‹ Histoire du Bréviaire romain (volume 3)Chapitre 56 sur 223 · L. P., t. II, p · texte numérisé non relu

L. P., t. II, p

LES ORIGINES DE h'ORDO PSALLEND1 ROM AI. M 65

ment de tierce, sexte et none, mais de prime et de vêpres. Voici comment s'exprime l'historiographe du pape Hadrien 775-795 :

Cum... repperuisset monasterium quondam Honorii papae in nimia desolatione per quandam neglegentiam evcnire, ...a noviter eum aedificavit atque ditavit. et abbatem cum ceteros monachos regulariler ibidem vita degentes ordinavit. Et constituit eos in basilica Salvatoris.. . juxta Lateranense patriarchio posita officio celebrari. hoc est matutino. ora prima et tertia, sexta seu nona, etiani et vespertina, ab uno choro... monachi monasterii sancti Pancratii ibidem posito, et ab altcro choro monachi jamfati monasterii sancti Andreae et Bartholomei qui appellatur Honorii papae.. . 1.

Il spécifie que les moines des deux monastères du Latran auront à chanter l'office glorifiées melos... hymniferis clioris... psallentes en chœur dans la basilique, l'office nocturne des vigiles [matutino i t l'office diurne de tierce, sexte et none, auquel s'ajoutent dès lors prime et vêpres. Je relève les mêmes t - dans

un texte voisin concernant les moines de la basilique de Saint-Marc :

...Constituit ut in titulo beati Marci... officium fungerent, id est matutino. hora prima, tertia et sexta atque nona seu vespera psallerent *. . .

2. Id., p. 507. Et, parlant du monastère de filles allouant à la basilique de Sainte-Eugénie : «... constituit ut fugiter illuc Deo carièrent laudes, videlicet Iiora. prima, tertia, sexta, nona, vespera et matutino » (p. 510).

Ainsi, au vnie siècle, nous constatons que les moines sont associés par les papes à l'exécution des vigiles quotidiennes des basiliques romaines; et qu'en outre il leur est concédé d'exécuter dans ces mêmes basiliques, pour leur compte de moines, les heures de tierce, de sexte, de none et de vêpres, — ceci dès la première moitié du vme siècle ; — à la fin de ce même siècle, ils v auront joint prime. Xous saisissons dans ces divers textes la trace de la révolution liturgique qui s'est accomplie à Rome, entre la fin du vne siècle et le milieu du vnie, sous l'influence monastique : j'entends la juxtaposition journalière de l'office vigilial traditionnel des clercs et des heures monastiques. N'y a-t-il même que juxtaposition? Et l'office vigilial des clercs, tel que le formulait le Liber diurnus au commencement du vne siècle, n'a-t-il point subi une transformation profonde? La distribution des psaumes et des leçons à l'office vigilial, cette distribution que nous verrons être, à Rome, à la fin du vnie siècle, si sensiblement différente de ce qu'elle était au commencement du vne siècle à en juger par le Liber diurnus, n'est-elle point le fait des moines basilicaux ? Autant d'innovations monastiques dans le vieil usage clérical romain.

Cette révolution liturgique, qui, je le répète, s'est accomplie à 1 intérieur des basiliques romaines entre la fin du vne siècle et le milieu du vme, est due à l'influence prépondérante de l'usage de la basilique vaticane. Il est certain que, déjà sous Grégoire III (731-741 , tous les jours, à Saint-Pierre, les moines des trois monastères alors existant auprès de la basilique chantaient vêpres devant la confession du prince des apôtres. Nous le savons par un texte tout à la fois conciliaire et épigraphique :

LES ORIGINES DE hORDO PSALLEXDI IîOMAIN 67

...Tria illa monasteria quae sccus basilicam apostoli surit constituta, sanctorum Johannis et Pauli, sancti Stephani et sancti Martini, id est eorum congregatio, omnibus diebus dum vesperas explevevint ante confessionem... (.

Et ce même pape Grégoire III, lorsqu'il fonde le monastère de Saint-Chrysogone, dont j'ai parlé plusieurs fois déjà, spécifie que les moines dudit monastère chanteront les louanges de Dieu, dans la basilique de Sainl-Chrysogone, non seulement la nuit, mais encore le jour diurnis atque nocturnis temporibus . selon l'usage de la basilique de Saint-Pierre :

...secundum instar officioruni ecclesie beati Pétri apostoli.

Il restaure et il organise les monastères du Latran :

...ad persolvenda cotidie sacra officia laudis divine in basilica Salvatoris. .. diurnis nocturnisque temporibus ordinata. juxta instar ofliciorum ecclesie beati Pétri apostoli2.

Saint-Pierre, la confession du prince des apôtres! C'était le sanctuaire saint entre tous : la liturgie pratiquée à Saint-Pierre ne pouvait être que le canon même de la liturgie. Les monastères qui desservaient la basilique étaient les plus anciens de Rome, puisqu'ils remontaient à saint Léon : leur usage était une tradition, et leur tradition avait, à Rome même, une exceptionnelle autorité. Leurs abbés ou recteurs, qui étaient des clercs, nous l'avons vu, cumulaient leur fonction d'abbé avec celle d'archichantre de Saint-Pierre : ils

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