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CHAPITRE V

LES HEURES CANONIALES EN OCCIDENT AU Ve ET AU Xh' SIÈCLE

En dehors des pièces que nous avons utilisées dans le chapitre précédent, il ne nous reste du v® siècle que quelques témoignages concernant la pratique des Heures canoniales. Il peut paraître étrange que de cette époque, oà la discipline du secret avait disparu (c'est-à-dire du v"^, du vi" et même du vii^ siècle), nous ne possédions aucun travail d'ensemble sur l'ordonnance de l'office latin, et spécialement de l'office romain. Mais, comme le montreront les considérations suivantes, les données nécessaires faisaient défaut.

Ce qui doit faire l'objet d'une doctrine et d'une exposition scientifique demande à être bien établi et bien délimité. Mais en Occident, au v^ et au vi« siècle, on n'en était pas encore arrivé à une ordonnance stable et généralement reçue des Heures canoniales. Il est vrai , on avait un orclo précis de l'office chrétien , le même dans ses grandes lignes pour toutes les communautés, et, pour les éléments principaux du moins , il était fixé par l'autorité ecclésiastique, aussi bien pour ce qui était de la succession que pour ce qui était du texte.

Mais le flux de créations liturgiques et de rites traditionnels inondait encore si complètement la tête et les membres de l'Eglise, les évêques et les prêtres aussi bien que les fidèles, et une telle latitude était laissée aux évêques pour la formation de ces rites, que personne ne se donnait la peine d'indiquer une harmonie dans des usages qui pouvaient varier du jour au lendemain entre les mains de l'évêque , selon les besoins des temps , des lieux et des personnes; non pas, il est vrai, d'une façon essentielle, mais pourtant dans beaucoup de formes extérieures.

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La liturgie doit, jusqu'à un certain degré, être parfaite et stable avant de devenir l'objet d'études historiques et systématiques*. Elle n'en était pas là dons l'Eglise romaine avant saint Grégoire le Grand qui, le j)reniier, lui donna remj)reinte de l'autorité du siège apostolique, très forte sous lui. De son temps commence à se faire sentir l'intérêt porté aux études de la liturgie, et l'intelligence qu'on en a devient plus vive, alors que son autorité, appuyée sur celle de l'Eglise et du siège apostolique, est mieux connue et mieux comprise. D'une façon analogue, quelque peu auparavant dans le royaume franc saint Germain de Paris, un peu plus tard en Espagne saint Isidore de Séville, et plus tard encore les liturgistes irlandais , marquent une crise dans son dévelojipement , et c'est ainsi que progressivement se forma une science liturgique qui, de ce moment jusqu'à nos jours, n'a fait que s'accroître presque sans interruption.

D'un autre côté, il est à remarquer que durant les premiers siècles les travaux littéraires des chrétiens, et en particulier des théologiens , avaient pour but de faire pénétrer la religion chrétienne dans les sentiments et dans la vie de l'humanité , de la confirmer et de la défendre contre les attaques des hérétiques^. Mais la liturgie comme telle n'était pas l'objet des attaques des hérétiques, et, pour ce qui concernait les catéchumènes et les fidèles, la meilleure école était la vie pratique de la liturgie et la participation vivante à la prière publique, aux enseignements de la prédication et des catéchèses. Ce que l'Africain disait de son temps ^ n'avait pas j)erdu encore de sa valeur : Non loquimur magna, sed vivimus magna quasi servi et cultores Dei^.

Mais, alors même que les livres liturgiques de cette époque nous fussent parvenus, ils ne nous auraient fourni aucune conclusion certaine sur l'ordonnance des heures et sur l'office. Car les prières et les chants n'étaient pas réunis dans un codex unique ; mais, comme c'est encore le cas aujourd'hui dans le rite oriental^, lorsqu'on ne les savait pas par cœur on devait les emprunter

1 Guéranger, loc. cit., t. i, passim ; t. ii, p. 98, 230; t. iii, p. 499.

2 Saint Augustin le prouve dans deux lettres : Epist. liv, lv, Ad lanuar., éd. Benedict., Antuerp., 1700, t. n, p. 94.

3 Môhler, Patrologie, p. 41.

< S. Cyprien, De bono patienliœ , serni. m. Cf. Dom. IV p. Pascha.

s Cf. Nilles, 'EopxoXdyiov, Kalend. manuale, CKniponte, 18"9, p. xxvi sq.,

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au lectioiinaire, à l'hymnaire, au psautier, au sacramenlaire, à rantiphoiiaire, au responsorial , etc. Il n'existait qu'un Brevarium, espèce de directorium , qui contenait des règles courtes, écrites à l'encre rouge (rubriques) , indiquant comment à certains jours on devait réciter l'office d'après les prescriptions de l'évêque, du métropolitain, du patriarche, du pape.

Nous en sommes donc réduits, pour ce qui concerne l'office canonial de l'Eglise romaine au v^ et au vi" siècle, à des analogies , à quelques indications disséminées dans les Pères et dans les écrivains ecclésiastiques du temps, et aux décrets de quelques conciles (Agde, 506; A'aison, 529; Tours, 567 )\ qui s'en rapportent à la pratique romaine ou se sont efTorcés d'introduire la discipline de Rome. Nous devons aussi tenir compte des indications que nous donne occasionnellement Gassien sur les usages liturgiques de la Gaule et de l'Italie ; nous avons encore différents passages des éci'its de saint Grégoire de Tours , en particulier le petit ouvrage découvert il y a quelques années : De ciirsu slellarumj enfin quelques statuts monastiques méritent d'être cités, tels que les Règles de saint Césaire, de saint Benoît, de saint Colomban, de saint Aurélien, qui, toutes proportions gardées, traitent le plus en détail de l'office.

Vie de sainte Mélanie la Jeune et autres textes. — Cherchons d'abord à compléter, à l'aide de renseignements indiqués dans la vie de quelques saints , les données peu nombreuses qui nous ont été transmises. C'est ainsi qu'on voit, par exemple, dans la Vie de sainte Mélanie la Jeune ^, que, d'après le Statutus canon, il n'y avait que six Heures canoniales : les Nocturnes , Matines , Tierce, Sexte, None et le Lucernaire (Vêpres); il n'est pas encore question de Pi^ime ni de Gomplies ; Prime, introduit, d'après Gassien, vers 400 à Bethléem, semble au v^ siècle encore confiné dans les monastères.

Dans une Vita (3 novembre), plus récente d'environ deux siècles, où l'on traite de omni cursii peragendo , on rencontre

1 Hardouin, loc. cit., t. ii, col. 1001 sq.; t. ni, col. 361.

2 Elle a été écrite vers 451 et forme une partie des Analecta Bollandiana , t. vin, Bi'uxellis et Parisiis, 1889, p. 16 sq. ; en particulier p. 49-61. Nocturnis horis... quando céleri ad orationem congregarentur. Regulam vero nocturnis teniporibus hanc instituerai , ut sine intermissione cornplerentur responsoria, très lectiones , et cum matutine fièrent, quindecim antij)honœ.

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