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CHAPITRE II

mais elle est accompaf:;"née de circonstances telles et de détails si vraisemblables, qu'on doit la re{jarder comme un fait très certain. Le concile de Rome de 595, cité plus haut, indique déjà une des raisons et une des occasions de cette fondation. C'est le soin pris par Grégoire pour que la réputation du clergé n'eût jamais à souffrir des réclamations injustes contre l'absence de belles voix, dans l'accomplissement des fonctions liturgiques.

Dans une question aussi malaisée à résoudre que celle de la collaboration de Grégoire à la composition des offices et des livres de chant de l'Eglise romaine, collaboration qu'il est impossible de contrôler par des documents contemporains, nous sommes d'autant plu^ autorisés à formuler une conjecture que, pour un temps du moins, nous ne pouvons attendre aucun secours des gens experts dans l'art musical. Ils viennent seulement d'aborder l'étude approfondie de la question.

Nous supposons tout d'abord que la question de l'origine du Cantatorium n'est pas indépendante de celle de l'origine de l'Antiphonaire et du Responsorial, mais qu'elle lui est très connexe, et qu'il est impossible de séparer l'étude de ces questions de celle du Sacramentaire. Nous prétendons même que, bien que l'histoire du Sacramentaire et celle de l'office puissent éti'e traitées séparément, il est impossible qu'un auteur puisse connaître à fond un de ces livres, sans s'être formé une opinion en étudiant l'autre dans ses plus petits détails. Nous pourrions donc soutenir les thèses suivantes :

1. Il n'est pas invraisemblable que l'Antiphonaire et le Responsorial aient été codifiés à Rome jusqu'à un certain point dès avant saint Grégoire, comme l'a été le Sacramentaire.

2. Dans la fondation d'une Schola, Grégoire qui s'intéressait avec sollicitude aux choses les plus minimes , sa correspondance

viii" siècle, dans le Codex 490 de la bibliothèque du chapitre de Lucques, mais pas toujours en hexamètres : Cœlesti manere frétas sapiens ornabat, Tum composuit scolse cantorum huncque libellum. En hexamètres, comme ci-dessus, au British Muséum de Londres, manuscrit du ix« siècle : Colton, Ms. Cleopatra A. vi , fol. 47, recto. Aussi dans Tommasi, Opéra, t. IV, p. 172, d'après un manuscrit de la Vaticana (cf. ci-dessus, p. 293, n. 1). Cf. Pothier, dans la Musica sacra de Milan, 1890, p. 38-42. Grisar, dans Innsbrucker Zeitschrift, 1890; Paléographie musicale, 1891, planche 3. G. Morin, toc. cit., p. 26 (en allemand, p. 29). Tommasi, loc. cit., t. v, p. 1-2. Martène, De ant. Eccl. rit., t. m, édit. 1764, p. 29.

en fait foi, a sans doute aussi porté son attention sur les livres qui devaient servir à cette Schola pour accomplir sa tâche principale, le chant.

3. Qui facit per aliiim, fecil per se. Quand bien même Grégoire aurait chargé quelqu'un de la composition de ces livres ou de leur organisation et de leur adaptation au but visé par la Schola, il n'en resterait pas moins certain que le pape lui-même a imprimé à l'œuvre le caractère de sa personnalité. Nous savons comment cette personnalité s'est exercée ailleurs, et nous pouvons supposer que Grégoire a fait pour les livres liturgiques ce qu'il a fait pour le Sacramentaire ; son œuvre consistait dans une réduction ou une simplification*. Il nous suffira de nous approprier ici les expressions de dom Germain Morin, car ce qui est dit des chants de la Messe [Canlatorium, Gradnale, Antiphonariunx missse) doit être dit aussi, mutatis mulandis, de VAntiphonarium officii et du Responsoriale : « Grégoire prit le chant tel qu'il le trouva au vi® siècle, c'est-à-dire le vieux fonds remontant au ive siècle et représenté par l'ambrosien des plus anciens manuscrits, avec les modifications et accessions dues aux pontifes du ve et du vie siècle. Il commença par faire son choix, distribuant ses matières suivant le cycle fixé définitivement par lui. Puis il remit sur le métier ces pièces de son choix, et les refondit en leur imprimant les marques caractéristiques de son génie : le naturel et la discrétion, la simplicité et l'harmonie. Enfin, il dut composer quelques pièces nouvelles pour répondre aux nouvelles nécessités résultant des réformes introduites par lui*... »

Notons aussi combien courtes et simples sont les Matines ou Vigiles que nous décrit la Formula 74à\x Liber diurnus, laquelle remonte au temps de saint Grégoire, en comparaison de celles que nous avons trouvées en usage dans d'autres églises ou d'autres provinces. Il est hors de doute que l'on considérait l'obligation des Vigiles quotidiennes comme une lourde tâche, et il est très possible, vraisemblable même, que saint Grégoire suivit l'exemple de ses prédécesseurs; tout en maintenant et recom-

1 Cf. notre article sur le Gelasianum , dans Histor. Jahrb, der Gôrres-- GeselUchaft, 1893, p. 297 sq.

2 G. Morin, loc. cit., p. 68 (en allemand, p. 84 sq.).

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