‹ Histoire du Bréviaire romain (volume 3)Chapitre 212 sur 223 · Benoit XIV à Peggi, 13 août 1755 liriefe, p. LIS · texte numérisé non relu

Benoit XIV à Peggi, 13 août 1755 liriefe, p. LIS

Le 18 février 1750, il écrit encore : « Si Dieu nous prête vie et santé, nous écrirons un opuscule, qui contiendra ce qui regarde la matière et la forme des sacrements dans l'Eglise orientale... Nous avons réveillé ici l'étude des choses grecques, mais sans nou> dispenser d'y travailler personnellement senza escittarci dal faticare personalniente). Pourquoi sommesnous dans un âge si avancé, et prisonnier de la goutte, et tout préoccupé des graves affaires de l'Occident' ? » — Ainsi, en 1755, il pense encore à exécuter la correction du Bréviaire, et à l'exécuter lui-même, et il l'exécutera après qu'il aura épuisé la question du rituel grec. En 1750, la question du rituel grec est près d 'tre bientôt épuisée : le tour du Bréviaire va enfin venir. et le pape va nous donner cette « oncsta correzione del Breviario », dont il a tous les matériaux en mains. Mais la tâche est dure, et le siècle est difficile à contenter. « // secolo présente é dl contentatura difficile'2 », et, le 4 mai 1758, le pape est mort.

1. Au même, 18 février 1756 (ibid., p. 121). '. Au même, 16 avril 1758 'ibid., p. 134).

Xous n'avons pas eu cette « onesta correzione de! tîostro Breviario » que le loyal et ferme génie de Benoît XIV voulait nous donner, et que sa mort seule l'a empêché de nous donner. L'aurons-nous un jour, et verra-t-on reprendre les matériaux recueillis par ce grand pape pour corriger les taches du Bréviaire, et rétablir le si désirable équilibre de l'office temporal et de l'office sanctoral? Il ne nous appartient pas de répondre, non plus que de signaler ici les corrections nécessaires, ni de chercher le moyen de rétablir ce juste équilibre : ce serait outrepasser les limites de notre rôle d'historien. Il importe même, sur la fin de cette Histoire dit Bréviaire romain, où tant de questions intéressant une réforme possible du Bréviaire, dans son texte et dans ses rubriques, ont été incidemment touchées, il importe d'exprimer nettement les seules conclusions auxquelles cette étude d'archéologie liturgique et d'histoire littéraire a la résolution de se tenir'.

1. Nous laissons de côté deux développements. — 1° L'exposé des propositions faites au concile du Vatican au sujet d'une réforme du Bréviaire. Ces propositions n'ayant été que des vœux privés, et, il faut bien le dire, non secundum scicntiam : on les trouvera résumées par le P. Schobcr, op. cit., pp. 78-80. — 2° L'histoire de la suppression des Bréviaires gallicans. On pourra con-

Rejetons l'utopie liturgique française du xvinc siècle, comme nous avons réprouvé l'utopie romaine du xvie. La liturgie de Vintimille et celle de Quignonez, la liturgie de Coffîn et celle de Ferreri, n'ont, à nos veux d'archéologues, pas plus de titre que celle d'AIcuin à se substituer à la liturgie traditionnelle existante.

Celte liturgie traditionnelle est représentée pour nous par le Bréviaire romain d'Urbain VIII, qui est pour nous une vulgate de l'office romain. Cette vulgate, cette édition ne varietur de 1(532, est une édition historique, à laquelle le Saint-Siège a grand'raison de ne vouloir toucher qu'avec la plus prudente discrétion. Il serait même à désirer que toutes les additions qu'on y a faites depuis 1632 fussent imprimées à part, et il devrait y avoir un supplément d'of/ici*/ extravagantia, où seraient réunis tous les offices publiés depuis 1632, la vulgate de 1032 demeurant à jamais fermée, comme le Décret de Gratien l'a été.

Ce qui nous rend précieuse cette vulgate de 1632, c'est que, grâce à la sagesse de Paul IV, de Pie V, de Clément VIII, entre cette vulgate de 1632 et le bréviaire de la curie romaine du xine siècle, les différences sont de détails : l'identité substantielle des deux bréviaires est indiscutable. Le bréviaire d'Urbain VIII dépend du bréviaire d'Innocent III.

Et, à son tour, le bréviaire d'Innocent III dépend de l'office canonique romain, tel qu'il était célébré dans la basilique de Saint-Pierre de Rome, à la fin du viue siècle, tel qu'il s'y était eonstitué au cours du vu"

Bulter avec grand fruit sur ce second point les quelques pag de l'abbé Marcel, dans sa très remarquable monographie des Livres liturgique* du diocèse de Langres (Paris. consacrées

aux « Etudes d'histoire liturgique en France au xix' siècle ».

et du vnie siècle, synthèse toute romaine d'éléments soit romains, soit non romains, mais dont quelques-uns remontaient à l'origine même du christianisme. C'est l'honneur et l'excellence du bréviaire d'Urbain VIII de descendre de cet auguste aieul.

Sans doute, il n'en descend point en ligne directe : c'est le reproche capital que nous lui ferions. Archéologues et historiens, nous avons peine à ne pas considérer l'office du vine siècle comme le canon de l'office. Il faut nous pardonner cette érudite prédilection. Dans le bréviaire d'Innocent III, nous voyons l'abrégé, non point de l'office romain ancien tel qu'il se célébrait à Saint-Pierre au vmc siècle et encore au xme, mais de l'office romain tel qu'il avait été adopté, puis transformé, en France, en Allemagne, en Italie, du ixe au xne siècle, sous l'influence toute puissante des ordres religieux et spécialement de Cluny, devenant ainsi cet « office moderne » sur tant de point> différent de 1' « office ancien » oupur romain. Ça été le dommage des correcteurs romains du xvi- siècle de ne point connaître cet « office ancien » ou pur romain, et de ne puiser point le texte de l'office à sa source véritable.

Tel qu'il est, tenons-nous pour heureux, comme nous le serions s'il nous était donné de voir debout encore l'ancienne basilique de Saint-Pierre de Rome, non pas telle qu'elle était au temps de saint Damase, non pas même telle qu'elle était au temps du pape Hadrien et du pape Léon III, — la basilique qui vit couronner Charlemagne, — mai- simplement la basilique du temps de Nicolas Y, ornée, meublée, encombrée comme elle L'était a cette époque, au lieu d'être obligés de descendre dans les cryptes vaticanes pour retrouver les quelques

ïtes que le vandalisme de la Renaisssnce a lais

venir jusqu'à nous de cette antique et vénérable cho Le Bréviaire romain, en effet, est, clans ses grandes lignes, le vieil édifice achevé au vine siècle. El si, du ixe siècle au xme, du xme au xve, trop de mains l'ont orné, changé, encombré, modifié, du moins au xvi° la prudence de Paul IV, de Pie V et de Clément VIII l'a sauvé des projets de restauration arbitraire ou de reconstruction ruineuse de Léon X et de Clément "\ III, sinon des embellissements d'Urbain VIII. Dans ses œuvres vives, l'édifice du vme siècle est debout, et nous y prions

Pieux lecteurs qui m'avez suivi jusqu ici , lorsque vous irez en pèlerinage à la Mlle Eternelle , prenez la voie Appienne et poussez jusqu'à la basilique de Saints-Nérée-et-Achillée. Vous entrerez dans cette diaconie en pensant au pape Léon III, qui l'a construite sur le plan traditionnel des basiliques romaines, et qui la décorée de mosaïques : vous serez ému par la simplicité, par l'élégance, par l'austère et mystique beauté de cette architecture. Et si, vous rappelant quelles ! taurations un cardinal Borghèse à infligées à la basilique de Saint- Grégoire au Célius, un cardinal Acquaviva, à la basilique de Sainte-Cécile au Transtevere, et Benoît XIV lui-même à Sainte-Croix de Jérusalem, vous désirez savoir quels soins pi<-ux et éclairés ont si intégralement sauve l'œuvre de Léon III. li-rz l'inscription où le cardinal Baronius, car c'est lui, revendique humblement l'honneur de cette restauration de sa basilique, et conjure les titulaires qui lui suc< deront de n'y rien changer :

PRESBYTER CARD. SVCCESSOR QVISQVIS FVERIS

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