L. P., t. II, p. 8S
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puis cependant croire que, en réalité, la Scola eantorum soit une institution de ce grand pape. — Jean Diacre, il est vrai, l'afBrme : « Dans la maison du Seigneur, comme un très sage Salomon, sachant la componction qu'inspire la douceur de la musique, saint Grégoire compila dans l'intérêt des chantres le recueil appelé anttphonaire, qui est d'une si grande utilité. Il institua également l'écnle des chantres, qui maintenant encore exécute le chant sacré dans la sainte Église romaine suivant les enseignements reçus de lui. Il lui assigna diverses propriétés et lui fit bâtir deux demeures, l'une située au pied des degrés de la basilique de l'apôtre saint Pierre, l'autre dans le voisinage des édifices du palais patriarcal du Latran. On y montre encore aujourd'hui le lit sur lequel il se reposait en donnant ses leçons de chant; et le fouet dont il menaçait les enfants y est encore conservé et vénéré comme une relique, aussi bien que son antiphonaire authentique. Par une clause insérée dans l'acte de donation, il régla sous peine d'anathème que ces propriétés s< réparties entre les deus fractions de la Scola c récompense du service quotidien'. » — Mais le témoignage de Jean Diacre représente seulement la tradition courante du ix" siècle, une époque où le nom de saint Grégoire était trop glorieux pour qu'une institution comme la Scola n'eût pas quelque tentation de se l'approprier. L'assertion de Jean Diacre n'est corroborée par aucun autre auteur contemporain ou plus ancien : le Liber pontiftcalis (sa notice de saint Grégoire est du vu' siècle) ne dit pas un mot dé cette prétendue fonda-
1. Joon. Disc, II, 6. La traduction rrangaige de cepaiiagre est
J OE h'OBDO PSALLENDI ROMAIN 53
tion. Et il y a plus. On a les décisions d'un concile tenu A Rome par saint Grégoire, décisions insérées par Gratien dans le Décret : et qu'y lit-on ? Que i dans la sainte Église romaine, c'est une coutume ancienne et fort répréhensible n de faire chanter les diacres et autres personnes engagées dans le ministère du saint autel; il s'ensuit que, dans la promotion au diaconat, on se préoccupe souvent moins des moeurs que de la voix ; grave abus, auquel on coupera court en interdisant aux diacres de chunter, et en les confinant dans le ministère sacré ; quant au chant, il sera exécuté par les sous-diacres, ou, « si la nécessité l'exige, » par les ordres mineurs : u Psalmos vero ac reliquas lectiones censeoper subdiaconos oel si nécessitas fuer il per n. ordines exhiberi*. » Remarquez bien le vel si n fueril ; les psaumes et les leçons seront dans la sainte Eglise romaine de droit la partie des sous-diacres, et par exception ou par concession, celle des lecteurs. Assurément, il y a dans cette ordonnance de saint Grégoire une disposition singulière, et il ne parait pas qu'elle ait eu un effet ni plein ni durable ; mais il reste que celte ordonnance va contre l'hypothèse de l'institution par saint Grégoire d'un collège de lecteurs ou même de simples chantres.
Si le souvenir de l'institution par saint Grégoire de la Scola cantorum est une tradition tard formée, qui n'a pas d'attestation antérieure à l'extrême fin du viii* siècle, et qui est contredite par les textes du septième, que faut-il penser de la tradition qui attribue à ce pontife la création de la cantilène romaine, en d'autres termes de la musique des antiennes et des répons
l. P. L., t. LXXVII, p. 133S.
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[antiphonae et responaor'ia) de l'office ? — Dom Germain Morin a réuni tous les testes qui font de saint Grégoire l'auteur de cette création', et j'y vois claîremeni ceci : de mËme que Vordo de la messe était attribué à saint Grégoire , de même les pièces de cliant qui faisaient partie de cet arda lui étaient attribuées ; l'authenticité du sacramentaire grégorien entraînait celle de l'antiphonaire. Ainsi l'entendait Egbert, évêque d'York (732-766), le plus ancien auteur qui témoigne de l'origine grégorienne de l'antiphonaire. Parlant du jeûne des quatre-teraps, il écrit : « C'est saint Grégoire qui, dans son antiphonaire et son missel, a désigné la semaine qui suit la Pentecôte comme celle où l'Eglise d'Angleterre devait l'observer : non seulement nos antipbonaires à nous l'attestent, mais aussi ceux que nous avons consultés avec leurs missels correspondants dans les basiliques des saints apôtres Pierre et Paul : Nostra tesiantar antiphonaria, sed et ipsa quae cum missalibus suis conspeximus apud apostolorum Pétri et PauU limîna ^. » Tant vaut l'authenticité du sacramentaire, tant vaut l'authenticité de l'antiphonaire : et l'on sait quels droits restreints a le sacramentaire à s'appeler grégorien^. — Et quand le sacramentaire serait vraiment grégorien, et quand l'antiphonaire le serait aussi, nous ne serions pas en droit de dire que la composition des antiennes et des répons de l'office est de saint Grégoire. Dans la langue du viii° siècle, en effet, antiphonaire désigne le recueil des pièces notées de la messe, notre Liber gradaalis, et non le recueil des pièces notées de
Ua originel da chant grégorien
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l'office, le Liber responsalis . Et, par là, toute la question de l'origine du recueil des antiennes et répons de l'office reste en dehors et indépendante de la question de l'origine de l'antiphonaire.
11 était bien plus dans le vrai ce liturgiste anonyme du VIII" siècle, plus ancien par conséquent que Jean Diacre et peut-être qu'Egbert d'York, plus familier aussi, il semble bien, avec les souvenirs et les choses de la Scola cantorum et de la basilique valicane, quand il attribuait, non pas ù un pontife, mais à plusieurs, à saint Léon (440-461], au pape Gélase (492-49CJ, au pape Symmaqne (498-514), au pape Jean (523- 526), au pape Boniface II (530-533), et seulement enfin à saint Grégoire (590-604) , la création collective de la cantilène romaine des antiennes et des répons. Encore n'est-ce point entre les mains de saint Grégoire que cette création s'achevait : elle allait se continuer par les soins de maîtres obscurs, dont notre liturgiste nous donnera les noms, et qui sont du vii° siècle avancé, sinon du viii', Catalenus, MaurianuB et les autres ' . Ce qu'on appelait au vu' siècle cantilène romaine, et qui avait remplacé, à Rome, l'antique modutamen piacidum, ne saurait donc exclusivement porter le nom de saint Grégoire.
On vient de voir comment, à Rome, chaque titre presbytéral avait un office vigilial quotidien célébré par le clergé chargé de la desservance du titre : « Omni lempore per singulos dies, a primo gallo usque maite, cum