaises conséquences, pères de famille , découlent, pour l'homme immoral, de l'inobservance des commandements moraux \ Quelles sont ces cinq conséquences? En premier lieu, l'homme immoral tombe dans la négligence, et subira, par la suite, de grands dommages dans ses biens et dans son argent. En second lieu, il acquerra une mauvaise réputation. En outre, il sera embarrassé, quand il se trouvera dans une société honnête. Ensuite, il sera désespéré au moment où il rendra Tâmc, et enfin il ira à la perdition après sa mort. Ce sont là les cinq mauvaises conséquences, pères de famille, qui découlent de l'inobservance des commandements moraux. »
11 continua, en mettant en lumière, de la même façon, les cinq bonnes conséquences, qui découlent de Tobservance des devoirs moraux; ces conséquences sont les contraires de celles qui précèdent '.
Après avoir ainsi, jusqu'à une heure avancée de la nuit, instruit et édifié les fidèles du village, le Seigneur clôtura rassemblée et se retira dans sa chambre.
Il arriva vers ce temps que Sunitha et Varshakâra, les deux ministres du royaume de Magadha, fondèrent une ville
1. Il est ici question des cinq commandements généraux, qui sont aussi obligatoires pour les laïques : ne pas tuer; ne pas voler; ne pas mentir; ne pas boire de boisson enivrante ; ne pas forniquer.
2. Tous les sermons bouddhiques sont taillés sur le même patron, d'une façon cntii^reuient mécanique et d'après les règles d'une homilétique monastique. Leur signe distinctif consiste dans le développement régulier d'une vérité d'expérience journalière.
à Pâtaligrâma, pour servir de défense contre les \rjis. A cette occasion, un grand nombre de dieux prirent leur séjour dans le village. A Tendroit où s'établissaient les dieux prin- 206 cipaux *, les grands du royaume se sentaient portés à établir leur demeure; là où s'étaient établis les dieux d'un rang moyen, se fixaient les fonctionnaires du rang correspondant, et ainsi de suite.
Or, le Seigneur vit, de son œil qui voit tout, comment les dieux s'établissaient en cet endroit, et il demanda à Ânanda, qui étaient ceux qui faisaient bâtir là une ville. « Sunîtha et Yarshakâra, les ministres du Magadha », fut la réponse. Alors le Buddha communiqua ce qu'il avait vu de son œil qui voit tout, et ajouta la prédiction qu'à cet endroit s'élèverait une florissante capitale et ville commerçante, Pâtaliputra, et qu'elle serait menacée d'un triple danger, par suite d'incendie, d'inondation et de discorde ^
Sunîtha et Yarshakâra ne manquèrent pas d'aller voir le Seigneur, et de l'inviter pour le jour-même à dîner, en disant : « Faites-nous l'honneur, seigneur Gautama, de venir aujourd'hui, accompagné de la congrégation des moines, dîner avec nous. » Cette gracieuse invitation fut acceptée. Après qu'on fut venu lui dire que le dîner était servi, le Buddha se rendit avec les siens à la demeure des deux ministres, où les hôtes furent excellemment reçus. Le repas terminé, le Seigneur remercia du régal qu'on lui avait offert par les vers suivants :
Sage est celui qui, lorsque quelque part
il désire établir sa demeure,
Offre à tous les hommes vertueux et pieux
Qui se trouvent là, un régal copieux,
Et qui, comme de juste, offre des louanges et des actions de grâces
Aux dieux qui régissent cet endroit :
1 . C'est la ville bien connue que les Grecs nommaient Palibothra, capitale du Magadha sous Candragupta et ses successeurs. Elle était située non loin de la ville actuelle de Patna.
Ceux-ci louent ceux qui leur donnent des louanges,
Honorent ceux qui leur rendent des honneurs,
Aiment Thomme pieux et sage,
Comme la mère aime son fils.
Celui que les dieux aiment
Peut toujours compter sur la bénédiction et le bonheur '.
* Les deux ministres escortèrent à son dépaii; le Seigneur, 207 qui s'était levé de son siège, et résolurent qu'à l'avenir la porte par ou sortirait 1' « ascète Gautama » comme ils le nommaient, s'appellerait Gautama-dvftra (« porte de Gautama), et que le point où le Buddha devait passer le Gange, porterait à l'avenir le nom de Gautamatirtha (c'est-à-dire « passage de Gautama »).
Venu près du Gange, le Seigneur vit les gens occupés, les uns à chercher des bacs ou des bateaux, les autres à construire un radeau * afin de passer le fleuve, qui était très haut. En un clin d'œil, le Buddha devint invisible, et se montra subitement sur le rivage opposé, accompagné de sa congrégation.
Ensuite, le Seigneur continua sa route jusqu'à Kotigrâma (c'est-à-dire village de l'extrémité). Ici, il adressa la parole aux siens, en ces termes : « Moines! le fait que nous, moi et vous, nous avons parcouru et achevé cette longue route, est une conséquence du fait que nous n'avons pas reconnu (et : connu de nouveau) les quatre vérités cardinales et que nous n'y avons pas atteint. Quelles sont ces quatre vérités? (suit
2. Le ton de ces vers n'est nullement bouddhique, mais quand on adopte une chose sans y faire des objections, on l'approuve. On voit comme il est peu exact de dire que le Buddha se montrait hostile à la religion populaire.
1 . Le mot pâli kullo signifie, d'après Texplication bouddhique « panier » et aussi M radeau ». C'est pourquoi nous avons donné au mot le dernier sens, d'autant plus que le sanscrit kola a aussi le sens de « radeau ». Ce peut cependant très bien avoir été un panier, comme on en emploie encore en Mésopotamie.
rdnuméralion des quatre vérités bien connues '. Parce que 208 nous, moi et vous, * n'avons pas reconnu et atteint ces quatre vérités, nous avons parcouru et terminé cette longue route. Maintenant, cependant, nous avons reconnu et atteint chacune de ces vérités; le désir de continuer Texistence a été détruit ; le désir qui nous attache à l'existence a disparu ; maintenant, on ne renaît plus. » Après avoir prononcé ces paroles, le Sugata les répéta sous forme poétique.
Pendant quelque temps, le Seigneur séjourna à Kotigrâma, renseignant ses disciples sur des points de morale, de méditation spirituelle et de sagesse. De cet endroit, il partit, suivi d'une grande foule, pour Nâdika, où il s'établit dans Tauberge Ginjakâ *. Etant là, le Maître eut l'occasion de parler de divers fidèles, qui avaient quitté cette vie présente à Nâdika, et dont Ânanda désirait connaître l'état et le sort après la mort. C'étaient : le moine Sâdha, la religieuse Nandâ, la femme laïque Sujâtâ, les hommes laïques Sudatta, Kakuda, Kâlinga Nikata, Katissabha, Tustha, Santustha, Bhadra et Subhadra ^ A sa question, Ânanda reçut une réponse détaillée et précise, qui revenait à ceci, que Sâdha,
2. Les quatre vérités sont empruntées à la médecine : 1 . le médecin constate la maladie ; 2. il en reconnaît la cause, consistant en virus, mauvaises humeurs, âsravas, ou, comme disent les Grecs, rheumata ; 3. il comprend que ces liumeurs doivent être supprimées, écartées; 4 il a recours pour cela aux moyens médicaux ou chirurgicaux. Le fait que ces vérités ont leur origine dans les axiomes médicaux ou règles de l'art, n'est pas inconnu aux Bouddhistes eux-mêmes : dans le Lalit. Vist. le Buddha est deux fois (p. 448 et 438) représenté comme médecin.
1. Ce détail n'est mentionné que plus tard dans le Mahâvagga, 6, 30, 6, mais il y est certainement mal placé. La forme Nàtika, employée en ce passage, pst certainement inexacte, car les autres sources méridionales s'accordent avec Schiefner, 285, pour la forme Nâdika.
2. Nous retrouvons Sddha cent ans plus tard, en excellente santé, au fameux concile de Vaiçâlî. Sujâtâ est une vieille connaissance; ce fut elle, qui, au jour du Réveil, donna au Seigneur un plat d'or, etc. ; d'après le LalitavisUiraj elle vivait à Nandlka-grâma, localité qu'il faut probablement identiûer avec Nâdika. Kakuda a été mentionné plus haut, p. 179 ; Bhadra et
Subhadra ne sont que d'autres noms du môme personnage.
par suite de la disparition de toutes les souillures, * avait 209 obtenu une intuition supérieure et la délivrance ; que Nandà, en secouant les cinq liens inférieurs, avait atteint, dans les régions supérieures, un état tel, qu*elle n^avait plus besoin de revenir de là sur la terre, que les autres, eux aussi^ avaient obtenu cet état, sauf Sudatta, qui, n*ayant secoué que trois liens, devait renaître encore une fois sur la terre, avec la qualité de sakrddgàmin^ «et Sujàtft, qui possédait le premier degré de sainteté.
Les questions d'Ânanda amenèrent le Seigneur à faire la remarque suivante : « Ce n*est pas une chose rare, Ânanda, que le décès d'un être humain. Si toutes les fois que quelqu'un vient de mourir, tu viens demander des renseignements au TathAgata, le TathAgata finirait par être fatigué de questions. C'est pourquoi, Ânanda, je te révélerai un chapitre de la Loi, à l'aide duquel un disciple bien disposé pourra déterminer lui-même s'il est assez avancé pour n'avoir pas à craindre de renaître en Enfer, dans le corps d'un animal, dans le royaume des ombres, dans un état de misère. En premier lieu donc, le disciple bien disposé doit avoir une foi raisonnable dans le Buddha ; en second lieu, dans la Loi ; en troisième lieu, dans la Congrégation. Il doit en outre posséder les mœurs qu'aiment les personnes douées d'un caractère noble. »
De Nâdika, le Seigneur partit pour VaiçAli, et s'y établit dans le parc d'Âmrapâlî. Dès que la courtisane eut appris que le Seigneur se trouvait dans son verger de manguiers S elle fit atteler ses plus belles voitures, et sortit avec elles de la ville, assise elle-même dans une voiture, se rendant à son jardin. Après s'être avancée en voiture autant que le sol le permettait, * elle descendit de soA char, et alla à pied à la 210 rencontre du Seigneur. Venue prêt de lui, elle le salua, s'as-
1. Mahâvagga, 6, 30, donne ici une verfjon différente, portant : c Quand Àmrapâll apprit que le Seigneur était arrivé à Rofigrama. »
sit à une distance respectueuse, et fut éclairée et réconfortée par lui d'un discours édifiant. Puis elle invita le Seigneur et sa suite à dîner pour le lendemain, et, après son consentement tacite, elle partit, en le saluant respectueusement.
Les Lichavis de Vaiçâlî, en apprenant que le Seigneur était arrivé \ s'étaient aussi empressés de faire atteler les plus belles voitures, et de sortir de la ville, assis sur l'une d'elles. Quelques-uns d'entre eux étaient d'une couleur bleu-sombre, teintés en bleu-sombre, vêtus d'étoffes bleu-sombre, ornés de bijoux 'bleu-sombre ; d'autres, d'une couleur jaune, etc. ; d'autres, d'une couleur rçuge, etc. ; d'autres encore d'une couleur blanche, etc. A ce moment, Âmrapâli accrocha de sa voiture celle des jeunes Lichavis. Quand on lui en demanda la raison, elle déclara qu'elle avait invité le Seigneur pour le lendemain. <( Eh bien, Âmrapâli », dirent les Lichavis, « donne-nous ce dîner pour cent mille pièces d'or ». — « Non, messieurs, » répondit-elle, « même si vous me donniez tout Vaiçâlî, je ne pourrais vous offrir un si grand repas. » — Alors les Lichavis claquèrent des doigts, en s'écriant : « Petite mère nous a dépassés! petite mère a été plus fine que nous ! »
Pendant ce temps, les Lichavis ne cessaient de s'avancer. Dès que le Seigneur les vit venir de loin, il s'adressa aux moines, en disant : « S'il y en a parmi vous, moines, qui n'ont pas encore vu les dieux du Paradis, regardez donc le groupe des Lichavis ; regardez-les et concluez que le groupe des Lichavis est le groupe des dieux du Paradis. » 2H * Venus de la môme manière qu'Âmrapâlikâ et reçus par le Seigneur, les Lichavis lui adressèrent la même invitation, qui ne fut pas acceptée, sur quoi ils s'éloignèrent en saluant respectueusement, en remerciant des paroles qui leur avaient été adressées.
1. D'après le Mahdvagga : à Kotigrâma; d'après le Mahâparin, SuUa : « dans le jardin d'Ambapàli. »
Lorsque la nuit fut passée, Âmrapâlt fit préparer dans son jardin les mets ]es plus exquis, et lorsque tout fut prêt, elle le fit dire au Seigneur, qui, suivi de ses moines, se rendit de bonne heure à Tendroit où Thôtesse avait fait préparer le repas. A la fin du repas, Âmrapàlt prit la parole et dit : « Je donne ce jardin à la Congrégation, dont le Buddha est le chef ». Le don fut accepté par le Seigneur, qui, après avoir prononcé un discours édifiant, se leva et partit ^
34. Maladie du Buddha. — An and a possédé par le Malin. — Tentation par le Maun. — Événements des derniers mois d'après la tradition septentrionale. — Réqt des derniers jours d* après les notices méridionales. — Repas chez CuNDA. — Dernière maladie. — arrivée a Kusinârâ. — Instructions a Ânanda. — Conversion de Subhadra. — Mort. — Funérailles. — Partage des reuques.
Du jardin d'ÂmrapâU, le Seigneur se rendit au village nommé Bailva. C'est là que lui-même passa le temps de retraite, tandisque les moines logeaient dans les environs de Vaiçâli.
* A Bailva, le Seigneur tomba très gravement malade, et ce 212 ne fut que grftce à ]a supériorité de son intelligence et à sa conviction que son œuvre n'était pas encore achevée qu'il put résister au mal. Dès qu'il eut regagné assez de forces pour pouvoir prendre du mouvement, il s'assit hors du couvent à un endroit ombragé, et parla avec Ânanda de sa fin prochaine. « Je suis vieux, maintenant, » dit-il entre autres propos, « très âgé ; j'ai atteint l'âge de 80 ans, Ânanda ;
1. Dans le Mahâvagga, 6, 30 luit immédiatement le départ du Buddha pour la salle du Belvédère, au Grand-Boif , prèf de Vaiçâlt. Ce récit ne se trouTe que plus loin dans la version que nous suivons maintenant, celle du Mahà" parin. Sutta, ainsi que le lecteur le verra dans la suite.
pareil à un vieux char, le corps du Tathâgata ne se traîne qu'à grand peine. Quand le Tathâgata, après la suppression des sensations, aura atteint la concentration inconditionnée de rintelligence, son corps sera dans un état de repos bienheureux. A partir de ce moment, Ânanda, vous serez obligés, vous autres, pour le reste de votre vie, de tirer la lumière de vous-mêmes et de la Loi, de chercher votre salut dans vous-mêmes et dans la Loi. »
Un jour, le Buddha dit à Ânanda : « Prends une natte pour que nous puissions nous asseoir, Ânanda, et rendons-nous au sanctuaire Câpâla, afin d'y passer la journée. »
Venus près du sanctuaire, le Tathâgata s'assit et dit : « Charmant, Ânanda, est Yaiçâli ; charmant, le sanctuaire Udayana; de même le sanctuaire Gautamaka, et celui de Sattamba \ de Bahuputrâ, de Sârandadâ et de Câpâla. Tout homme qui a étudié et s'est approprié les quatre parties de la puissance miraculeuse, peut, s'il le veut, prolonger son séjour [sur terre] pendant un Kalpa ou le reste d'un Kalpa. 213 * Le Tathâgata a étudié et s'est approprié ces forces miraculeuses; il peut, par conséquent, prolonger son séjour pendant un Kalpa ou le reste d'un Kalpa. »
Malgré ces insinuations si claires du Seigneur, Ânanda ne put les comprendre, et il ne dit pas : « Restez, Seigneur, pendant un Kalpa ! restez, Sugata, pour l'utilité, le salut et le plaisir des hommes et des dieux » parce que Mâra s'était emparé de son esprit. Le Seigneur répéta ses paroles une seconde, une troisième fois, mais Ânanda se tut. Alors le Seigneur dit : « \a, Ânanda, et fais ce que tu crois devoir faire ». Et le disciple se leva, salua respectueusement le Seigneur, et s'assit à quelque distance au pied d'un arbre.
Bientôt Mâra, le Malin, parut et dit : « Éteignez- vous,