I. SON TEXTE. ORDONNANCE DES HEURES
Nous voyons par Walafrid Strabon (■]- 849), qui, dans son ouvrage De rehus ecclesiasticis , nous donne des renseignements précieux sur les progrès de la liturgie^ que de son temps encore l'uniformité du texte des psaumes dans l'Office ne régnait pas partout.
Le Psalterium romanum et le Psalterium gallicanum. — A Rome comme dans toute l'Italie, on récitait les psaumes d'après la recension du psautier romain, encore employée à Saint -Pierre de Rome et dont beaucoup de textes de notre bi^éviaire et de notre missel (Invitatoire et psaume xciv, antiennes du psautier et répons du temps, introït, graduel, offertoire, communion) conservent des variantes, entremêlées avec celles du Psalterium velus encore plus ancien, c'est-à-dire de lltala.
On sait que le pape Damase (-{- 384) avait introduit dans la
* Sur rinfluence de la liturgfie grecque, au ch. vu, dans P. L., t. cxiv. col. 926 sq.; sur le développement du rite de la Messe, au ch. xxn, loc. cit., col. 943-951; enfin sur les Heures canoniales, au ch. xvv, loc. cit., col. 952 sq. : Sciendum est multa post revelationein Evangelii temporu Iransiisse, antequam ita ordinarentur qiiaruindam per diem et noctem liorarutn solemnia , sicuti nunc hahentur [ibid.).
sainte liturgie le psautier latin; c'était le psautier de Vllala., corrigé pour la première fois, sur son ordre, par saint Jérôme, en 383*. De là lui vint son nom de Psautier romain. La connaissance et l'emploi de cette recension s'étendirent rapidement dans toute l'Italie et y prédominèrent jusqu'au ix'' siècle et plus tard encore^. Le psautier romain se répandit aussi de bonne heure en Espagne, si bien qu'il nous apparaît comme une partie intégrante de la liturgie mozarabe et qu'il n'est supplanté avec celle-ci que sous Grégoire VII.
Mais, dans les Gaules et dans les autres pays en deçà des Alpes, l'usage de ce psautier romain ne fut pas général durant quatre ou cinq cents ans. Tandis que le texte latin original du psautier s'y maintenait généralement jusqu'au vi^ siècle, Grégoire de Tours, à la fin de ce même siècle, introduisait dans sa cathédrale la traduction de saint Jérôme faite hors de Rome, ou plutôt — car la dernière traduction, troisième travail de saint Jérôme, n'a jamais été introduite dans la liturgie^ — la deuxième correction du psautier faite en Palestine en 392. C'était un texte plus indépendant de Vltala, et pour lequel le saint Docteur avait mis à contribution les Hexaples d'Origène conservés à Césarée. Les évoques et les abbés des églises et des monastères francs apprenaient à connaître cette traduction plus correcte des psaumes au tombeau si visité de saint Martin, et des Gaules ce Psalleriuni, appelé gallicanum, commença sa marche victorieuse à travers l'Europe^. Walafrid Strabon constate [op. cit.) son emploi dans les églises d'Allemagne, ce qui avait lieu naturellement déjà au vni^ siècle : Galli et Germanoriiin aliqui secunclum emendalionem quam Hieronymus pater de LXX composuit , psalteriam canfant. En Angleterre, le Psalteriiim romanum était encore en usage au vni* siècle, mais il céda bientôt la place au gallican^.
1 Cf. Kaulen, Einleituny in die Heilige Schrift, 1" édit., p. 114; et Geschichte der Vulgata, Mainz, 1868, p. 206 sq.
* Psalmos autem ciim seciindum LXX interprètes Romani adhuc habeant, Walafrid Strabo, De reh. eccl., c. xxv (P. L., t. cxiv, col. 957). Cf. Thomasius, Opéra, éd. Vezzosi, ii, RonicB, [1il,prpef. vener. Gard. Thom. ad Lectorem : De secunda parte.
3 Kaulen, op. cit., p. 121.
* Cf. Samuel Berger, Histoire de la Vulgate pendant les premiers siècles du moyen âge, Paris, 1893, p. 61, 103, 108. Sur Grégoire de Tours, ibid., p. 3, 24.
* Cela ressort du texte latin d'un psautier manuscrit du viiie siècle au