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CHAPITRE V

Les tropaires, livres où Ton insérait ces chants, étaient ornés avec tout l'art de la calligraphie et de la miniature, et placés sur l'autel, comme des joyaux précieux. On peut avec ces tropaires constater un progrès dans ce genre de poésie. Tandis qu'au x^ siècle, et dans la première moitié du xi^, ils contiennent la plupart du temps de simples préambules, des interpolations et des paraphrases en prose ou tout au plus en vers hexamètres, les tropes de la deuxième période de la fin du xi® jusqu'au xv^ siècle furent écrits en poésies proprement dites, dans la mesure antique des vers , avec assonance et plus tard avec des strophes régulièment rimées^

L'Eglise tolérait cette pieuse poésie parasite, qui jaillissait d'une surabondance de l'esprit liturgique; ces chants sur la félicité éternelle du ciel et sur les fêtes de l'Eglise, qui en sont comme les avant-coureurs, sont des effusions spontanées du cœur qui se sont ajoutées aux paroles liturgiques, et ont créé tout un paradis de la poésie la plus suave.

Il est bien certain que toutes ces paraphrases n'étaient pas d'une égale valeur. Mais dans toutes éclataient un saint enthousiasme, une piété naïve, et elles étaient parfois l'expression d'une contemplation sublime. Beaucoup d'entre elles sont des fleurs de poésie qui parlent au cœur, pleines de pensées et de prières délicates, dignes de l'immortalité. Si nous voulions faire abstraction du souffle de piété qui circule à travers ces paraphrases, elles forceraient encore l'admiration de l'historien et de l'hymnologue, comme antiquités linguistiques, comme documents historiques prouvant l'esprit créateur de l'homme. Elles reflètent les mœurs et les usages, les faits et les pensées du peuple et de ses représentants officiels, en particulier des moines, comme bien peu d'autres productions de l'esprit de cette époque pourraient le faire.

De même que les guirlandes de feuillage et les fleurs architectoniques courent autour des baldaquins et des retables de nos autels du moyen âge, ainsi le trope gracieux s'entortille autour des produits de l'art de la liturgie à la façon des arabesques. Tantôt ce sont de simples festons de fleurs cueillies dans la forêt

' Voir des types de ce dernier ^enre dans Gautier (p. 70) : trope pour le Magnificat (p. 179) et le Benedicamus .

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et dans les champs et négligemment liées ensemble, tantôt des rosiers odoriférants et d'arlisliques assemblages des fleurs les plus rares. Actuellement les plus beaux ont disparu, puisque, après la réforme de Pie V, ils ont été rayés du Bréviaire. Mais tout isolés qu'ils soient , ils nous charment encore. Ils n'ont point défloré Timpérissable beauté de la liturgie; ils l'ont servie. Et, alors même qu'il ne souhaiterait pas de le voir revivre, l'historien du Bréviaire, tout autant que celui de la liturgie de la Messe, doit tenir compte du trope comme d'un facteur important du développement de la vie liturgique au moyen âge. Les tropes révèlent un temps heureux, où la piété se manifestait de préférence dans l'office canonial , et l'on doit chercher dans leur perfectionnement sous forme de dialogues, au commencement et à la fin de l'office, l'origine des jeux partis et des mystères, ces drames religieux de la fin du moyen âge*.

La visite du saint tombeau , à la fin des Matines de la fête de Pâques, que mentionnent les livres liturgiques de la plupart des églises, et où l'on voyait des clercs in alhis jouer le rôle des anges, et chanter, alternativement avec le chœur, qui représentait les saintes femmes, des répons et des hymnes, est sans doute le début d'un de ces mystères. Pour permettre au bienveillant lecteur de juger ces créations charmantes de l'office médiéval, nous en donnons ci-après deux types peu connus.

Une farce (trope) du Regina cœli a existé comme hymne finale à la Vierge, à Laudes, Vêpres et Complies de la fête de Pâques, jusqu'à la Révolution française, dans l'Antiphonaire de l'église du couvent de Rivoli.

Regina cseli, lastare, alléluia!

Quia quem meruisti porlare, alléluia,

Virgo, Maler resurgentis^,

Vetuslalem nosirse mentis

Clementer évacua.

' Cf. Mone, Altdeutsche Schauspiele , Quedling^burg , 1841, et Schauspiele des Mittelalters , 2 volumes, Karlsruhe , 1846; Milchsack, Die Oster=und Passionspiele , Wolfenbiittel, 1880; Keppler, Zur Passionspredigt, dans Hist. Jahrh., 1883, p. 166-188.

2 Dans Levis, Anecdota sacra, Taurini, 1790, p. xxvii. Cf. Haneberg, dans Archiv fur theologische Literaliir, Regensburg-, 1842, p. 262.

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