‹ Histoire du Bréviaire romainChapitre 27 sur 218 · RegiiL 13 (éd. WoelfFltx, 1895, p · texte numérisé non relu

RegiiL 13 (éd. WoelfFltx, 1895, p

prendre part, pape, clergé, fidèles \ Les vigiles quotidiennes, au contraire, se coordonnaient à la messe privée célébrée dans chaque titre presbytéral; et de même que la messe privée était célébrée par le prêtre du titre assisté seulement de ses acolytes, et qu'elle n'avait qu'une assistance privée, — quelques fidèles du quartier ou des pèlerins, — ainsi la vigile quotidienne était célébrée dans chaque titre presbytéral par les seuls clercs attachés au titre, et elle n'avait pour assistance que les laïcs de bonne volonté.

Ces vigiles quotidiennes, instituées au v*' siècle, vont constituer longtemps le principal de l'office des clercs romains. Appliquons-nous à relever le peu de traces qu'elles ont laissées dans l'histoire et dans le droit.

Le Liber poiitificalis rapporte que le pape Hormisdas (514-523) « composuit clerum et psalmis erudiçit^ ». S'il s'était agi de former les clercs à la connaissance des saintes lettres, on n'aurait point parlé seulement de psaumes. 11 s'agit ici de psaumes à chanter. Cette exécution du chant des psaumes est donc un devoir auquel il est nécessaire de former ou même de ramener le clergé, erudwit... composuit. Il est permis de voir dans ces efforts du pape Hor-

1. S. Léo. Episliil. ix 2 (Jaffé, 406) : « Cum solemnior quaeque festivitas conventum populi numerosioris indixerit, et ea fidelium multitudo convenerit quam recipere basilica simul una non possit, sacriflcii oblatio indubitanter itcretur... »

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misdas le même dessein qu'exprime, à la même époque, l'empereur Justinien dans sa loi de 528, quand il rappelle les clercs au devoir de psalmodier quotidiennement les vigiles dans l'église à laquelle ils sont attachés.

Une formule autrement précise du même devoir apparaît dans un fragment de décrétale incorporé par Gratien : elle porte, selon les manuscrits, tantôt le nom du pape Gélase, tantôt le nom d'un pape Pelage. En réalité, on ne sait à qui l'attribuer sûrement, mais on sera d'accord pour y voir un texte canonique, contemporain de Justinien, ou de peu postérieur. Qu'y lisons-nous? Un évêque suburbicaire a promis au Saint-Siège de faire célébrer dans son église par ses clercs l'office des vigiles quotidiennes. Les clercs, trouvant l'obligation trop onéreuse, ne se sont point rendus à l'invitation de leur évêque. Celui-ci en réfère au pape, lequel enjoint à l'évêque de rappeler, par tous les moyens en son pouvoir, ses clercs à leur devoir liturgique, qu'il définit : « ... ut cottidianis diebus vigiliae celebrentur in ecclesia ^ ».

On voudrait connaître le programme de ces vigiles quotidiennes qui étaient ainsi au v^ au vi^ siècle.

1. Friedberg, t. I, p. 316 : « Eleuterius frater et coepiscopus noster queritur, clericos suos sibi contra canones superbire, et id, quod nobis iubentibus facta in scrinio cautione promisit, ut cottidianis diebus vigiliae in eius celebrentur ecclesia, illis contempnentibus inplere non posse, sed magis unumquemque suis (postposito ecclesiae servitio) vacare negotiis. Et ideo experientia tua eos, qu'os tibi esse ostenderit contumaces, débita obiurgatione conpesce, et modis omnibus vigiliis vacare coupelle. »

tout l'office des clercs romains. Un document, étroitement apparenté au fragment de décrétale que je viens de citer, va nous l'apprendre. C'est une formule du Liber diurnus, la formule même de cette promesse ou caution que les évêques suburbicaires donnaient au pape, en recevant de lui leur consécration : cette formule décrit l'office liturgique auquel les évêques suburbicaires s'engagent en leur nom et au nom de leurs clercs. C'est le plus ancien ordo que nous possédions de l'office romain.

lUud etiam prae omnibus spondeo atque promitto me omni tempore per singulos dies, a primo gallo usque mane, cum omni ordine clericorum meorum vigilias in ecclesia celebrare, ita ut minoris quidem noctis, id est a pascha usque ad aequinoctium XXIV" die mensis septembris, très lectiones et très antiphonae atque très responsorii dicantur; ab hoc vero aequinoctio usque ad aliud vernale aequinoctium et usque ad pascha, quatuor lectiones cura responsoriis et antiphonis suis dicantur; dominico autem in omni tempore novem lectiones cum antiphonis et responsoriis suis persolvere Deo profitemur i.

En tout temps de Tannée chaque jour, du premier chant du coq au lever du soleil, tout le clergé, évêque en tête, se réunit à l'église pour célébrer les vigiles. Tous les dimanches de Tannée, ces vigiles comprennent une psalmodie antiphonée et neuf leçons et leurs

1. Lib. diurnus, m, 7 {P. L. GV, 71, ou édition Sickel [Vienne 1889], p. 77-78). Le ms. du Liber diurnus, conservé aux archives du Vatican, date des environs de l'an 800. La formule citée fait partie d'un groupe qui, au jugement de M. Sickel (p. xxx), a été introduit dans le Liber avant la fin du Yir siècle.

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répons. Chaque jour, une psalmodie antiphonée, plus des leçons et leurs répons variant en nombre suivant la saison : trois leçons de Pâques au 24 septembre, quatre leçons du 24 septembre à Pâques. 1° Chaque jour, il y a office vigilial. La décrétale anonyme de Gratien nous l'avait dit déjà; mais le Liber diurnus précise, il marque que cet office a lieu tous les jours de Tannée, en quelque saison que ce soit; que cet office commence au premier chant du coq; et que cet office est obligatoire à tout l'ordre des clercs.

2<^ Cet office vigilial est célébré « a primo gallo usque mane », du premier cliant du coq au lever du soleil. Le Liber diurnus ne mentionne pas, il est vrai, l'office de laudes ; mais saint Benoit, qui prescrit les laudes matinales au lever du soleil, à l'issue de l'office vigilial nocturne, nous a donné à entendre que tel était aussi l'usage de l'Eglise romaine. Nous conjecturerons donc que l'ofl^ice de laudes fait corps avec l'office vigilial.

3° Par contre, le Liber diurnus ne dit pas un mot de l'o fi ice de vêpres. La décrétale citée par Gratien n'en parle pas davantage. Or on se rappelle si les conciles espagnols et les conciles franks du vi'' siècle, d'accord avec le droit byzantin contemporain, distinguaient nettement les çespertina des matutina officia. Ce contraste est très remarquable ^

1. Baeumer, t. I, p. 261, insiste avec raison sur ce faiL que saint Benoît a façonné l'office de vêpres tout différemment de ce qu'il était de son temps. Ajoutons que le type de vêpres réalisé par saint Benoît est celui qui s'introduira à Rome au cours du VI ir siècle.

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4** L'office vigilial, de Pâques au 24 septembre où les nuits sont le plus courtes, compte trois leçons, trois répons, trois antiennes ; du 24 septembre à Pâques où les nuits sont le plus longues, il compte quatre leçons; tous les dimanches, uniformément, il compte neuf leçons. Le sens des mots responsor ii et antiphonae reste problématique. Faut-il entendre par responsorii des répons, au sens que le mot aura plus tard ? Ou simplement faut-il entendre par responsorii les psaumes qui sont dits en solo par opposition aux psaumes qui sont dits à deux chœurs alternant? Je ne le saurais dire.

5° Les leçons, au nombre soit de trois, soit de quatre, soit de neuf, doivent être empruntées à l'Écriture sainte. Il est certain cependant que, du temps de saint Grégoire, elles étaient empruntées aussi à des textes extracanoniques. « On nous a rapporté, écrit-il, que notre très révérend frère et coévêque Marinianus fait lire aux vigiles notre commentaire sur Job; cela nous a déplu, car cette œuvre n'est point faite pour le peuple... Dites-lui de faire lire aux vigiles notre commentaire sur les psaumes, qui est plus capable de former aux bonnes mœurs les esprits des séculiers'. »

1. Gregor. Epislul. XII, 24 : « ... Quia Marinianus )egi commenta beati lob publiée ad vigilias faciat, non grate suscepi, quia non est illud opus populare... Sed die ei ut commenta psalmorum legi ad vigilias faciat » (Jaffé, 1857). — Le décret dit du pape Gélase (492-496), Decretum de libris recipiendis et non recipiendis, peut remonter pour certains de ses éléments jusqu'au pape Damase (366-384), mais il est dans sa

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Nous avons dit que les vigiles des « jours privés », les vigiles fériales, étaient l'office du prêtre et des clercs attachés à chaque titre ou église paroissiale. Il faut faire parmi ces clercs inférieurs une place excep tionnelle aux lecteurs. Ils appartenaient aux titres non aux régions. Des inscriptions du iv® siècle men tiennent un lector tituli pallacinae (Saint-Marc) unLECTOR TITULI FAscioLAE (Saints-Néréc-et-Achillée) un LECTOR DE puDENTiANA. Daus uue iuscriptiou du vu" siècle, on relève la mention d'un lector tituli SANCTAE caeciliae'. Il y a à remarquer ce détail important que, au iv^ siècle, les lecteurs sont à Rome des hommes faits et même d'un âge plutôt mûr : si le lecteur de la basilique de Sainte-Pudentienne a vingtquatre ans, celui de la basilique de Fasciola a quarante-six ans. Au vu" siècle, au contraire, les lecteurs sont des enfants : le lecteur de la basilique de Sainte- Cécile a douze ans. Entre le iv" et le vu" siècle, le lec-

rédaction définitive contemporain du pape Ilormisdas (514- 523). Or il y est dit que les « opuscula atque tractatus orthodoxoruni patrum, qui in nullo a sanclae romanae Ecclesiae consortio dcviaverunt » sont à lire : on peut entendre à lire publiquemenl. Le décret, au contraire, est sévère aux « gesta inartyrum » : car ils ne jjortent pas de noms d'auteurs, et qu'il y en a que les hérétiques ont fabriqués : « In sancta romana Ecclesia non leguntur. » Néanmoins, cette sévérité est en train de fléchir. Ainsi les actes de saint Silvestre « a multis in urbe Roma catholicis legi cognoviraus et pro antiquo usu multae hoc imitantur Ecclesiae ». 1. De Rossi, Biilletino, 1883, p. 20.

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torat romain s'est transformé, et il s'est transformé parce que le chant romain lui aussi s'est transformé. On a rompu avec cette antique et sévère méthode de chant, qu'une inscription damasienne, nous l'avons vu, qualifiait de « modulamen placidum ». La psalmodie chorale a enfin conquis droit de cité romaine. Et voilà pourquoi les clercs à la voix grave et virile ont cédé la place à des chœurs de voix souples el fraîches d'enfants, ainsi que cela se pratiquait depuis longtemps partout dans la catholicité, et par exemple en Afrique, témoin les douze petits carthaginois [infantulos vocales strenuos atque aptos modulis cantilenaé) dont Victor de Vite, en 486, raconte le touchant courage *.

Sur la fin du vi" siècle, nous voyons à Rome les collèges d'enfants chanteurs devenir comme les séminaires du clergé romain. Le pape Deusdedit (615- 618) avait, dit son épitaphe, débuté ainsi à l'ombre de la basilique de Saint-Pierre :

Hic vir ab exortu Pétri est nutritus ovili,.. eœcuvians Christi cnntibus hymnisonis -.

Dans le même sens, on rapporte du pape Léon II (682-683) que, tout jeune, il avait été remarqué pour son chant (cantelena ac psalmodia praecipuus)\ du pape Benoît II (684-685), qu'il s'était distingué dès

1. ViCT. Vit. De persecut. vand. m, 39-40 (édit. Petsghenig). Victor de Vite note que ces petits clercs vivent en collège : « Una degunl, simul vescuntur. » Cf. Gregor. Turonen. In gloria martyr. 76.

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