‹ Histoire du bréviaireChapitre 139 sur 224 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Autres conciles du VIP siècle. — Un synode de Rouen * ordonne, vers le même temps, que rEucharistie ne sera plus donnée aux laïques dans la main, mais dans la bouche, et au canon 15, que les dimanches et jours de fêtes, tous les fidèles devront assister aux Vêpres, aux Nocturnes et à la Messe. D'après Hardouin, ce synode se serait tenu au plus tôt au ix^ siècle , sous Louis le Bègue; mais Bessin^ et Mansi ont prouvé qu'il avait eu lieu sous Clovis II, fils de Dag-obert le Grand (vers 650).

Le Xe concile de Tolède, tenu le l^r décembre 656, porte dans son canon 1 : « Gomme souvent le jour de FAnnonciation ne peut pas être célébré à cause du Carême et de Pâques, cette fête sera transportée pour toute l'Espagne au 18 décembre ou huit jours avant la NoëP. »

Le concile de Nantes , en 658 , ordonne au canon 8 qu'aucun prêtre ne pourra avoir plus d'une église, s'il ne peut fournir à chacune de celles qu'il entretient des prêtres et des clercs inférieurs, pour y chanter chaque jour Vofficiiim nocturniim et diurnum^. Au canon 9 : « Tous les dimanches et jours de fête le prêtre distribuera à ceux qui ne communient pas le pain bénit ou des eulogies, et il les bénira avec la prière suivante : Domine sancte, Pater omnipotens , œferne Dens, henedicere digneris hune panem tua sancfa et spirituali henedictione, ut ait omnibus salus mentis et corporis , atque contra omnes morhos et universas inimicorum insidias tutamentum. »

Le synode d'Emerita, tenu dans l'église cathédrale de Jérusalem à Lérida en Portugal, en 666, et qui , au canon 1 , recommande à nouveau, sous la forme : glovificandum, la formule du symbole de Nicée et de Constantinople, déjà reçue au III^ concile de Tolède^ en 589 : ex Pâtre et Filio procedentem , cum Pâtre et Fi lio ad or an du m et conglori fîcandum, ordonne au canon 2 "qu'aux jours de fêtes on chantera lesonus [Invitatorium et Venite exsuitemus) immédiatement /?os< lumen oblatum et dicto prius vesper-

' Hefele, op. cit., t. m, p. 97.

* Concil. provinc. Rothomag., 1717.

' Hardouin, loc. cit., t. m, col. 977; Hefele, op. cit., t. m, p. 102.

* Hefele, op. cit., t. ni, p. 105; Hardouin, loc. cit., t. vi, part. I, col. 453; Mansi, loc. cit., t. xviii, col. 166.

5 Hardouin, loc. cit., t. m, col. 471, 472.

6 Hardouin, loc. cit., t. m, col. 109.

lino; ce qui indique bien quon ne pouvait commencer les Matines du jour suivant qu'après la fin des Vêpres.

Le onzième synode de Tolède, en 675, recommande de nouveau au canon 3* ce qui avait été déjà ordonné dans les conciles des v®, vie et vn^ siècles indiqués plus haut ( Tolelan., IV, canon 2), à savoir que dans les églises épiscopales et paroissiales, le service divin (Office et Messe) devait se faire comme à la métropole. Seuls les monastères pouvaient avoir des offices particuliers. Uniuscuiusque provi'nciœ ponlifices, rectoresque ecclesiarum iinum eundemque in psallendo teneanl modum. Abhatibus sane indultis officiis quœ iuxta vohintatem sui episcopi regulariter mis implenda sunf, cetera officia publica, id est, Vesperam , Matutinum, sive Missam aliter quam in principali ecclesia celehrare non licel.

1 Hefele, op. cit., t. m, p. Il»; Hardouin, loc. cit.. t. m, col. 1024.

En quittant TOrient, nous avons étudié le développement de l'office canonial en Occident jusqu'à la fin du vi" siècle. Ici l'influence de l'Orient fut décisive, et, malgré les transformations diverses dues aux lieux et aux temps, nous avons toujours retrouvé des traces de ces règles, que Cassien surtout nous a montrées comme provenant de deux traditions distinctes : tradition égyptienne et tradition palestinienne. Les Monazontes du sud des Gaules reçurent ces traditions en même temps et les combinèrent dans une certaine mesure; mais bientôt elles se développèrent plus sensiblement sur un point ou sur un autre et agirent efficacement sur la transformation de l'office occidental.

Puis nous avons vu comment VOfficium noclurnum ( Vigilix), qui, dans la primitive Église , était encore une exception de caractère monacal , revendiqua , après l'édit de Justinien , une place à côté des vieux et vénérables offices des Matines et des Vêpres (prières du matin et du soir), tant dans l'Empire romain que dans les Gaules et chez les moines irlandais. Non seulement l'office de nuit fut adopté par tout le clergé et même par le peuple chrétien, mais même les Heures du jour devinrent en partie un élément ordinaire de l'office public. Et quoique, dans les pays où les cathédrales ne possédaient pas encore de chanoines établis , le clergé de ces églises fût souvent absorbé par le ministère des âmes dans la ville et dans la campagne, nous trouvons cependant l'idée que l'office divin devait être célébré dans la cathédrale sans interruption, si développée, qu'on avait soin de faire venir pendant toute l'année , pour la récitation régulière de l'office , les moines et les clercs des différents monastères et églises du diocèse.

Enfin, avec la règle de saint Benoît nous sommes en présence d'une transformation nouvelle et surprenante de l'office monastique. Elle mérite d'autant plus attention , qu'elle s'est produite pour ainsi dire aux portes de Rome et qu'elle est due à l'esprit inspiré d'un homme qui non seulement se rattachait , par son origine d'une vieille famille romaine, aux bonnes traditions du passé, mais qui avant tout désigné par Dieu, par la sainteté de sa vie et par le don des miracles,

entreprit, guidé parla lumière d'en haut, et mena à bon terme ses importantes réformes. Le pape saint Grégoire le Grand n'hésite pas à mettre en parallèle la sage modération et la discrétion de cette règle avec le fardeau pesant de l'office des monastères des Gaules et du nord de l'Italie, et à lui donner une préférence marquée, aussi bien pour ce qui regarde la discipline générale que pour ce qui concerne l'office*. Dans les desseins de Dieu, cette règle était destinée à former une nouvelle famille de moines, à étendre sur les siècles son influence, qui décida souvent du sort de l'Église occidentale, et à donner à l'Europe, aux époques d'erreurs et d'épreuves, les bénédictions de la foi et de la civilisation chrétiennes.

Comme la règle de saint Benoît, dans sa signification la plus intime, n'est rien autre chose que l'exposé des principes de l'Évangile^ appliqués à la vie monastique, nous voyons avec raison, dans la diminution considérable du pensum canonique, lequel devait prendre dans la vie intérieure du cloître cette place centrale que saint Benoît lui assigne^, ce joug suave et ce fardeau léger [iugum suave et onus levé), que le Seigneur lui-même a marqués comme siens'', et qui sans aucun doute sont devenus une règle aussi pour l'office du clergé séculier d'Occident. Aussi pouvons-nous, dans un certain sens, appeler saint Benoît, en même temps que le « Patriarche des moines d'Occident », le « Créateur du Bréviaire occidental »^.

A l'école du service divin ^, fondée par lui, où nous rencontrons

1 Vir Dei (Benedictas) inter lot miracula, quitus in mundo claruil, doctrinse quoque verbo non mediocriter fulsit. ISam scripsit monachorum Regulain discretione praecipuam, sermone luculcntam. Cuius si quis velit subtilius mores viiamque cognoscere, potest in eadem institutione Régulée omnes Magisterii eius actus invenire, quia sanctus vir nulle modo potuit aliter docere quam vixit (Dial. S. Greg. papse , lib. II, c. xxxvi).

* Qu'on remarque l'abondance des passages de rEcriture cités dans la règle de saint Benoit et la force avec laquelle le grand législateur signale d'un côté l'autorité du Christ, qui repose dans l'abbé, et, d'un autre côté, présente à ses disciples l'humilité et l'obéissance du Seigneur comme types.

3 Nihil operi Dei prseponatur (S. Reg., c. xlui).

* Matth,, XI, 30.

5 II abrège à ce point l'office, qu'il a pu dire (c. xvin) : Sanctos Patres nostros uno die hoc strenue implesse, quod nos lepidi ulinam septimana intégra persolvamus. Par contre, il emprunte le texte de l'office, comme le montrent les ch. xin {secundum consuetudinem , sicut psallit Ecclesia romana) et xvui {cum canticis consuetudinariis) , à l'usage romain alors existant, et l'organise d'après les besoins de l'office du cloître.

6 Constituenda est ergo a nobis Dominici schola servitii, in qua institutione nihil asperum, nihil grave nos constituturos speramus {Prol. in S. Reg.).

pour la première fois des prescriptions précises sur la façon d'accomplir Vopus Dei, furent formés les hommes qui, le psautier d'une main, la plume ou le hoyau de l'autre (phalange nouvelle, formée sur le vieux type romain et animée de l'esprit le plus vivace du christianisme), étaient destinés à conquérir à la foi les peuples du nord de l'Europe et à leur transmettre, avec la bénédiction du ciel, les trésors de la civilisation et de la science*.

* Cf. à ce sujet notre appréciation de l'opuscule de Grutzmacher, Die Bedentung Benedikts von Nursia und seiner Regel in der Geschichte des Mônehthums (Berlin, Mayer et MûUer, 1892), dans la Literarische Randschan {1" mars 1893), n. 3. Dans la conclusion du travail (72 pages), l'idée subjective du bibliographe fait passer dans les lignes suivantes, uffTEpov TrpcoTspov, rhistorien impartial au second plan : « L'importance prise dans la suite par la fondation de saint Benoît s'explique en première ligne non par des motifs internes, non par l'excellence de la règle, mais par des motifs externes, par la prédilection que lui manifestèrent les grands papes Grégoire I»"", Grégoire II, Zacharie, et le légat romain Boniface. » Si cette thèse contredit déjà l'importance interne de la sainte Règle pour ce qui concerne l'office et la liturgie, elle n'est plus soutenable en face du développement historique et de l'influence prépondérante que l'Ordre de Saint-Benoît s'est acquis dans l'Eglise et a conservés à travers les siècles.

Page 1