VIII PRÉFACE
il nous manque un recueil et une classificalioD scientifique des Ordines romaniles plus anciens ; il nons manque un inventaire des livres liturgiques romains du VIII* siècle au xiii*, un inventaire et une classification des bréviaires monastiques antérieurs au xiii^ siècle, et des bréviaires tant romains que non romains du xiii* siècle au xv" ; il nous manque jusqu'à une bibliographie des bréviaires romains imprimés ! Et je ne parle pas des pièces d'archives que l'on pourrait mettre en lumière, concernant les diverses réformes du Bréviaire romain au xvi*, au xvii' et au xvin* siècle. On voudrait pouvoir consacrer des années à tant de recherches : mais, du coup, ce ne serait plus un manuel que l'on écrirait, et un recueil comme les Anaîecta liturgica de M. Weale ne serait pas de trop. Force est donc de se restreindre, et de travailler simplement à s'orienter et à orienter.
L'auteur s'est appliqué à dégager son sujet des questions rituelles pratiques qui relèvent soit de la théologie morale, soit de la Congrégation des Rites. Il s'est appliqué plus encore à le dégager des préoccupations qui ont trop longtemps, en France au moins, envenimé ces questions. Il a entendu faire œuvre d'archéologie chrétienne et d'histoire littéraire chrétienne. Plus heureux que tels litui'gistes de la génération précédente, nous pouvons aujourd'hui parler de liturgie en ne pen-
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sant qu'à la liturgie; dans nos critique dans nos admirations, ne nous inspirer que d'elle; et pour formule suprême de notre esthétique, prendre ces belles paroles, qui mériteraient d'être de saint Grégoire (puisqu'elles ne sont point de lui) : « Non pro locis res, sed pro rébus loca nobis amanda sunt. »
Newman, à une époque où il appartenait encore à l'Eglise anglicane, a pu écrire ces remarquables lignes : « Il y a tant d'excellence et de beauté dans les offices du Bréviaire, que si des controversistes romains le présentaient à un protestant comme le livre des dévotions romaines, ce serait créer indubitablement un préjugé en faveur de Rome, à supposer que ie protestant ignorât les circonstances du cas et fût d'une candeur moyenne et sans parti pris'. » Cette excellence et cette beauté de l'office romain, j'ai essayé de l'exprimer comme je l'avais sentie. Et quant aux a circonstaoces du cas u, dont parlait Newman, j'ai cru de mon devoir de les analyser sans les atténuer, bien convaincu qu'elles n'allaient pas h amoindrir l'impression générale
1. TracU for tkt Timet, n" 7S. O the Saman Brti/iary, p. 1 : o There is lo mucb of excellence and lieauty in the services oDhe Breviarj, that were it skilfull}' set before the Protealanl by Roman controTersialista as Ihe hook of devotiona receivtid in tbeir comniunioii, it would undoubudly raise a préjudice in Iheir favour, if he were ignorant of the circumstances ot (he caie, and but ordinarilj candid and auprejudiced. ï
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d'estime et d'admiration que le Bréviaire romaio doit laisser, soit qu'on le considère en lui-même, soit qu'on le considère dans ses sources. Cette impression, je l'ai eue en remontant du xvi* siècle au xiii°, du xiii' au vu", la tradition liturgique roniiiine; en étudiant dans les textes authentiques te t( cours u le plus ancien des basiliques romaines et de la basilique vaticane entre toutes ; en me faisant ancien à ce commerce, et comme l'un de ces clercs anglo-saxons du vn" siècle, qui venaient en pèlerinage au tombeau du prince des apôtres, et qui, dominés par l'autorité autant que conquis par la beauté mystique de « l'ordre romain » et de la « cantilène grégorienne », demandaient à saint Pierre de leur apprendre a prier, et d'eux-mêmes lui répétaient le Doce nos orare de l'Evangile. Que l'Eglise romaine me pardonne si ma prédilection pour ces formes antiques de sa liturgie m'a rendu critique sévère ou indiscret des formes plus modernes, ou si sous ma plume quelque mot a trahi cette prédilection même.
En terminant, c'est pour moi un devoir et un plaisir de remercier publiquement celui de mes anciens maîtres, prêtre de Saint- Sulpice, — sa modestie m'a demandé de ne le point nommer, — et dom S. Baeumer, de l'ordre de Saint-Benoît, dont l'érudition et le tact m'ont été d'un perpétuel secours dans la correction des épreuves de ce
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