Corr. de Rome, t. 792, f
un Bréviaire dans lequel tout soit tiré de l'Ecriture sainte : poser cette règle fondamentale équivaut à abandonner l'économie du Bréviaire existant et accepter la règle même adoptée par les liturgistes gallicans. Benoît XIV espère qu'un Bréviaire ainsi conçu pourra être reçu en France « dans les diocèses où le Bréviaire romain est en usage » : est-ce à dire que des Bréviaires nouveaux comme celui de M. de Vintimille resteront en possession et ne seront pas inquiétés? Benoît XIV maintient au sanctoral les mystères de Notre Seigneur, les fêtes des apôtres et de la Vierge : mais toutes les autres fêtes sanctorales n'auront plus droit qu'à une commémoraison : par suite retranchement absolu des légendes. Quant à l'ordre de la psalmodie, Benoît XIV n'en parle pas, estimant sans doute que la restauration de l'ofïice temporal sufïit à répondre aux vœux qui peuvent se formuler à ce sujet. Telles sont les grandes lignes conçues par Benoît XIV, de son particulier, et dont cette lettre du 7 juin 1743 nous livre la confidence.
Quand on a lu cette lettre de Benoît XIV, on comprend mieux ce que veut dire Valenti, lorsque, poursuivant son récit, il rapporte qu'une personne, dont il tait le nom, — c'était bien vraisemblablement le pape lui-même, — émit l'opinion qu'il serait plus expédient de conserver toutes les fêtes sanctorales du calendrier romain, mais de les ramener toutes à n'être plus que des fêtes simples, pour sauvegarder ainsi l'office férial. Valenti (lui-même nous le dit avec l'ingénuité propre à un diplomate) s'empressa de soumettre cette opinion à Benoît XIV, qui désira savoir
pourquoi les consulteurs ne l'avaient point adoptée. Les consulteurs répondirent par écrit qu'il leur avait paru nécessaire d'éliminer certaines fêtes de saints, et que, quant au projet lui-même, il se heurtait à l'usage immémorial de l'Église et entraînerait avec lui mille difficultés ^ Cette réponse des consulteurs, si nette, si solide aussi, accusait entre Benoît XIV et ses consulteurs une divergence profonde.
Cependant on pressait le pape de se décider. C'était le cardinal de Tencin. C'était le nonce à Paris, Crescenzi, rappelé à Rome pour y recevoir le chapeau'^. C'était Valenti lui-même qui rappelait assidûment au pape l'intérêt de l'œuvre commencée, et que Benoît XIV était seul capable de la mener à bonne fin. Le pape céda enfin, quelle que fût son arrière-pensée, et nomma une congrégation cardinalice pour examiner le calendrier présenté par les consulteurs. Les cardinaux nommés par Benoît XIV étaient les Eminentissimes Gentili, Silvio Valenti, Monti, Tamburini et Vezzosi. Louis Valenti serait le secrétaire de la congrégation cardinalice^.
Le 2 mars 1744, elle se réunit au Quirinal. Les cardinaux ne firent aucune objection au projet de calen-
1. RosKOVANY, p. b62. Analec ta, p. 525. Celte consiillalioii est reproduite par Koskovâny, p. 614-619.
2. Crescenzi n'était que l'écho du cardinal de Fleury et du cardinal de Tencin. Il lut fait cardinal au consistoire du 9 sept.
3. RosKOVANY, p. 553. Analecla, p. 526. Baeumer, t. Il, p. 373, signale dans la bibliothèque de Saint-Paul-hors-les- Murs le cod. xiv contenant des papiers du cardinal Tamburini ^lequel était béndictin) sur l'affaire du Bréviaire.
drier présenté par les consulteurs, et témoignèrent plutôt de leur approbation. Cependant leur décision se trouva différée par des considérations préalables. Monti, cardinal depuis septembre 1743, était le même qui avait été consulteur de la congrégation préparatoire : ce qui lui donnait une grande autorité sur ses collègues de la congrégation cardinalice. Le cardinal Monti proposa de faire part du projet de réforme au cardinal de Tencin, à Paris, et d'attendre son avis. On savait, en effet, Tencin très partisan d'une réforme ; c'était un prélat actif et influent, et il y avait lieu d'espérer que si l'on s'assurait son concours la réforme romaine du Bréviaire pourrait être reçue en France, et. une fois reçue en France, serait reçue volontiers par les autres nations dévouées au Saint-Siège. D'autres cardinaux firent observer que la réforme entreprise n'était pas encore assez avancée pour être ainsi communiquée au dehors, et e cardinal Tamburini, faisant sienne cette observation, ajouta qu'il conviendrait de déterminer sans retarder la distribution des psaumes que l'on voulait adopter : la distribution du psautier n'était-elle pas, en effet, le point essentiel de la réforme? Réciteraiton intégralement le psautier chaque semaine? Combien de psaumes réciterait-on chaque jour? Les psaumes quotidiens serviraient-ils aux fêtes des saints? Y aurait-il des fêtes de saints qui comporteraient une psalmodie à part? Voilà ce qu'il fallait faire étudier incontinent par les consulteurs. L'avis de Tamburini prévalut. Entre temps, comme la congrégation prélatice avait perdu deux de ses membres, Monti étant
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devenu cardinal et Azzoguidi étant depuis longtemps absent de Rome, Benoît XIV nomma deux nouveaux consulteurs, le procureur général des Célestins, Orlandi, et le Père Giuli, de la Compagnie de Jésus, alors professeur de droit canon au Collège Germanique (8 mars 1744) ^
Le 19 mars, il y eut réunion des consulteurs pour discuter la question de la distribution du psautier. Plusieurs Eglises de France avaient, en ces dernières années, adopté une méthode nouvelle de distribution, encore que non uniforme, et cette nouveauté avait en Italie ses partisans. De divers côtés, le bruit s'étant répandu que la congrégation discutait cette question, on avait fait parvenir à Valent! différents projets d'une distribution analogue, prétendant tous à rendre la psalmodie et plus facile et mieux ordonnée. Les consulteurs furent unanimes à s'en tenir à leur décision première (14 juillet 1741), et à affirmer, une fois de plus, que la distribution romaine du psautier était antique et ne devait pas être abandonnée. Pour
1. RosKOVANY, p. 564. Analecta, p. 527. Le P. Giuli mourut en novembre 1748. Benoît XIV l'estimait beaucoup : c'est, (lisait-il, « un uomo che sa, e pieno di merito ». Mais rapprochez la lettre de Benoît XIV à Tencin, 5 mars 1744 : « Il s'est tenu une congrégation sur le projet d'un nouveau Bréviaire romain, en présence de quelques cardinaux; il s'en étoit déjà tenu plus de vingt entre les seuls consulteurs. Votre Éminence peut bien se figurer qu'on a beaucoup discouru et peu conclu ; mais nous commencerons, aussitôt que nous pourrons, à faire tenir devant nous ces congrégations, et même nous nous entendrons là-dessus avec M. l'xVrchevêque de Bourges [l'ambassadeur du roi] quand il sera arrivé, d'autant plus qu'il pourroit bien amener avec lui quelque habile docteur de Sorbonne >; {Coït, de Rome, t. 796, f. 21).
donner plus de poids à leur opinion, qui s'appuyait sur le témoignage d'Amalaire et de Grégoire Vil, ils recoururent aux trésors manuscrits des bibliothèques romaines : Antonelli fouilla les archives du Latran; Giorgi, la bibliothèque Vaticane; Orlandi, la Vallicellane ; Giuli, la bibliothèque du Collège Romain et celle de la Pénitencerie ; ainsi des autres. Le 29 avril, les recherches étaient achevées, qui confirmaient pleinement l'opinion de la congrégation, et Gain, le résumant en un mémoire, put conclure qu'aucune des distributions admises maintenant en France ou proposées ailleurs ne pouvait être préférée à l'antique distribution romaine ^ Le mémoire de Galli lu aux consulteurs fut approuvé par eux tous. On décida du même coup que les fêtes doubles mineures, qui tomberaient un dimanche, seraient transférées; sur la question de savoir si les fêtes semidoubles, qui tomberaient un jour empêché, seraient transférées ou réduites à une simple mémoire, il y eut partage égal des voix 2.
Il fallait se hâter. Le bruit s'était répandu, on ne sait d'où, assure Valenti, que Benoît XIV se souciait peu de la correction du Bréviaire, qu'il y répugnait même, et qu'il permettait à des consillteurs de s'en occuper, moins pour la voir aboutir, que pour ne contrarier point les personnages qui la demandaient. Rien n'était moins fondé que ce bruit, ni plus con-
1. Cette dissertation du Père Orlandi, De non immiitando veteri psalmodiae rilu, a été insérée par Valenti parmi ses pièces justificatives, Moniimentum XXHI : elle est inédite.