‹ Histoire du Bréviaire romain (volume 3)Chapitre 144 sur 223 · Petr. Damian., Opuscul., XXXIV. p. 2\ D · texte numérisé non relu

Petr. Damian., Opuscul., XXXIV. p. 2\ D

ici tout proche des lieux où les âmes des pécheurs expient la peine temporaire de leurs fautes ; et l'on peut, d'où nous sommes, les entendre gémir de ce que les fidèles et en particulier les moines de Cluny sont si avares de prières à les soulager et à les délivrer. Au nom de Dieu, bon pèlerin, si tu revois un jour ton pays, va trouver l'abbé de Cluny, et lui enjoins de ma part de redoubler, lui et sa congrégation, d oraisons, de vigiles, d'aumônes, pour racheter les âmes en peine et pour multiplier la joie du ciel et le deuil du diable... Au récit de ce pèlerin saint Odilon — 1049 établit que, dans tous les monastères de sa congrégation, le lendemain de la fête de tous les saints serait consacré à la commémoraison de tous les fidèles défunts '. Encore une création liturgique de Cluny, propagée par Cluny dans tout 1 Occident et finalement à Rome : nouvelle et dernière preuve de l'influence prépondérante de Cluny sur la formation de Y « office moderne ».

Il nous reste à voir comment cet « office moderne », qui n'était ainsi qu'une transformation ultramontaine de l'office romain du temps de Charlemagne, s'introduisit à Rome même.

Nous touchons à l'évolution liturgique qui se produit à Rome au xme siècle et qui va donner naissance au Bréviaire de la cour romaine. En d'autres terni a nous avons à raconter comment s'est formé le l>r« viaire de cet office moderne que nous venons de décrire, e1 comment ce bréviaire a été adopté par les papes, par la Curie, finalement parles églises même de Rome.

1. Jotsald., Vila Oditonis. II, 13. Udalric, Consuetud., I 42.

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La récitation quotidienne de l'office canonique, soit à Rome, soit ailleurs, exigeait que les clercs qui y étaient astreints en possédassent le texte, et ce texte constituait une immense écriture1. Jean Beleth énumère les différents manuscrits que l'office canonique comporte : l'antiphonaire, c'est-à-dire le volume qui renferme le texte tant des antiennes que des répons ; la bibliothèque, c'est-à-dire l'Ancien et le Nouveau Testament pour les leçons du nocturne ; le passionnaire, qui renferme les légendes des saints martyrs ; le légendaire, celle des saints non martyrs: l'homiliaire, ou recueil des homelies sur les évangiles du temps ; enfin le sermologus, qui donne les sermons et traités des saints Pères2. Chacun de ces livres sera peut-être en plusieurs tomes, Jean Beleth en fait l'observation. Et nous n'avons pas compté le psautier, ni le sacramentaire, ni le martyrologe. Je veux qu'un chapitre, qu'un monastère, qu'une collégiale, n'aient point de peine à acquérir et à conserver un si volumineux et si coûteux ensemble. Mais les humbles prieurés, mais les paroisses rurales, mais les clercs pauvres ? N'y avait-il pas nécessité, du jour où l'office canonique devenait un devoir commun à tous les clercs, de rendre la récitation de cet office plus pratique à chacun individuellement ? N'était-on pas amené à réduire en un livre portatif et unique, en un seul manuel, toute la collection délivres divers, dispendieux et inamovibles que l'office canonique exigeait ? De là les bréviaires.

1. Joann. Beleth, Rationale, 60. Cf. Sicard. Cremon.. Mî traie, V, prolog.

2. Vny. l'inscription de Sainte-Marie-in-Cosmedin, de L'an 9 ap. Tommasi, t. IV, p. 35S, énuméranl quelques-uns des livres de chœur de cette basilique.

Le mot et la chose apparaissent pour la première fois au déclin du vu Ie siècle. Alcuin 804 était l'auteur d'un abrégé de l'office divin, abrégé qu'il avait dédié à l'empereur Charlemagne et dont nous possédons un exemplaire écrit spécialement pour Charles le Chauve : une sorte de bréviaire de la cour carolingienne *. Mais cet abrégé d'office n'a à peu près rien de commun avec le texte de l'office des clercs, et il n'est surtout pas fait à leur usage. Dans sa préface, Alcuin lui-même prend soin de marquer que clercs et moines ont leurs heures canoniques à eux propres, et qu'on lui a demandé simplement de rédiger un office moins long pour les laïcs qui sont dans la vie active : « Rogastis ut scriberemus vobis breviarium commatico sermone, qualiter homo laïcus qui adhuc in activa pita consistit pcr dinumeratas horas lias Deo supplicari debeat. » Alcuin assigne à chaque jour de la semaine un nombre de psaumes ; c« is psaumes sont groupés selon leur affinité à une pensée mystique, différente pour chaque jour, le lundi la reconnaissance, le mardi la contrition, le vendredi la passion de Notre- Seigneur, et ainsi de suite. Chaque jour a une litanie de saints qui lui est propre, et qui est rédigée de manière à épuiser en six jours les principaux noms du martyrologe. Chaque psaume est suivi d'une oraison. Pas de leçons scripturaires, encore moins de bruns palristiques ou hagiologiques. A la suite de la psalmodie, quelques belles prières ou élévations, tir de saint Augustin, de saint Ambroise, de saint Cyprien, de saint Grégoire le Grand, de Bède..., ou, au même

t. Vovez M. Mevcr, i'eber das Gebetbuch Karl des Kahlen in der h. Schaizkammer in Mûnchen, dans los Sitzungsberichte der philos, philol. u. hist. Classe der Ak. der Wiss. de Munich, ami. 1883, p. Ï24-436. — Cf. P. L., t. CI, pp. 1383-1416.

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titre, quelques hymnes métriques, comme le Christe coclestis medicina Patres, le Fange lingua gloriosi ou le

A salis ortus car dîne. On le voit, le bréviaire d'Alcuin n'est pas un abrégé de l'office canonique romain du vme siècle, puisqu'il ne garde de cet office ni l'ordre ni même l'idée; c'est un eucologe pieux , érudit , varié, à l'usage des laïcs, et comme une fantaisie liturgique de prince. Mais cet essai d'Alcuin, essai demeuré isolé ', consacre l'emploi d'un mot qui lui survivra : le mot de bréviaire - .

On ne s'attend assurément pas à ce que les premiers bréviaires, c*t^t-à-dire les premières sommes de l'office canonique, viennent de Cluny : l'esprit de Cluny n'allait pas à réduire ainsi l'office canonique à sa plus simple expression. Mais on sera peut-être surpris d'apprendre qu ils nous viennent du Mont-Cassin. De fait, le pluancien manuscrit nous donnant en un volume la somme de loffice canonique est un manuscrit cassinésien. Il appartient aujourd'hui à la bibliothèque Mazarine de Paris 3. Ce beau livre, d'une calligraphie lombarde remarquablement pure, orné de belles initiales dans le goût roman et de peinture- à pleine page de style byzantin, contient un catalogue des papes, un catalogue des empereurs de Constantinople, un catalogue des abbés du Mont-Cassin. enfin une chronique du Mont- Cassin; toutes pièces chronologiques -accordant à fixer à l'an 1099 d'août à décembre la date où ce manuscrit

1. Voyez pourtant le Breviarium psaUerii de Prudent me de Troyes [861 . dans Ifigne, P. L.. t. CXV. p. 1449 et suiv.

2. Sur ce mot, voy. Microlog., 28, et Gerbert, Vet. iïiurg., t. II, p. 177. Cf. Baeumer, Katholik, 1890, t. II. p. 511.

3. Cod. Mazarin., 36't. Cf. A. Ifolinier, Catal. dcsmss. delabibl. Mazarine, t. I, p. 132-3.

a été écrit. De plus, le calendrier témoigne qu'il a été copié pour l'usage propre de l'abbaye. C'est bien un livre d'office du Mont-Cassin que nous avons entre les mains, et ce livre d'office est un bréviaire. Négligeons, en effet, une série de pièces adventices qui s'intercalent sans ordre dans le manuscrit 'un rituel de la communion, un ordo pour faire les moines, une série de prières du « seigneur Pierre, évêque d'Ostie », saint Pierre Damien... . et qui n'ont point trait à l'office canonique. Il nous reste : 1° le texte du psautier, suivi du texte des cantiques, puis du Gloria in e.rcelsis, du Te Deum, du Pater, du Credo, du Quicunque vult, des litanies des saints ; — 2° l'hymnaire hymnes du commun du temps, du propre du temps, du propre et du commun des saints ; — 3° le sacramentaire ou texte des collectes ; — 4° le texte des bénédictions pour les leçons et des capitules ou leçons brèves pour toutes les heures ; — 5° le texte antiennes, psaumes, leçons, répons de l'office de la dédicace ; — 6° antiennes pour l'office des morts : — 7° enfin le texte des leçons et des répons do commun des saints apôtres, martyrs, confesseurs, vierges). Il ne manque à ce bréviaire cassinésien pour être complet que le texte de l'office du propre du temps et du propre des saints. Or, ce complément de l'office que le bréviaire de la Mazarine ne nous donne pas, on le rencontre dans un manuscrit contemporain du bréviaire de la Mazarine, c'est-à-dire de la fin du xie siècle : là nous avons les leçons scripturaires, les leçons patristiques et les leçons hagiologiques du temporal et du sanctoral, chacune suivie de son répons. Et ce second bréviaire ou essai de bréviaire est, lui aussi, cassinésien ' .

1. Cod. Casinen.. 110. Cf, Dibliotheca Casincnsis, t. III, pp. 1-

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Du Mont-Cassin, les premiers bréviaires semblent s'être propagés d'abord dans la religion bénédictine. Ici nous nous engageons sur un terrain à peine exploré. Nous aurions besoin d'un inventaire de tous les bréviaires manuscrits que possèdent les diverses bibliothèques d'Europe, ou tout au moins des bréviaires antérieurs au xme siècle : cet inventaire n'existe pas. A s'en rapporter aux seules observations de dom Baeumer, particulièrement versé dans cette littérature manuscrite1, il semble bien qu'il n'y ait point de bréviaires du xne siècle qui ne soient d'origine bénédictine. Ainsi les deux bréviaires de Douai, de la fin du xne siècle, viennent de l'abbaye bénédictine de Marchiennes2. Ceux de la bibliothèque de Troyes proviennent de Clairvaux 3.

Il restait à cet usage bénédictin de réduire l'office en une somme, il lui restait de devenir un usage des chanoines et des clercs séculiers. Mais ici plus encore l'obscurité est grande. Abailard, en 1140, dans cette lettre à saint Bernard que nous avons citée en commençant, Abailard semble ignorer cette transformation bibliographique si grave. Jean Beleth, trente ans plus tard, en pleine université de Paris, l'ignore plus certainement encore. Autant Sicard, évèque de Crémone de 1185 à 12 15. A Rome même, en dehors des chapitres basilicaux, lesquels n'ont rien dans leur livres de chœur qui ressemble aux bréviairess cassinésiens, il n'v a pas trace d'introduction de bréviaires avant le pontificat d'Innocent III (1198-1216 . Mais aussi, soit dans les

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