‹ Histoire du bréviaireChapitre 101 sur 224 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Quicumque sibi preces aliiinde descrihit [aUunde = ex regionihns vel ecclesiis transmarinis [canon 36]) , se rapporte sans doute à la réforme faite précédemment à Rome et à Taccroissement de la liturg-ie par de nouvelles prières qui y furent introduites. Le canon dit expressément que ces prières ne peuvent être employées publiquement qu'après avoir été communiquées aux évéques de la province', soumis d'ailleurs au contrôle du métropolitain et du concile provincial.

/>) On peut, il est vrai, dire avec M?"" Duchesne^ que l'Eglise romaine s'est maintenue dans la tradition et n'a introduit le chant antiphoné et alterné que longtemps après les Eglises orientales^, et que l'office y à pris plus de développement. Toutefois le passage du Liber pontifîcalis , sur lequel ce critique s'appuie pour prouver l'opinion que ce fut le pape Gélestin (-}- 432) qui établit le premier la psalmodie continuelle et le service des sept heures canoniales , pourrait être interprété d'une autre façon. Voici ce que dit le passage : Cœlesfinus constiluit, ut psalmi David centum quinquaginta ante sacrificiiim psalli antephonatim (sic), quod aille non fiebat, sed tanfiim Epislola Paiili et Evangeliuni leqebantur, etc.*. Mais, comme on l'entendit toujours au moyen âge depuis Amalaire Fortunat ou Amalaire de Metz^, il est ici question évidemment du chant des psaumes au commencement de la Messe, non des Heures canoniales. L'auteur ou le biographe veut dire : Tandis qu'auparavant on commençait par des leçons, et qu'on chantait un psaume responsorial après l'épître, Gélestin prescrivit qu'on chanterait avant la Messe, comme introït, des psaumes (avec antiennes), ou une antienne avec un psaume, et ces antiennes, si toutefois antiphonatim est primitif, devaient être tirées des cent cinquante psaumes.

Mais si le passage cité du Liber pontifîcalis, qui est authentique et, d'après Ms"" Duchesne, incontestable au point de vue

1 Opéra S. Leonis (P. L., t. m, col. 426; Hefele, op. cit., t. ii, p. 57; Probst, Ueher die afrikanische Liturgie im iv und V Jahrh., dans Katholih, 1881, t. I, p. 450, § 1).

2 Le Liber pontifîcalis, t. i, p. 231, n. 1.

. 3 II est question de celles-là dans S. Basile, epist. cccvii; Theodoret, Hist. EccL, lib. II, c. x; Socratc, Hist. EccL, lib. VI, c. viii.

* Le Liber pontifîcalis, t. i, p. 230.

s De eccl. off., lib. m, c. v [P. L., t. cv, col. 1108 d).

critique, prouve que jusqu'au pape Célestin I*"", qui commença à g-ouverner en 422, les psaumes n'étaient pas employés au saint sacrifice de la Messe ou du moins l'étaient dans une mesure restreinte, nous avons alors un autre point d'appui pour prouver que saint Damase s'occupa de la liturg-ie. Son œuvre, ou la correction du psautier, accomplie sur son ordre par saint Jérôme, a un intérêt non seulement scientifique, mais encore et surtout un intérêt pratique au point de vue du culte et du chant liturgique. Si, en elTet, à l'époque de saint Damase, les psaumes avaient peu d'application dans le saint sacrifice, l'introduction de la version des psaumes corrigées dans la liturj^ie doit avoir pour objet les Heures canoniales; car, comme nous le voyons par saint Jérôme, en 380 et 390, il existait plusieurs Heures canoniales à Rome. Il est au moins très vraisemblable que le pape Damase ait fait des prescriptions concernant les Heures canoniales en usag-e de son temps à Rome.

On ne peut apporter aucune preuve des idées rigoureusement conservatrices des papes au milieu du mouvement général. Au contraire, en considérant les événements de cette époque, on trouve de bonnes raisons de supposer que Rome ne fît pas exception au ti'avail de production universel qui se manifesta à ce moment, qu'elle ne s'opposa pas au courant de l'époque. Il est un fait certain, c'est que ces jours furent pour l'Eglise romaine, non moins que pour d'autres , une période de progrès dans le domaine liturgique. On substitua aux anciennes formes des formes plus modernes, et à la liturgie qui trouve sa meilleure expression dans la Messe du VIII» livre des Constitutions apostoli([ues , les types que nous retrouvons dans les liturgies de saint Jacques, de saint Basile et de Rome. Ce progrès, dont nous ne pouvons suivre d'ailleurs l'histoire , s'accomplit dans la deuxième moitié ou à la fin du iv^ siècle. Pour la Messe, comme avec la grâce de Dieu nous espérons, sinon le prouver, du moins l'exposer avec une vraisemblance suffisante, ce progrès fut accompli, sinon par Damase lui-même, — nous ne voulons pas entrer dans des discussions à propos d'un nom, au milieu d'événements si obscurs, — au moins par un pape de cette époque*.

* [Cf. à ce sujet l'ouvrage du D'' F. Probst, Die abendlandische Messe vom fûnften bis ziim achten Jalirliiindert , Munster, 189G. Tr. ] Voir Lejay, Rev. d'hist. et de litt. rel., mars-avril 1897, mai-juin 1897.

Page 1