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GRÉGOIRE LE GRAND

La lourde tâche qui incombait à l'Eglise au lendemain de la période troublée des invasions, consistait à transformer en peuples civilisés les sauvages fils du Nord , les peuples de l'empire germanique édifié sur les ruines de l'empire romain d'Occident. L'Eglise devait en faire une société nouvelle et vigoureuse, entreprendre son éducation artistique et scientifique et pousser ses efTorts vers le bien et le beau. Deux institutions chrétiennes surtout se partagèrent la solution de cet important devoir de civilisation : la papauté et le monachisme. Le premier Grégoire, qui monta sur le siège de Pierre, fut aussi le premier moine qui assuma la haute charge de représentant du Christ. Sa sainteté extraordinaire et l'étonnante activité de ce religieux parfait, de

ce type du jDuslcur suprême de lÉylise, remplirent le monde d'admiration et méritèrent à Grégoire le titre de Grand, — distinction qui parmi ses prédécesseurs et ses successeurs n'échut en partage qu'au seul saint Léon I"".

Influence de la papauté. — Saint Grégoire fut donc le premier pape sorti de l'ordre monastique ; il fut aussi le premier qui attira les moines dans une plus large mesure au service de l'Église et qui leur confia la mission grandiose de convertir les païens et de les civiliser. Ce fut lui qui, par son esprit transcendant et plus encore par l'influence de ses extraordinaires vertus, organisa le domaine temporel des papes et donna tout son crédit à la souveraineté spirituelle, laquelle soumit au père de la chrétienté les monarques et les peuples des nouveaux royaumes. Le moyen âge et la nouvelle société chrétienne et germanique commencent avec saint Grégoire. Grégoire le Grand est non seulement le chef, mais, pourrait-on dire, le jDrincipe vivifiant de l'Église et même du monde entier à la fin du vi^ et au début du vn<^ siècle; jamais, avant comme après lui, il ne se trouva personne plus digne de porter la tiare. Lui seul s'en déclarait indigne.

La papauté et l'Église sont toujours, dans le sens le plus vrai du mot, « à la tête des époques. » Toutefois on pourrait caractériser difFéremment la situation et la conduite du plus grand des papes. On l'a, et avec raison, appelé « le dernier des Romains ». Et, en effet, il semblait personnifier en lui l'esprit grandiose et la conscience élevée de l'ancienne race dominatrice. Cela se trahissait jusque dans les choses en apparence les plus insignifiantes, comme dans sa façon de se vêtir, dans son obstination à conserver l'ancienne orthographe , pour s'opposer aux mutilations barbares des Jeunes-Romains*. Il se laissait d'autant moins guider par son temps , qu'il semblait vouloir de préférence évoquer l'ancien temps et qu'il anticipait sur ses contemporains; il plongeait ses regards dans l'avenir et préparait en consé-

* Sur Torthographe de Grégoire, cf. Lucio M. Hartmann, dans Neues Archiv., Hannover, 1890, t. xv, p. 527-549. Sur les vêtements de Grégoire avant son entrée dans l'Ordre bénédictin, voir Clausier, S. Grégoire le Grand, Paris (Lille et Bruges), 1886, c. v; également les biographies populaires du grand pape parues à l'occasion du centenaire, par le P. Célestin Wolfsgruber, O. S. B., Saulgau, 1890; et le P. Snow, S. Gregory the Great, His work and his spirit, London, 1892. On attend un travail plus étendu du P. Grisar, S. J.

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