‹ Histoire du bréviaireChapitre 210 sur 224 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

blaient prouver la chose sans conteste sont des interpolations du xi° siècle, d'Adhémar de Chabanne, moine d'Ang^oulême (-{- 1034), et sont par conséquent sans aucune valeur critique pour nous faire connaître l'époque de la création des tropes*. Mais conclure de là, comme Gautier le fait^, que les Iropes ne furent jamais connus à Rome est chose inadmissible. En effet, comme le prouvent le Responsoriale et Antiphonale S. Romanœ Ecclesiœ^, on chantait à Rome, aux Vêpres du jour de Pâques, le trope : Hlane primo Sahbnli, et le jour de Noël, au Te Deiim : Quiil Beffin/tr' ; au répons : Descendis, le trope : Fahricœ mundi^. Gela suffit pour l'office des Heures canoniales. Quant aux tropes de la liturgie de la Messe, la question de leur admission à Rome ne nous concerne pas.

Origine. — Par le mot trope, xpoTroç, dans la musique à l'origine synonyme de « mode » ou mode de chant grégorien , on désignait au moyen âge les textes en poésie ou en prose, rythmiques ou versifiés, que l'on plaçait au-dessous des longues suites de certaines pièces chorales. En particulier, ce mot s'employait pour désigner le vers servant de refrain (rpÉTroj) aux phrases musicales, Jubilas, à la fin de Y Alléluia^. Mais cette formule notée de V Alléluia lui-même portait, comme on le voit dans Amalaire, déjà avant la naissance de ces textes, le nom de Sequentia, séquence'. Gomme on plaçait au-dessous du titre les syllabes pro. sa, pour sequentia, on eut le mot prosa, prose.

Notker le Bègue (f 912), moine de Saint-Gall, nous raconte, dans la préface de son Liber sequentiarum^^ comment un religieux de Jumièges qui, après la destruction de son monastère

* Duchesne , loc. cit., introd., p. clxxxii-clxxxv; Léon Gautier, Hist. de la poésie lilurc/ique au moyen âge. Les tropes, Paris, 1886, t. i, p. 38 sq., 141 sq.

2 Loc. cit., p. 144.

3 Tonimasi, éd. Vczzosi, Opéra, t. iv, p. 96. < Ibid., t. IV, p. 187.

* Cf. Léon Gautier, loc. cit., p. 166 sq., note.

s Cf. Anselme Schubigcr, Slingerschule von S. Gallen, Einsiedeln, 1859, p. 39, 40; Ambros, Geschiclite der Musik, t. n. p. 103; Gerbert. De cantu et musica sacra, S. Blasii, 177i, t. i, p. 340; Guéranger, loc. cit., p. 249; Gautier, loc. cit., t. i, p. 2.

7 De eccl. off'., t. ni, p. 16 (P. L., t. cv , col. 1123).

8 Dans P. L., loc. cit., t. cxxxi, col. 1003. f Cf. Jacques Werner, Notkers Sequenzen. Beitrage zur Geschichte der lateiniscfien Sequenzen-

par les Normands, en 851, avait été héberg-é à Saint -Gall, vers 860, l'avait amené à écrire pour le Juhihis de Y Alléluia et le Graduel de la Messe des textes et des versets r^'thmiques. Il sélait fait aider par le célèbre Isos, directeur de Técole de Saint- Gall. Les premiers essais en ce genre reçurent Tapprobation de ses confrères, et bientôt des gens du dehors. Vers le môme temps, Tutilon, moine de la même abbaye que Notker, composa un certain nombre de textes pour les neumes des autres pièces de chant, telles que le Kyrie, le Gloria, le Sanctiis, Vile Missa est. Tandis qu'on appela séquences les morceaux réservés au Graduel et à V Alléluia, on appliqua le nom de tropes et aussi de versus intercalares, d'ornaturae, de farciturx (farces) aux autres pièces. On chantait donc au lieu de Kyrie... eleison, sur les notes de Ve, et de façon que chaque note particulière eût une nouvelle syllabe, le trope Kyrie, fous honilalis, a quo bona cuncla procedunl, eleison. On appelait cela un Kyrie farci, stuffed Kyries^.

Chants farcis. — Le peuple et les chantres prirent tant de plaisir à ces tropes, que peu à peu on en créa pour presque toutes les pièces de chant que les chantres devaient exécuter seuls; et non pas seulement pour les chants de la Messe, mais aussi pour les Heures canoniales. C'est ainsi qu'aux jours de g-rande fête on chantait le Deus in adiutorium, le Benedicamus , un certain nombre de répons aux Matines, le Te Deuni, le Magnificat des Vêpres, et aussi, à partir du milieu du xv^ siècle, les leçons, et même le lu autem Domine, avec intercalation de tropes. Tous, il est vrai, ne présentent pas un égal intérêt^.

dichtung aus Handschriften gesammelt, Aarau, 1901, iv-130 p. M. ^A'erner expose rorigine des séquences notkériennes et tâche de fixer leur nombre et la nature de la notation mélodique. Tr.]

1 Bona, Rer. liturg., t. ii, p. 4 {Opéra, loc. cit., p. 316); Ambros, op. cit.; Schubiger, op. cit.; Martène, De antiquis Eccl. rit., t. m passim.

• Gautier, loc. cit., p. 81 sq., 125 sq., 166-171. Tropes à l'invitatoire, aux répons de Noël, au Te Deum de Pâques, à V Alléluia du samedi avant la Septuagésime, aux Vêpres, d'après les manuscrits de Paris, de Sainl- Gall, d'Einsiedeln , d'Engelberg. Par exemple au Benedicamus Domino et au Deo gratias : Odas débitas nempe solvamus tibi, hagie rex optime, nosterque chorus resultet in altis; eia : Benedicamus Domino. Deo rhythmica dicamus Cantica iugiter in hac aula, vocis in iubilo... Semper tibi, rex, gratias {loc. cit., p. 172, 177). Rupert de Deutz cite des tropes qui étaient chantés après les Ténèbres, dans la semaine sainte, exstinctis himinaribus {De div. off., lib. V, c. xxvii).

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