CHAPITRE II
mandant avec insistance cette obligation, il en facilita au clergé Taccomplissement par la diminution du pensum. La fondation de monastères auprès des basiliques romaines, dans le but expressément reconnu d'y exécuter régulièrement Toffice, fut une voie détournée d'origine postérieure.
4. La création par saint Grégoire de la Schola cantorum, destinée à être un centre nouveau pour la culture du chant liturgique, explique on ne peut mieux l'essor soudain que prit au VII* siècle la cantilène romaine et la prépondérance durable qu'elle eut, ainsi qu'on le voit à plusieurs reprises signalé avec une prédilection marquée dans le Liber pontificalis, durant ce siècle.
Nous pouvons appréhender, il est vrai, que le lecteur qui connaît le tableau brillant et enchanteur de M. Batiffol ne trouve mesquines l'exposition que nous avons donnée de l'origine de rOrdo de l'office romain et nos conjectures sur sa fortune postérieure. Ce n'est là, en effet, qu'une tige desséchée en comparaison d'une fleur magnifique aux riches couleurs. Toutefois notre travail renferme tous les résultats acquis jusqu'ici par une critique prudente, et peut-être pourra-t-on cueillir plus tard, sur la tige desséchée, un épi chargé de grains.
La question de savoir quelle part précise saint Grégoire le Grand a eue à la modification et à la codification des livres choraux de l'office romain ne peut en attendant être résolue, et vraisemblablement elle ne le sera pas dans l'avenir. Mais affirmer d'une façon générale que les livres de l'office romain ont reçu de saint Grégoire ou d'un de ses contemporains une forme qui, plus tard, n'a jamais subi de changement radical et essentiel, c'est être d'accord avec toute l'histoire de la liturgie occidentale. Et non pas seulement avec cette histoire (une erreur de deux ou trois siècles dans cette question nous jetterait dans une foule de difficultés qui, dans notre zèle pour notre science spéciale, pourraient nous échapper pour le moment). Pourtant il est à craindre que nous, liturgistes, alors que notre science présente encore, dans l'étude des origines de ses manifestations postérieures, tant de points obscurs et de difficultés sans solution , nous ne prêtions le flanc aux reproches trop fondés des historiens, de forger des théories irréfléchies de la plus haute portée, sans tenir compte de leurs conséquences au point de vue historique. Dans
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le cas présent, on peut hardiment affirmer que plus on examine et étudie l'élat de la question et plus il devient évident que la seule tradition relative à saint Gré}^oire, qui puisse soutenir victorieusement un examen critique définitif, est celle qui est en désaccord avec les idées modernes.
A la suite d'une critique de ses hypothèses parue dans la Science catholique du 15 avril 1893, M. BatifTol s'est vu contraint, sans pour cela modifier son livre sur ce point, d'étudier à nouveau la question de l'origine de l'office romain. Le résultat de l'enquête est que saint Grégoire pourrait n'être pas l'auteur du Liher responsalis et de la Cantio Romana, parce qu'au vu» siècle on les a fait remonter à une époque antérieure, voire même aux premiers temps de l'Eg-lise {remontant à l'origine même de l'Église^). Les auteurs invoqués du vn'' siècle ou du début du vm^ ne sont autres que ceux que nous avons cités précédemment. On allègue de plus certaines expressions de saint Wilfrid : « N'est-ce pas moi qui le premier, après la mort des premiers Pères envoyés par saint Grégoire , ai pris soin d'extirper les germes empoisonnés de la plantation des Scots,... et suivant le rite de la primitive Eglise, ai disposé deux chœurs pour chanter à l'unisson les répons et les antiennes alternées^? »
Le lecteur qui a suivi notre travail et qui se souvient qu'on a fait remonter le chant alterné non pas seulement aux évêques du iv« siècle : saint Ambroise, Flavien, Diodore; que saint Augustin attribue l'emploi de la mélodie de la primitiva Ecclesia non pas seulement à saint Athanase, mais à saint Ignace d'Antioche, ce lecteur voit tout de suite ce que l'on doit retenir de pareils arguments et comprend que M. Batiffol attribue aux paroles de saint Wilfrid un sens qu'elles n'ont pas. Il est plaisant de voir que dans ledit article de la Revue des Questions historiques il est enfin fait mention des passages d'Amalaire, où celui-ci explique ce qu'on entendait au vni^ et au ix"^ siècle par Anti-
1 Baliffol, L'oriyine du Liber responsalis de l'Eglise romaine , dans la Revue des Questions historiques, 15 janvier 1894, t. lv, p. 220 sq.
2 Nonne et ego primus, post obitum primorum procerum a sancto Gregorio direclorum, curavi ut scoliose virulenta plantationis germina eradicarem... et quomodo iuxta rituni primitivse Ecclesiae consono vocis modulamine binis adstantibus clioris persultare responsoriis antiptionisque reciprocis instruerem (Batiffol, loc. cit., p. 225, d'après Mabillon, Annales 0. S. B., t. i, p. 494).