AU LECTEUR
l'ay esté adverty qu'aulcuns Je ceulx qui auroyent leu les traditions de la doctrine de Calvin, que i'ay impugnées, les auroyent trouvées si eslrauges, lourdes et absurdes, qu'ils ne pouvoient croire qu'homme do telle réputation eust esté si ignorant et si inconstant en son dire, ne qu'il se fust tant esloingné de sa foy et religion catholique, qu'il se monstre à m'ouyr. Au moyeu de quoy, pour faire apparoistre de la
(1) D'après Léry(p. GO, édit. 1580) : « Yillegaignonescrivit d'ancre de Brésil de sa propre main ce qui «'ensuit : « l'adiousteray le conseil que vous m'avez donné par vus lettres, ni'efforçant de tout mon pouvoir de ne m'en desvoyer tant peu que ce soit. Car de fait ie suis tout persuadé qu'il n'y en peut avoir de plus sainct, droit, ny entier. Pourtant aussi nous avons fait lire vos lettres en l'assemblée de nostre conseil, et puis après enregistrer, afin que, s'il advient que nous nous destournions du droit chemin, par la lecture d'i^ellos nous soyons rappelez et redressez d'un tel fourvoyement. »
(2) Cette lettre se trouve en tète de l'ouvrage intitulé : Para' phrase sur la résolution des sacrements. Le privilège étant daté de Blois, 6 juin 1560, on peut fixor, par à peu près, la même date à cette lettre manifeste.
vérité, iay prias sa résolution des sacremens ; l'œuvre des siens le plus diligemment faict, comme celluy qui luy a semblé de plus grande importance; pour la pacification de la surnommée église, et ay escript de mot à mot touts les articles, en nombre vingt six, esquels il a expliqué sa doctrine ; et au dessoubs i'ay noté briefvement les faultes et contradictions, que i'ay trouvées, lesquelles i'ay voullu publier tant pour ma descharge que pour monstrer que si l'on prent guarde à ceste nouvelle doctrine, Ion n'y trouvera que du vent, et des parolles artificielles, desgnisées par illusions sophistiques, en laquelle science ledict Calvin a très studieusement exercité sa ieunesse. Gela donnera tesmoignage au lecteur, que s'il s'est fouvoyé en ce, où il a employé toutes les forces de son entendement, que ce n'est merveille, qu'il ayt chopé ez choses où il luy a semblé n'avoir besoing de si grande diligence : et par ainsi pourra-t-on iuger que ie ne lui auray imposé des choses que i'ay reprises de sa doctrine.
VlLLEGAIGiNON.
Lettre VI (i).