‹ Histoire du bréviaire romain (volume 2)Chapitre 184 sur 190 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Nous n'avons pas eu cette « onesta correzione del nostro Breviario » que le loyal et ferme génie de Benoît XIV voulait nous donner, et que sa mort seule Ta empêché de nous donner. L'aurons-nous un jour, et verra-t-on reprendre les matériaux recueillis par ce grand pape pour corriger les taches du Bréviaire, et rétablir le si désirable équilibre de l'olSce temporal et de l'office sanctoral? Il ne nous appartient pas de répondre, non plus que de signaler ici les corrections nécessaires, ni de chercher le moyen de rétablir ce juste équilibre : ce serait outrepasser les limites de notre rôle d'historien. Il importe même, sur la fin de cette Histoire du Bréviaire romain, où tant de questions intéressant une réforme possible du Bréviaire, dans son texte et dans ses rubriques, ont été incidemment touchées, il importe d'exprimer nettement les seules conclusions auxquelles cette étude d'archéologie liturgique et d'histoire littéraire a la résolution de se tenir*.

1. Nou9 laÏBaoas de cAté dem développe menti. — 1* L'eipoi^ des propositions faites bu concile du Vatican au sujet d'une réforme dn Bréviaire. Ces propositions n'ajonl été que dus voeai privés, et, il faut bien le dire, non ncuadum tcieiUiam : on les trouvée» i^sumëes por le P, Schober, op. cit., pp. 78-80. — 2" L'histoire de la suppression des Bréviaires gallicans. On pourra con-

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CON'CLUSION 325

Rejetons l'ulopie llturgiqne française du xviii* siècle, comme noua avons réprouvé l'utopie romaine du xvi°. La liturgie de Vintimille et celle de Quignonez, la liturgie de Coffin et celle de Ferreri, n'ont, à nos yeux d'archéologues, pas plus de titre que celle d'Alculn à se substituer à la liturgie traditionnelle existante.

Cette liturgie traditionnelle est représentée pour nous par le Bréviaire romain d'Urbain VIII, qu! est pour nous une vulgate de l'office romain. Cette vulgate, cette édition ne varietur de 1632, est une édition historique, à laquelle le Saint-Siège a grand'raison de ne vouloir toucher qu'avec la plus prudente discrétion. Il serait même à désirer que toutes les additions qu'on y a faites depuis 1G32 fussent imprimées à part, et il devrait y avoir un supplément A'officia exlrava»aiilia, où seraient réunis tous les offices publiés depuis 1632, la vulgate de 1632 demeurant à jamais fermée, comme le Décret de Gratien l'a été.

Ce qui nous rend précieuse cette vulgate de 1632, c'est que, grâce à la sagesse de Paul IV, de Pie V, de Clément Vlll, entre celte vulgate de 1632 et le bréviaire de la curie romaine du xiii° siècle, les différences sont de détails : l'identité substantielle des deux bréviaires est indiscutable. Le bréviaire d'Urbain Vlll dépend du bréviaire d'Innocent 111.

Et, à son tour, le bréviaire d'Innocent IH dépend de l'ofTice canonique romain, tel qu'il était célébré dans la basilique de Saint-Pierre de Rome, à la fin du Vlll' siècle, tel qu'il s'y était constitué au cours du vu'

sultev avec grand fruit lur ee second po[nt len quelques pagïs de l'abbé Marcel, duos an très remarquable uionographic des Livres lUurgiquei du rlwcèse de Laagrei (Paris, 1892), c

D,y.,..^.,GOO^IC

et du VIII' siècle, synthèse toute romaine d'éléments soit romains, soit non romains, mais dont quelques-uns remontaient à l'origine même du christianisme. C'est l'honneur et l'excellence du bréviaire d'Urbain V[1I de descendre de cet auguste aïeul.

Sans doute, il n'en descend point en ligne directe ; c'est le reproche capital que nous lui ferions. Archéologues et historiens, nous avons peine à ne pas considérer l'office du VIII' siècle comme le canon de l'office. Il faut nous pardonner cette érudite prédilection. Dans le bréviaire d'Innocent 111, nous voyons l'abrégé, non point de l'office romain ancien tel qu'il se célébrait k Saint-Pierre au viii'^ siècle et encore au xiii", mais de l'office romain tel qu'il avait été adopté, puis transformé, en France, en Allemagne, en Italie, du ix' au xii" siècle, sous l'influence toute puissante des ordres religieux et siiccialement de Cluny, devenant ainsi cet « office moderne n sur tant de points difTérent de r a office ancien » ou pur romain. C'a été le dommage des correcteurs romains du xvi° siècle de ne point connaître cet a office ancien » ou pur romain, et de ne puiser point le texte de l'office à sa source véritable.

Tel qu'il est, tenons-nous pour heureux, comme nous le serions s'il nous était donné de voir debout encore l'ancienne basilique de Saint-Pierre de Rome, non pas telle qu'elle était au temps de saint Damase, non pas même telle qu'elle était au temps du pape Hadrien et du pape Léon III, — la basilique qui vit couronner Charlemagne, — mais simplement lu basilique du temps de Nicolas V, ornée, meublée, encombrée comme elle l'était à cette époque, au lieu d'être obligés de descendre dans les crypies valicanes pour retrouver les quelques restes que le vandalisme de la Renaisssnce a laissé

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venir jusqu'à nous de cette antique et vénérable chose. Le Bréviaire romain, en effet, est, dans ses grandes lignes, le vieil édifice achevé au viii° siècle. Et si, du IX* siècle au xiii', du xiii' au xv°, trop de mains l'ont orné, changé, encombré, modifié, du moins au xvi* la prudence de Paul IV, de Pie V et de Clément VIII l'a sauvé des projets de restauration arbitraire ou de reconstruction ruineuse de Léon X et de Clément VIII, sinon des embellissements d'Urbain VIII. Dans ses œuvres vives, l'édifice du viii' siècle est debout, et nous y prions

Pieux lecteurs qui m'avez suivi jusqu'ici, lorsque vous irez en pèlerinage à la Ville Eternelle , prenez la voie Appienne et poussez jusqu'à la basilique de Saint S'Nérée-et-AcUillée. Vous entrerez dans cette diaconie en pensant au pape Léon HI, qui l'a construite sur le plan traditionnel des basiliques romaines, et qui l'a décorée de mosaïques : vous serez ému par la simplicité, par l'élégance, par l'austère et mystique beauté de cette architecture. Et si, vous rappelant quelles restaurations un cardinal Borghèse h infligées à la basilique de Saint- Grégoire au Célius, un cardinal Acquaviva, à la basilique de Sainte-Cécile au Transtevere, et Benott XIV lui-même à Sainte-Croix de Jérusalem, vous désirez savoir quels soins pieux et éclairés ont si intégralement sauvé l'œuvre de Léon III, lisez l'inscription oii le cardinal Baronîus, car c'est lui, revendique humblement l'honneur de cette restauration de sa basilique, et conjure les titulaires qui lui succéderont de n'y rien changer ;

PRESDVTER CARD. SVCCKSSOR QVISQVIS FVBRtS

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