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CHAPITRE II

ment de l'office romain*. Selon lui, cet office serait une création du vue et du vm^ siècle et, par conséquent, n'aurait rien à démêler avec Grégoire le Grand , puisque , à l'exception de l'office de nuit, il serait postérieur de cent ou cent cinquante ans au grand pape. Nous ne pouvions, vu l'importance de la question, nous dérober à la nécessité d'examiner cette théorie en détail et au point de vue objectif. Peut-être soumettrons -nous la patience du lecteur à une petite épreuve; nous espérons pourtant épuiser aussi brièvement que possible le débat, et faciliter par la clarté et la précision de nos explications à quiconque aura la bonté de suivi^e nos raisonnements le jugement qui doit être porté sur cette question. Nous ne doutons pas que l'auteur, qui est de nos amis, ne nous sache gré de l'examen de ses opinions, de même que nous nous soumettons volontiers à sa critique^. Hanc etenim veniam pelimiis dahimusque vicissim. Quel que puisse être le résultat de notre travail, on n'en devrait pas moins remercier tout écrivain qui cherche à donner une nouvelle solution à une question si embrouillée et si épineuse. La vraie et définitive solution ne s'obtiendra qu'après une discussion de détail, et dans de pareilles questions on ne la trouve d'ordinaire qu'après nombre de méprises; dans le cas présent, elle pourrait bien dépendre de plusieurs circonstances connexes, dont quelquesunes ne regardent que de loin, il semble, l'objet immédiat de notre travail.

[Nous avons, suivant le système adopté dans cette revision, renvoyé cette longue note à la fin du chapitre. Tr.]

L'opinion traditionnelle. — Il est des gens qui sont d'avis qu'une opinion traditionnelle est nécessairement et naturellement fausse. En réalité, il en va tout autrement pour les traditions; les unes sont bonnes, les autres ne le sont pas. D'une façon générale on

1 Batifîol, Histoire du Bréviaire romain, Paris, 1893 (2^ édit. revue, 1894).

2 Nous nous croyons d'autant plus obligé à cette explication sur les bases de l'histoire de l'office romain, qu'une discussion avec M. Batiffol, engagée avant la publication de son ouvrage (cf. son Histoire du Brév. rom., préface, p. x, les trois dernières lignes), et relative à certains points, n'a pas eu le résultat désiré, et que, d'autre part, dans les critiques qui nous sont connues de ce livre si intéressant par son exposition, la théorie en question n'a pas été contestée.

peut affirmer, ainsi qu'on l'admet dans diverses branches de la science historique, qu'une tradition existante a pour fondement quelque élément de vérité. C'est la tâche de la critique de découvrir si une tradition déterminée est vraie ou fausse, et, lorsque l'absence de matériaux suffisants rend une preuve plus stricte impossible, de mettre en lumière, aussi clairement que l'on peut, les circonstances qui ont accompagné l'origine de la tradition. Par la considération et l'examen attentifs de ces faits concomitants, il devient possible de se former un jugement ou du moins une opinion probable sur la question, et de savoir si la tradition est l'écho d'une vérité, ou si elle n'est qu'une chimère, une production de la fantaisie.

Dans le cas présent, toute espèce de matériaux contemporains, ou même de l'époque qui suivit immédiatement celle de saint Grégoire, nous fait malheureusement défaut. Nous ne possédons aucun exemplaire, vraiment original ou authentique, indépendant de toute copie, du Caniatoriiim, de VAntiphonaire ou du Besponsorial , qui remonte au vii^ siècle. Nos plus anciens manuscrits reproduisent ces ouvrages sous une fox'me bien plus récente, et non plus purement romaine; ils nous donnent un Antiphonaire et un Responsorial formés de la fusion du rite romain avec un rite étranger. Il nous est donc impossible de traiter avec certitude du texte et de la musique des livres liturgiques du vn« siècle. Nous ne pouvons nous représenter et esquisser un tableau de l'état primitif de ces livres que par des traits généraux et par abstraction, par déduction tirée des revisions postérieures de ces mêmes livres.

Le cursus romain et le cursus bénédictin. — },l. Batilîol a brièvement et sommairement traité le cursus de la règle de saint Benoîte II est vraiment surprenant qu'un point qui, dans la formation et la genèse de l'office romain, est d'une si capitale importance, ait aussi peu attiré l'attention de l'auteur et n'ait pas été apprécié comme il le méritait. La règle de saint Benoît, pour

1 Nous ne nous y attarderons pas. L'office bénédictin est une création composite, œuvre personnelle et particulière d'adaptation... Quelques éléments de l'office bénédictin sont romains, d'autres milanais; dans son ensemble, cet office n'aura qu'une influence éloignée et tardive sur la formation de l'office romain, dont il sera plutôt tributaire (Batiffol, loc. cit., p. 35).

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