‹ Histoire du Bréviaire romain (volume 3)Chapitre 85 sur 223 · Amalnr.. De eccl. off., IV · texte numérisé non relu

Amalnr.. De eccl. off., IV

La description du commun du temps est achevée. Aije besoin de faire remarquer, en terminant, combien l'on y distinguait encore la juxtaposition des cycles? Le vieux cycle ecclésiastique des vigiles nocturnes (vêpres, nocturnes, laudes), le cycle surérogatoire des prières diurnes (tierce, sexte, none) , le cycle tout monastique des exercices conventuels (prime et compile- ? Maintenant ces trois cycles, jadis si séparés, se eompénétraient et formaient ensemble un seul office devenu loffice canonique, ou, pour mieux dire, un seul poème eucologique, dont les fêtes du temps seraient les épisodes.

Les fêtes du temps.

Le cycle des fêtes du temps commençait à l'Avent. L'usage de solenniser les quatre dimanches qui précédaient le grand anniversaire de Noël, usage d origine gallicane mais ancien, s'était introduit à Rome dès avant le temps de saint Grégoire, encore que postérieurement à saint Léon. Ces quatre dimanches étaient des solennités stationnâtes : le premier, station à Sainte-Marie-Majeure; le second, à Sainte-Croix-de- Jérusalem; le troisième, le plus solennel, le dimanche Gaudete, à Saint-Pierre1. L'office de ces dimanches était pour la psalmodie l'office dominical du commun. Les leçons étaient, les trois premières, de l'Ecriture occurrenle (Isaïe); les cinq suivantes des expositions tirées des saints Pères; la neuvième, une homélie sur l'évangile de la messe stationnale. Les répons devaient

1. Le quatrième n'eut pas de station avant le xue siècle. Tommasi, t. IV, p. 30.

donner à l'office sa physionomie propre; et cela est si vrai que tout l'office tirait son nom de l'incipit du premier répons; ainsi, pour désigner l'office du premier dimanche de l'Avent, on disait : l'office Aspiciens a longe. Amalaire ne dit pas autrement.

Je regrette infiniment de n'être point musicien, de ne point jouir de la cantilène de ces compositions responsorales, et d'en être réduit à les juger comme nous jugeons des parties chorales des tragédies antiques. Mais comme, à ce simple critérium, il reste encore de beautés à ces répons du propre du temps, à ces compositions ingénieuses et éloquentes, à ces humbles centons qui arrivent à parler un langage dramatique et éclatant, et à ranimer dans le sanctuaire des basiliques comme le dialogue du chœur de la tragédie grecque ! Ainsi cet admirable répons du premier dimanche de l'Avent, le répons Aspiciens a longe, où, prêtant à Isaïe un rôle qui rappelle une scène célèbre des Perses d'Eschvle, la liturgie faisait adresser au chœur muet par le préchantre ces paroles énigmatiques :

Aspiciens a longe ecce video Dei potentiam venientem, et nebulam totam terram tegentem. Ite obviam ei et dicite : >>"untia nobis si tu es ipse qui regnaturus es in populo Israël.

Et tout le chœur, confondant en un ensemble profond les voix graves de ses moines et les notes claires de petits lecteurs, reprenait, comme l'écho tumultueux de la voix du prophète.

LE CHŒUR

Aspiciens a longe ecce video Dei potentiam venientem et nebulam totam terram tegentem.

LE PRECHANTRE.

y. Quique terrigenae et filii hominum. simul in unura, dives et pauper !

LE CHŒUR

Ite obviam ei et dicite.

LE PRÉCHANTRE.

y. Qui régis Israël . intende. Qui deducis velut ovem Joseph! Qui sedes super Cherubim!

LE CHŒUR

Nuntia nobis si tu es ipse qui regnaturus es in populo Israël.

Mais qu'avait-on besoin d'interroger ainsi l'horizon? Celui qui venait était connu, et il était béni, et il n'y aurait pas de triomphe assez beau pour saluer sa venue.

LE PRÉCHANTRE

y. Tollite portas . principes . vestras et elevamini portae aeternales, et introibit.

LE CHŒUR

Qui regnaturus es in populo Israël.

LE PRÉCHANTRE.

Gloria Patri et Filio et Spiritui sancto. Et la phrase du début reprenait en ensemble.

LE CHŒUR

Aspiciens a longe... Ite obviam ei... in populo Israël.

Ce répons du premier dimanche de lAvent , Amalaire le commente avec une juste admiration, car il est an des plus parfaits modèles que je sache de ce genre de compositions. Et, sans doute, il en est nombre d'autres dont l'inspiration est loin d'être ni si large, ni si brillante. Ajoutez que. des la fin du vme siècle, on goûtait moins, semble-t-il, ces compositions cantilénecs : on les voulait plus brèves, elles devenaient étriquées et froides. Le répons Âspiciens a longe compte trois versets: mais, à Rome, on n'en chantait déjà que deux, au témoignage d'Amalaire ' ; et la règle se généralisait de n'en donner plus qu'un aux répons. Tels quels, ils ont duré jusqu'à nos jours: et, malgré bien des oppositions, ils se sont maintenus dans l'office privé lui-même. Mais l'habitude où nous sommes de ne redire que les plus médiocres nous dispose mal à goûter la saveur de ces petites œuvres antiques, dont quelques-unes von en citera sont au vrai de purs chefsd'œuvre méconnu s.

Les quatre dimanches de lAvent. que, sous l'influence d'usages monastiques franks . on devait prendre bientôt pour les étapes d'un temps de pénitence, étaient au contraire à Rome, au VIIIe siècle et encore au xne, les étapes d'un temps d'allégresse, où tout était à la joie de la venue prochaine du Rédempteur; et le troisième, le dimanche Gaudcte, avec sa pompeuse station à Saint-Pierre, était le point culminant de cette montée joyeuse vers Bethlehem. Les six jours qui précédaient le 24 décembre antiphonaient Leurs psaumes fériaux de vêpres et de laudes d'antiennes où rayonne déjà la lumière de l'étoile : Roratc coeli...,

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