Id., t. II, n°* 115V
textes, soit dans les manuscrits, les bréviaires d'origine romaine dès leur première apparition portent le titre qui doit leur demeurer du xnie au xvie siècle, et qui est l'indice de leur origine; ils s'appellent Breçiaria de caméra ou Breviaria secundum usum romanae curiae, bréviaires selon l'usage, non point des basiliques romaines, mais bien des papes et de la Curie.
Ici encore, nous nous heurtons à la même difficulté que plus haut : les nombreux bréviaires de la cour romaine qui existent manuscrits dans nos bibliothèques, manuscrits du xme siècle il n'y en a pas de plus anciens), du xive et du xve, n'ont pas été étudiés, comparés, classés. Tant que ce travail n'aura pas été fait, il faudra par méthode renoncer à tirer parti des renseignements que létude de ces manuscrits ne peut donner avec quelque sûreté que si elle est comparative et complète. Bornons-nous donc, au moins provisoirement, aux renseignements que les auteurs du temps nous fournissent, et essayons de retrouver dans ces quelques textes les points capitaux de l'histoire de ce bréviaire de la cour romaine.
Il apparaît, dis-je, pour la première fois au xine siècle, et il est associé au nom du pape Innocent III. La plus ancienne attestation qu'on en ait relevée dans les
Jstres pontificaux est, en effet, du temps d'Innocent III, plus précisément du 25 mai 1205. Baudoin, fait empereur de Constantinople le 9 mai 1204, a écrit au pape pour lui demander d'envoyer a des missels, des bréviaires et les autres livres qui renferment l'office ecclésiastique selon l'institution de la sainte Eglise romaine : postulavit missalia, hrcviaria cactcrosque libros, in quibus officium ecclesiasticum sccundain institula sanctae romanae ecclesiaecontinetur». Et le pape se
l'office moderne kt les bréviaires 109
met en quête auprès des évoques de France, car il paraît lui-même en grande pénurie, pour que l'on veuille bien envoyer à l'empereur les livres qu'il demande, « ut orientales Ecc/esui in divinis laudibus ab occidcntali non dissonet l ». L'indication fournie par le registre d'Innocent III esl peu explicite. Raoul de Tongres 2 va nous éclairer davantage. Il écrit : « Autrefois, quand les pontifes romains résidaient au Latran, on observait dans leur chapelle l'office romain ; mais on l'observait moins complètement que dans les •'■-lises collégiales de la ville de Rome. Les clercs de la chapelle du pape, soit d'eux-mêne -. soit sur l'ordre du pontife, abrégeaient toujours l'office romain, et souvent le modifiaient suivant les convenances du seigneur pape et des cardinaux. Et j'ai vu à Rome un ordinaire de cet office compilé au temps d'Innocent III. » Raoul a beaucoup consulté à Rome; il a compulsé les livres d'office des clercs et des églises [Romae pluru ex dwersis ecclesiis et libris scriptitavi ; il a noté l'existence d'un ordinaire de l'office abrégé pour les clercs de la Curie, et que ce bréviaire a été compilé sous Innocent III : « Clerici capellares... ofjicium romanum semper breviabantet saepe altcrabant, prout domino papae et cardinalibus congruebai obserçandum, et huius o/ficii ordinarium vidi Romae a tempore Innocenta III recollectum *.» A deux autres reprises, Raoul de Tongres fait allusion à ce même ordinaire de l'office constitué