DIVISION DU SUJET
Les renseignements sur la liturgie en général et sur l'office en particulier sont très rares pour les premières années de l'Eglise. De plus, la matière et la forme de cet office étaient encore peu solidement déterminées et n'étaient pas encore soumises à des règles durables. Encore moins peut -on indiquer avec précision le premier stade du développement de l'office canonial dans l'Église latine, dans l'Eglise romaine.
C'est pourquoi il nous faut étudier tout d'abord la prière publique en général, soit dans l'Eglise orientale, soit dans l'Eglise occidentale. Ce sera là comme une préface à l'histoire du Bréviaire.
Première période. — Le caractère de cette première période, c'est la création des parties fondamentales, la formation graduelle, progressive, de la semaine liturgique et de YOfficium de temporej c'est-à-dire la répartition du Psautier entre les difTérentes heures d'une semaine et l'élaboration de YOfficium de tempore de l'année ecclésiastique (Psalterium per hebdomadam et lectio sacrée Scripturse per annum). Nous pouvons étendre la première période des Apôtres à saint Grégoire le Grand. Il est évident que le développement n'a pas trouvé dans la personne imposante de ce saint pape son terme dernier; il a toutefois rencontré en lui son principal arrêt. Les créations litui'giques des vu® et vni*^ siècles dans les basiliques romaines, et plus tard sous les empereurs Charlemagne et Louis le Débonnaire, ne sont que le plein épanouissement de la liturgie grégorienne, modifiée cependant dans la mesure où sa transplantation dans l'empire franc le rendit nécessaire ou désirable. Toutes sont un perfectionnement ou une extension de l'œuvre de saint Grégoire. On voulait s'appuyer aussi fortement que possible sur l'œuvre de ce pape, et, plus tard, on essaj'a de justifier des additions ultérieures en les faisant passer pour grégoriennes.
Deuxième période. — La deuxième période a ceci de particulier qu'à ce moment l'office des Saints et la célébration de leur
fête prennent un plus j^rand développement sur le cycle liturgique , tandis qu'il ne s'y ajoute que quelques fêtes du Seigneur {Coj-pus Chrisd, Trinitas, Transfujuratio, etc.). Cette époque est celle de la diffusion, dans toute TEglise latine, de Toflice de la curie romaine, d'abord de l'oflice grégorien, puis de l'office abrégé, et d'un envahissement des parties secondaires, occasionné par des influences de nature disparate et qui réclamait une réforme. C'était, pour ainsi dire, des branches d'ornement ou des tiges grimpantes qui enlaçaient le tronc. Le concile de Trente décide une revision radicale, et une réforme générale dont la détermination et l'exécution sont réservées au pape. Saint Pie V vient à bout de la réforme souhaitée. La deuxième période s'étend de Grégoire le Grand à saint Pie V.
Troisième période. — A partir de ce moment jusqu'à nos jours, nulle réforme qui fasse une brèche profonde à ce qui a été établi. On constate, il est vrai, quelques tentatives faites par les papes (Clément MI, Urbain VIII, Benoît XIV) et par quelques évêques, souvent en dehors de toute compétence. Mais ces réformes n'ont été que des corrections de parties vraiment défectueuses ou paraissant défectueuses au goût du temps.
Le pape Sixte-Quint créa la Congrégation des Rites, tribunal qui avait la charge de veiller sur les rites liturgiques. Le but de cette institution était d'atténuer le reproche, formulé par des réformateurs allemands et autres, qu'on ne prenait pas suffisamment soin de maintenir la pureté du rite et du texte; et de préserver le nouveau Bréviaire de la dégénérescence qu'avant le concile de Trente avaient subie les anciens, notamment les Bréviaires locaux en dehors de Rome. Ceux-ci avaient donné lieu depuis longtemps à des plaintes fondées jusqu'à un certain point.
Ainsi donc l'institution de la Congrégation des Rites n'était pas une mesure de réforme , mais bien une mesure préventive de préservation et de surveillance. Mais peu à peu elle eut comme conséquence naturelle de donner plus d'unité aux rubriques et aux textes des Bréviaires de tous les pays, unification qui s'étendit jusqu'aux détails. On répondit aux besoins et aux demandes de chaque pays , des églises particulières et des instituts religieux , en accordant dans une large mesure des propres locaux, diocésains, et des propres d'ordres religieux. Et cela jusqu'à nos jours.
Nous avons donc une division toute naturelle du sujet en
époque ancienne, moyen âge, époque moderne, division qui correspond à celle qui ordinairement est suivie dans l'histoire profane et l'histoire ecclésiastique :
I. Antiquité chrétienne ou époque des Pères : du i^"" au vi* siècle, des Apôtres à saint Grégoire le Grand.
II. Moyen âg^e chrétien : du vn^ siècle à la moitié du xvi*, de saint Grégoire le Grand au concile de Trente ou à saint Pie V.
III. Période moderne, de saint Pie V à Léon XIII. Subdivisions. — Nous pouvons placer une subdivision dans la
première période, après le concile de Nicée, ou un peu plus tard, vers le milieu ou la fin du iv^ siècle. A ce moment, le développement de la liturgie prend un essor nouveau et sa forme se précise (monachisme, — saint Basile, — plus tard saint Benoît).
Le moyen âge pourrait fort bien se subdiviser aussi en trois périodes, la première marquée par les débuts de la formation jusqu'à Charlemagne; la seconde s'étendrait à peu près jusqu'à Innocent III (saint François) ou Grégoire IX (Haymon).
La troisième époque admet également une triple subdivision. Les points de limite seraient les travaux d'Urbain VIII et de Benoît XIV.
Mais cette subdivision en périodes n'est pas absolument nécessaire, et peut-être augmenterait -elle les difficultés. Dans tous les cas, il faut s'en tenir aux noms de saint Grégoire le Grand et de saint Pie ^', qui aident à diviser le sujet en trois grandes époques.