ROSKOVANY, pp
3. La révision du calendrier fut achevée « mense aprilis; 1743 », dit Valenti, sans préciser davantage.
souverain pontife n'approuvait pas, ou même désapprouvait, la méthode et les résolutions premières de la congrégation. Sur l'avis unanime des consulteurs, Valenti mit le nouveau calendrier sous les yeux de Benoît XÏV.
Le pape, assure Valenti, reçut le mémoire avec bienveillance, et demanda à l'examiner : il le garda ainsi par devers lui plusieurs mois, ce qui ne doit point surprendre de la part d'un pape occupé par bien d'autres soucis de sa charge apostolique, et désireux de peser avec toute la maturité nécessaire les inconvénients que pouvait entraîner la diminution du sanctoral. Dans une lettre adressée au cardinal de Tencin, le 7 juin 1743, c'est-à-dire exactement du temps où Valenti venait de mettre le nouveau calendrier sous les yeux du pape, voici en quels termes Benoît XIV exprime la façon dont il conçoit que doive être réformé le Bréviaire romain. La gravité de cette lettre n'échappera à aucun de nos lecteurs.
« Nous accusons la lettre de Votre Éminence du 20 may. Il y est question du projet d'un nouveau Bréviaire romain. Nous avons vu avec le plus sensible plaisir les espérances que Votre Éminence nous fait entrevoir que si nous donnions un nouveau Bréviaire romain, il pourroit peut-être être reçu en France, du moins dans les diocèses où le Bréviaire romain est en usage. Voici en général le plan que nous nous sommes proposé de suivre dans la composition de ce Bréviaire. La critique étant devenue si pointilleuse, et
1. RosKOVANY, p. 562. Analecta, p. 525. Ce calendrier et l'exposé des motifs sont donnés par Roskovany, pp. 583-614.
les faits que nos bons ancêtres regardoient comme indubitables étant aujourd'hui révoqués en doute, nous ne voyons d'autre moyen de nous mettre à l'abri de cette critique que celui de composer un Bréviaire dans lequel tout soit tiré de l'Ecriture sainte, laquelle, comme le sait Votre Éminence, contient beaucoup de choses sur les mystères dont l'Église célèbre la fête, sur les saints apôtres et sur la sainte Vierge. On suppléera par les écrits non contestés des premiers Pères à ce que l'Ecriture sainte ne fourniroit pas. Quant aux autres saints qui ont place aujourd'hui dans le Bréviaire, on se contentera d'en faire une simple commémoraison. Tout ce qu'on pourra dire, c'est que c'est là une nouveauté qui va à diminuer le culte rendu jusqu'à présent à ces saints ; et il est vrai que le retranchement des légendes fera crier ceux qui tiennent les faits qui y sont contenus pour si certains qu'ils seroient prêts à se faire martyriser pour en soutenir la vérité. Mais cette critique nous paroît bien moins importante que celle par laquelle on nous reprocheroit de faire lire au nom de l'Église des faits ou apocrifes ou douteux. Or avec quelque attention et quelque habileté que le nouveau Bréviaire fût composé, cette critique seroit inévitable ^ . »
Nous voyons se produire ici une divergence profonde entre le Pape et ses consulteurs, la pensée de Benoît XIV va à donner un nouveau Bréviaire romain, tandis que les consulteurs ne travaillent qu'à réformer le Bréviaire existant. Benoît XIV entend