‹ Histoire du bréviaireChapitre 149 sur 224 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Comment expliquer ces faits*? Il nous semble qu'on ne peut raisonnablement tirer que cette conclusion : dès l'orig^ine, une parenté étroite a existé entre le texte de l'office romain et celui de l'office bénédictin. Bien que nous ne possédions pas de témoignage positif qui nous dise ce qu'était l'office romain au vn^ siècle et comment il s'était formé, on n'a pourtant aucune raison plausible d'admettre que Rome , de préférence à toute autre partie de la chrétienté, se soit dispensée dvi pensum de la prière, et que la pratique courante de cette époque, c'est-à-dire la prière quotidienne et publique du matin et du soir, que nous appelons Laudes et Vêpres, n'y ait pas été observée; aucune raison de supposer que la vieille Rome ait seule formé une exception à ce que l'empereur Justinien considérait et prescrivait comme devant être d'un usage universel ; aucune raison de croire que Rome seule et exceptionnellement ait pris comme point de départ de la formation et du développement de son office, non, comme toutes les autres églises, les heures de Laudes et de Vêpres connues de l'antiquité, mais bien l'office spécialement monastique et manifestement mal vu du clergé séculier : l'office des Matines quotidiennes. Nous ne parlerons pas des petites Heures, Prime, Tierce, Sexte, None, à cause de l'insuffisance des sources, et d'ailleurs l'ensemble du Responsorial et de l'Antiphonaire est constitué par les trois offices des Matines , des Laudes et des Yèpres.

On n'a pas la moindre raison de conjecturer que saint Benoît est vraiment le créateur de l'office pour les moines et qu'il a composé un Antiphonaire et un Responsorial de toutes pièces et en obéissant à sa propre impulsion; au contraire, il parle de ces éléments de l'office, antiennes et autres, comme de quelque chose déjà existant et bien connu. Ce qui laisserait croire que le texte de ces livres, tout au moins leur germe, ne date pas du vn^ et du vni»^ siècle, mais remonte au V, lequel a été, à Rome comme ailleurs, une période féconde de créations liturgiques.

1 M. BatifTol (loc. cit., p. 82) parle d'un « triomphe » du cursus romain sur le cursus bénédictin, dont les moines anglo-saxons furent les instruments, sans donner à ce sujet la plus légère explication. Contentons-nous de dire ici qu'une étude approfondie de l'histoire de ces moines montre quelles difficultés pourrait faire naître un exposé satisfaisant des preuves de cette thèse.

Et le caractère de grande envolée et de composition noble, qui caractérise ce cycle de prières lyriques, nous force à chercher son origine plutôt dans un siècle où la littérature religieuse est en pleine efflorescence, qu'à une époque de décadence générale, où les meilleurs éléments s'épuisent dans les efforts qu'ils font pour se maintenir contre la barbarie dominante. Sans doute clergé et monastères, papes et moines ont pu contribuer à Rome au développement progressif de cette splendide création. Et lorsque notre plus ancien garant nous apprend que les saints papes Léon et Gélase au v^ siècle, Symmaque, Jean et Boniface au vi®, ont collaboré à cette œuvre', nous pouvons et nous devons voir dans cette aflirmation une preuve de l'existence d'un lent perfectionnement dans les détails de moindre importance, ainsi que nous le trouvons dans les siècles postérieurs, sur lesquels nous sommes mieux renseignés. Nous devons toutefois, pour le moment, renoncer à tout l'ésultat positif.

La Schola cantorum. — Pour en revenir à Grégoire le Grand qui, d'après le même écrivain, cantiim anni circuli nohile edidil, l'érection par lui d'une Schola près de Saint-Pierre et près du Latran nous est attestée, quoique relativement tard, — par un écrivain de la deuxième moitié du ix" siècle ou du vui^^; —

1 ...Beatissimus Léo papa annalem cantum omnem constituit... Deinde heatus Gelas ius papa nimiliter omnem annalem cantum... conscripsit. Posl hune Simmachus papa similiter et ipse annalem suum cantum edidit. Iterum post hune lohannes papa similiter et ipse annum circuli cantum vel omni ordine conscripsit. Posl hune Bonifacius papa qui in.'ipirante sco. spu. et regulam conscripsit et cantilena anni circuli ordinavit {Auct. Convivii Monachorum , dans Gerbert, Monum. vet. liturg. Alem., t. ii [P. L., t. cxxxviii, col. 1347 j \

2 En plus du ténioig^nage de Jean Diacre, nous possédons celui du pape Hadrien II (872), ou, ce qui est plus vraisemblable, dHadrien I^' (795). En effet, le prologue de TAntiphonaire, si souvent discuté, qui, comme Duchesne (Lih. pontificalis, p. clxxxii-clxxxiv) Ta prouvé d'après le Codex paris, lai. £'iOO de Saint-Martial de Limoges, fut composé par Hadrien II en hexamètres, mais très vraisemblablement par Hadrien I*'' sous une forme plus simple, contient les lignes suivantes :

Gregorius prœsul meritis et nomine dignus , Unde genus ducil summum conscendit honorent, Qui renovans monumenta patrum iuniorque priorum Munere cselesti fretus ornans sapienter , Composuit scholœ cantorum hune rite libellum, Quo reciprocando moduletur carmina Christo.

Ce même ]irii!oguo se trouve dans un manuscrit, à ce qu'il semble du

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