VILLEGAIGNON AU DUC D'ESTAMPES
Monseigneur, par vostre commandement i'ai distribué les lettres qu'il vous a pieu m'envoyer, et retenu celles qui sont
pour l'urgent (3). Au reste, Monseigneur, i'ai faict
ung au Roy et envoyé, où i'ai exprimé les advantages de
nos ennemis et les nostres; affin de y besongner promptement et en diligence. Cependant nous ferons des canonières couvertes dans la roche tout à l'entour du parc, et pour garder les ennemis de venir, ie fais accoustrer les grands bateaulx du Roy en galère, et sur les bords faire une pavaysade (4) de gros cables pour estre couverts. Nous fayrons aussi le flanc
(1) Dom. Morice. Mémoires pour servir de preuves à l'histoire de Bretagne, t. III, p. 1088-1089.
(2) Gouverneur de Bretagne.
(3) Suivent cinq à six lignes indéchiffrables. Dom Morice n'a lu que quelques mots, dont la réunion ne présente aucun sens.
(4) Sur ces fortifications consulter le curieux ouvrage de Levot. Histoire de Brest, passim.
sur la fontaine, et pour ce que l'on peut venir à covert iusques sur le bord du fort près du dongion devers la porte, le lieu où l'on fit autrefois la batterie, et que du moullin l'on nous peust oster ledit dongion, et qu'en toute celle cortine n'avons lieu où mettre nostre artillerie, ie suis d'avis de faire fortifier ce lieu où la Chatière a fait rompre la tour au devant dudit dongion, et de là tirer une cortine iusqes à la mer par devant la porte, etpour faulte de chaux et de matière faire mon rampart de terre et genêt liés de gros bois que ie prendrai en un navire que nous y avons. Il nous faut un commissaire d'artillerie et des canonniers pour donner ordre à la dite artillerie et la remonster. Il vous plaira escrire à
M. de Carné (1) qu'il et qu'il ordonne des deniers
comme il est capitaine de la place. Je suis d'avis
l'honneur, et quant l'affaire viendra lui pour estre participant au bien, et si bien que leRoy et vous en soyez
en son degré de gouverneur, et moi de puisque ainsi
plaist au Roy (2). le aimerais bien mieux que les affaires se portassent bien en obéissant que mal en commandant. Tout l'honneur que alors i'hauroye est que le service du Roy soit faict, et que nous lui gardions la place. le donne conseil au Roy et à Monseigneur le Connestable de faire armer ses navires et les mettre en mer, et avecque eux il mecte un personnage de qualité pour aller combattre le prince (3) de Espaigne où il se trouvera. Par là nous garderons non seulement Brest, mais toute la Bretaigne, Guiene et Normandie. S'il considère la despense qu'il faudra faire à reprendre une place perdue, elle sera trouvée beaucoup plus grande que de dresser son armée de mer. Il en fayra ce que ses affaires porteront, et moi tout ce qui lui plaira m'ordonner. 11 me semble, Monseigneur, qu'il seroit bon d'establir un cheval
(1) Gouverneur de la place de Brest.
(2) Allusion à ses démêlés avec M. de Carné. Voir p. 158.
(3) Don Philippe, le futur Philippe II.
sur le chemin d'icy à Nantes, pour vous faire tenir lettres et à nous les vostres, affin que incontinent ie vous advertisse de ce que i'entendré. l'ai ces iours eu ialousie d'un Anglais nommé Strangié , frère comme l'on dict, d'un chevalier de l'ordre d'Angleterre... est venu dans ce havre en ung navire de... avecq six autres gentils hommes en guyse... l'ai sceu par aucuns de ses gens que... dix huict navires en Angleterre et que la... Hongrie y estoit. Vous en pourrez estre mieux... mais ie suis en opinion que le prince d'Espaigne fera entreprise sur nostre place, qu'il n'ait intelligence avec lesd. Angloys, leur promettant les y mettre, s'ils se veulent déclarer. Si i'en descouvre quelque chose, ie ne fauldré à vous en avertir comme de toutes autres choses : qui est l'endroit, Monseigneur, où ie me recommanderé très humblement à vostre bonne grâce , priant le créateur vous donner en très heureuse et longue vie l'accomplissement de vos nobles désirs.
De Brest, le 9 décembre 1552.
I'ay délibéré de m'accompaigner d'ung bon nombre de chevaliers de nostre ordre, et entre autres de Lardière qui se tient à six lieues des Essarts.Et vous plaira, Monseigneur, lui faire tenir mes lettres pour me venir trouver.
Vostre très humble et très obéissant serviteur.
VlLLEGAIGN'ON.
Lettre IV (1).