PREFACE
L'auteur de cet ouvrage est du trop petit nombre des Français qui croient encore à l'importance et même à la nécessité de la colonisation. Il pense également qu'on ne saurait trop s'élever contre le préjugé qui consiste à répéter que la France ne sait pas coloniser. Nos colonies, il est vrai, n'ont que médiocrement réussi jusqu'à présent ; leur histoire ne fut trop souvent qu'une sinistre énumération de fautes et de catastrophes ; nous avons semé et d'autres, plus habiles ou plus heureux, ont récolté; mais, si la Louisiane et le Canada, si les Antilles ou FHindoustan ne nous appartiennent plus, au moins y avons-nous laissé des souvenirs impérissables et d'ardentes sympathies, car nous n'y avons jamais, comme tant d'autres , marqué la trace de notre passage par du sang et des ruines. Aussi bien la meilleure preuve que le Français sait et peut coloniser, c'est que nos deux récentes acquisitions, l'Algérie et la Cochinchine , sont
en voie de progrès continu, cl nous réservent peut-être de splendicles compensations.
S'il nous était donné , dans notre modeste sphère, de rendre quelque service au pays, ce serait en appelant l'attention sur l'histoire trop oubliée de nos colonies perdues. Cette histoire est souvent glorieuse et toujours féconde en renseignements utiles. Le récit des fautes et des maladresses qui compromirent le succès de nos colons en préviendraient sans doute le retour. L'expérience du passé nous mettrait en garde contre les erreurs de l'avenir. En apprenant comment nous avons su conquérir, mais non garder, nous trouverions sans doute le secret d'organiser et de conserver. Nous n'avons pas eu d'autre pensée en composant cette histoire de nos établissements brésiliens au seizième siècle.