CHAPITRE IV
Les Irlandais pai'aissent avoir suivi le g-allican dès le vu'' siècle'.
En Italie, le second psautier de saint Jérôme, Psalleriiim gal- Mcaniim, pénétra au ix^ siècle, comme nous l'avons déjà indiqué, et bientôt, grâce sans doute à l'influence franque, il y prit une extension générale. Cependant, l'ancienne recension s'y maintint aussi. D'après un manuscrit des archives de la basilique libérienne [S. Maria, ad Prsesepe) communiqué par le bienheureux Tommasi , son usag-e fut limité par le pape Sixte IV [f 1484) à la ville de Rome et à son district'^.
Ce n'est qu'après les décisions du concile de Trente, qui soumettaient les livres liturgiques à une correction définitive, que Pie V établit partout le Psalterium gaUicanum. Saint-Pierre de Rome seule conserva l'usage de l'ancien psautier^.
British Muséum ( Cottonian. Ms. Vesp. A. 1), qui fut, au ix^ ou au x^ siècle, corrigé par des grattages et mis d'accord avec le texte gallican en usage à partir de ce moment. Cependant, en quelques passages, le texte, les expressions de Yltala, du Psalt. roman., sont encore conservés, par exemple dans le ps. ci, 4 : Ossa mea sicut in frixorio confrixa sunt. Cf. Anglosaxon P s aller., t. 1 (Surtees Society, London and Edinburgh, 1843), p. vn sq. Déjà saint Wilfrid avait, dans sa jeunesse, c'est-à-dire avant 650, appris les psaumes dans la vieille forme irlandaise; mais, comme à Cantorbéry on apprenait la liturgie introduite par les missionnaires romains, il s'efforça désormais (avant 652-653) de se l'approprier : Psalmos namque, quos primo secundiim Hieronymi emendationem legerat, more Romanorum iiixta quintam editionem memoraliter transmetuit ( Vita S. Wilfridi episcopi, auclore Eddio Stephano, dans James Raine, The Historians of the Chnrch of York and it.s Archbishops , London, 1879, t. i, p. 5 (cf. p. 4). L'auteur Eddius est le chantre Aedde de Cantorbéry, nommé plus haut. hsi quinta ediiio paraît peu claire; vraisemblablement le manuscrit portait quinam, forme latinisée pour xoivr|V, vulgatam.
1 C'est ce que l'on conclut de YAntiph. Benchorense dans Muratori, Anecdoi., t. iv, p. 121 sq. (dans P. L., t. lxxu, col. 580 sq., les textes des psaumes ne s'y trouvent malheureusement pas; cf. aussi Muratori, Opéra min., t. XI, p. 3, 219-251). Dans l'édition de Warren, London, 1893, on trouve des variantes hiéronymiennes, et d'autres différentes, peut-être plus anciennes, dans les Canticis de l'Office.
2 Roma tantum eiusque districtus , continentia scilicet Urhis quâquà versum ad quadr agesimum lapidem protensa (Thomasius, loc. cit., ad lectorem à la sixième feuille sans pagination). On voit par la prescription que saint François fait à ses disciples de réciter VOfficium curiœ romanse, mais avec une exception pour le psautier, qu'au commencement du xiiie siècle, en Ombrie, le Psalterium romanum devait être déjà tombé en désuétude.
3 Breviarium romanum cum Psalterio proprio et ofjiciis sanctorum ad usum cleri basilicse vaticanse, Cleinentis X auctoritate editum, 2 vol. in-8o : Pars hiem. et œst., Paris., 1674. — A Milan, d'après Ceriani, le Psalte-
Les grandes Heures. — Avant de passer à rexamen du partage des psaumes entre les différentes Heures canoniales, nous devons dire tout d'abord, au sujet de ces dernières, que les écrivains ecclésiastiques, à partir du vu'' siècle, aussi bien que les décrétales des papes et les décisions conciliaires de la période qui nous occupe, connaissent les huit offices encore en usage aujourd'hui, tels que nous les avons vus se former au vi^ siècle, et considèrent leur exécution par les prêtres et les moines comme une loi fixe. Dans quelques cas, on comptait encore comme neuvième office le lucernariiim, qui autrefois formait une partie de Toflice des Vêpres; dans la liturgie mozarabe, il s'est conservé jusqu'à aujourd'hui, et dans la liturgie milanaise il existe encore comme introduction aux Vêpres ou première partie de celte Heure canoniale'.
Nous constatons aussi ce fait intéressant, que dans cette période également, du moins à son début. Laudes et Vêpres seules ont une ordonnance et une structure bien précises et bien déterminées. Saint Grégoire le Grand, à ce qu'il semble, n'avait organisé les petites Heures que pour le dimanche; aux jours de la
rium revu dans le milieu du iv<= siècle sur le texte grec de l'édition de Lucien, différant en quelques points de celui de l'église Saint-Pierre, fut conservé et est encore employé dans l'office (Ceriani, Critica biblica, Milano, 1886, tiré à part des Rendiconii del Reale Istituto Lombardo di Scienze e Lettere, sér. II, vol. XIX, fasc. 4).
1 II se compose, dans le rite milanais, du répons : Quoniam lu illuminas lucernani meani, Domine; * Deus meus, illumina tenehras meas. f. Quoniam in te eripiar a tentalione , Deus meus, etc.; d'une antienne, qui varie d'après le temps, d'une hymne (le dimanche : Deus, creator omnium Polique rector) et d'un deuxième répons avec Kyrie eleison. Puis les Vêpres commencent, trois ou quatre psaumes et des oraisons. Aux fêtes des saints, le Lucernaire commence ainsi : Exortum est in tenehris * lumen redis corde, f. Beatus vir qui timet, etc. Dans l'office gallican, il s'est maintenu jusqu'à la fin du vin» siècle. Pour appuyer les indications fournies ci-dessus sur le nombre des offices dans les écrivains ecclésiastiques, chez les papes et dans les conciles, on peut voir les passages dans Thomassin, Vêtus et nova Eccles. dise, Venetiis, 1730, lib. II, c. lxxviii- Lxxxvi, t. I, p. 444-472; Fructuosus, Recf. monachor., c. ii-vii (P. L., t. Lxxxvn, col. 1099-1103), Régula magistri, c. xxx-xlii (P. L., t. lxxxvui, col. 999-1006); Egbertus Eborac, Excerptiones , c. i, u, xxviii (P. L., t. Lxxxix, col. 381-383); puis les canons des conciles du vu» au xni« siècle dans Hefele, Conciliengeschichte, t. ni-vi, et Hardouin, Coll. conc, t. iv-vi; enfin les indications de saint Isidore (-f- 656 [De eccl. off., t. ij), saint Chrodegang {Régula can.), et Amalaire de Metz, dans les ouvrages sur les offices ecclésiast. et l'ordonnance de l'Antiphonaire.