Microlog.. 60. Jaann. Beleth
S. Baeumer, KathoUh, 1S89, t. I, 3. Joan. Biàeiii.,Ralion<ile, 52.
DigilicJbïGoO^lc
Jean Beleth est réactionnaire. Mais Abaiïarà, qui appar-tient au parti opposé, nous donne clairement à entendre dans sa lettre à saint Bernard, vers 1 140, que les hymnes ont dans l'olfice ultramontnin séculier une place autrement large que celle que Jean Beleth leur voudrait laisser, et que tout l'hymnaire monastique a passé dans l'office des clercs ; « Bcclesia pro dwersitate feriarum vel fesliviialum diverats utilur hymnis* . •> Et, par Eglise, il faut entendre ici les églises des clercs séculiers, « omnibus ecclcaiis, » dit-il expressément, et non les seules églises conventuelles, comme l'insinue Jean Beleth, quand il dit : «.-. sequitur liymnus, si sit mona~ chalis ecclesia*. »
Comment s'était formé l'hymnaire de l'Eglise, et sous quelles influences était-il entré dans l'office moderne ? C'est la question qui se pose à nous.
On a expliqué au premier chapitre de cette histoire ce qu'étaient les psalmi idiotici, en quelle faveur ils avaient été dans certaines Eglises au m' siècle, puis comment ils avaient été proscrits de l'usage liturgique dès le début du iv* siècle. On l'a dit aussi, les hymnes métriques de Synésius et de saint Grégoire de Nazianze, étaient des exercices de lettrés, qui ne furent jamais introduits dans la psalmodie liturgique. Les hymnes métriques que l'on rapporte avoir été composées par Apollinaire de Laodicée, étaient des cantiques que chantaient les ApoIIinaristes « aux heures
l'office moderne et les bbéviaibes 165 de travail et de loisir, les jours de fêtes et les autres, en toutes circonstances, en un mot », c'est-à-dire des cantiques pour la vie privée '. Et, au surplus, les Apollinaristes ne firent pas la fortune des hymnes ou idylles métriques de leur maître ; secte et cantiques disparurent ensemble. Chez les Latins, la poésie lyrique chrétienne devait avoir une tout autre fortune.
Comme Apollinaire, saint Ambroise avait composé des hymnes métriques {carmina) pour l'instruction de ses fidèles. On était en 386. Voyant Milan infesté d'Ariens, que la présence el l'appui de la cour de Valentinien rendait plus insolents et plus redoutables, Ambroise mit la doctrine de la consubstant! alité en cantiques pour le peuple. Tout le peuple les apprit et tout le peuple les chanta : entraînante et toute puissante prédication. « Quid enint potentius, pouvait répondre saint Ambroise aux ennemis qui l'accusaient d'avoir séduit le peuple par ses vers, quid potentius quant confessio Trinitads quae quotidie totius populi ore celebralur^l « Tout le peuple, entendez bien. Mais remarquez bien aussi qu'il n'est nullement question encore en cela de chant liturgique, ni que ce carmen antiarien (car il ne s'agit encore que d'un seul carmen) ait figuré au programme des vigiles milanaises, e avec la psalmodie antiphonée.
Vcni, redcmpfor gentîum !
oatende parlum virginis :
mireCur omne saeculum, cales decet partus Deumi
D,y.l..<,UtGOOgle
Non ex virili semine, sed mystico spéramine, verbum De'i facium est caro, fructusque ventris floruit...
Procedit e thalamo sua, pudoris aula regia,
alacris ut curral viam...
Aequalis aeteriio Pat ri,
earnis tropaeo accingere,
virtute firmans perpeù...
Ce cantique de l'orthodoxie nicéenne victorieuse, ou près de l'êlre, eut un rapide et merveilleux succès. Le pape Célestin (422-432) rappelait que u Ambroise, de bonne mémoire, avait, un jour de Noël, fait chanter à tout son peuple d'une seule voix, le Vent redemptor gentium... b; Fauste de Riez {\ 492) assure que, de son temps, « au jour de Noël, l'Église catholique, dans toute l'étendue de la Gaule et de l'Italie, » le chantait encore '. C'était le premier en date des noëlsde l'Église d'Occident.
Ce noËl n'était pas le seul cantique populaire composé par saint Ambroise. Saint Augustin connaît de lui et cite un autre cantique, celui-ci en forme de prière du matin ; l'hymne Aeterne rerum coitdiior. Le même Augustin en mentionne un troisième, une sorte de prière du soir, comme le précédent était une prière du