CHAPITRE III
V^êpres. I.e vénérable vieillard commença le Gloria Pain et la doxologie qui suit. Après la récitation du psaume Maxxpto; [Beatus vir, ou psaume i ou psaume cxi) et le Kupts , Èxéxpa^x [Domine, clamavi ad te, psaume cxl) sans les tropaires, ils dirent Thymne <I>(o; iXapo'v [Lumen hilare) et la prière KaTx- ;ito(jov ', puis le cantique de Siméon : Nïïv àTioXuct;, avec les prières qui lui font suite (ctÙv toT; £;vi;). ^< Après le repas du soir ((jteTx To 0£t7rv-^(7at ) , nous commençâmes le canon (c'est-à-dire le nombre et l'ordonnance des psaumes prescrits pour l'office de nuit). Tout d'abord on récita les six psaumes iv, vi, xn, XXIV, XXX, xc, et le Pater noster, qui es in cœlis (peut-être était-ce là une espèce de Compiles, puisqu'il y avait les psaumes iv, xxx et xc ; les Compiles encore aujourd'hui s'appellent u4poc?/jo;?07i). Puis nous commençâmes les psaumes accoutumés. Lorsque nous eûmes achevé le premier nocturne de cinquante psaumes, le vénérable vieillard récita le Pafer noster avec Kyrie eleison. Nous nous assîmes, et un des disciples lut Tépître catholique de saint Jacques. Puis nous nous levâmes pour réciter le second nocturne (psaumes u à c), après quoi le président donna le livre à un autre frère qui lut l'épître catholique de saint Pierre. Nous récitâmes ensuite les psaumes ci à cl avec le Pater noster et le Kyrie eleison. Puis nous nous assîmes de nouveau, et le saint homme me donna le livre, afin que je lusse l'épître catholique de saint Jean. Nous lûmes debout les neuf odes ou hymnes selon l'usage, hymnes qui se trouvent à la fin de la psalmodie, mais sans tropaires et sans réciter le mesodion après la troisième, la sixième et la neuvième hymnes ; mais nous récitâmes simplement le Pater noster avec Kyrie eleison, et à la fin les Laudes : psaumes cxlviii, cxlix et cl, mais sans tropaires. On commença ensuite la grande doxologie [Gloria in excelsis Deo, etc.) avec le symbole (le symbole des Apôtres ou de Nicée), le Pater noster et douze ou trente ou trois cents fois Kyrie eleison. Kt le saint vieillard ajouta la prière suivante : <■( Fils et Verbe de Dieu, Jésus-Christ, notice Dieu, ayez pitié de nous, envoyez-nous le secours de votre grâce et sauvez nos âmes. » Après avoir répondu
^ La même qui se trouve aujourd'hui encore aux Vêpres de l'office grec. Cf. Horoloffiiim grsecum, Venetiis, 1851, p. 123-125. Cf. aussi Alexios Maltzew, Die Nachtwache oder Abend- und Morgengotlesdienst der orthodox = Iiatfiolischen Kirche des Movfjenlandes , Berlin, 1892, p. 190.
184 HISTOIRE DU HRÉVIAIIIE
Amen, nous nous assîmes. Puis je dis au vieillard : « Pourquoi, mon père, n'observez- vous pas la règle de TEg-lise catholique et apostolique? » Il répondit : (( Que celui qui n'observe pas la règle de l'Eglise catholique et apostolique soit à jamais anathème, iiunc et in œternum. ■>■> Je poursuivis : « Comment se fait-il qu'à l'office des Vêpres du dimanche, vous ne chantiez pas ou ne récitiez pas des tropaires au psaume cxl (Kupts, èxÉxpxça), ni à l'hymne <ï>w; tXapov? D'où vient que, au Canon, vous ne chantiez pas le 0£oç Kuptoç, à la division des psaumes la Ka^taaara àv7.7:auc7[u.a (prières intercalaires en forme de répons et plus grandes antiennes ou strophes d'hymnes ' ) , au cantique des trois jeunes gens, Benedicite^ , aucun tropaire ^, et au MeyaXûvet {Mar/nificaf , qui est récité à l'office de Laudes) vous ne chantiez pas la TlcLiy. ttvoti * , et que vous ne lisiez pas à la doxologie {Gloria in excelsis) le récit de la résurrection^? » Le vénérable Nil expliqua , dans un long discours , que le devoir des moines différait de celui du clergé séculier, aussi bien en ce qui concernait la sainte liturgie qu'en ce qui concernait l'office des Vêpres et des Matines. A cause du peuple, il y avait des chantres, des lecteurs, des sous- diacres, des diacres et des prêtres appliqués à lire, à psalmodier et à chanter d'une façon particulièrement solennelle, et succinente populo'^ , des hymnes, des antiennes , des tropaires de toutes sortes et de riches mélodies, 11 n'en pouvait être de même pour des moines qui menaient une vie de pénitence et de mortification [compunctionis). Mais il est permis aux moines, une fois la prière terminée, délire de concert avec les laïques les livres de Moïse, de Josué, des Juges et des
1 Cf. VHoroloffinm, p. 46.
2 Dan., c. m.
3 Horolocf., p. 61.
4 Ihid., p. 6";.
^ Ibid., p. 73. [Le Gloria in excelsis appartint d'abord à la liturgie niatutinale ou de l'aurore. Les Grecs et les Orientaux lui conservent encore sa place primitive à l'office du matin. Dans les plus anciens psautiers, le Gloria est donné à la fin des psaumes avec les cantiques qui étaient chantés à Laudes. C'est la place qu'il occupe dans le plus ancien psautier, YAlexandrinus , du v« siècle. L'antiphonaire de Bang-or le place à Laudes et à Vêpres (cf. Pitra, Hymnographie , p. 44). Des règles d'Occident (saint Césaire, Aurélien) le font réciter à l'office du matin (cf. D. Cabrol, La prière antique, p. 155). Tr.]
6 Cf. Bickell, op. cit.. 1874, p. 84-86.
CHAPITHE lil iS'6
Rois, le livre de Job, les livres de Salonion, les Prophètes et les écrits du Nouveau Testament. »
On voit par là que les moines d'Egypte et du Sinaï étaient restés plus fidèles à la tradition que les Orientaux, qui se conformaient de plus en plus au rite séculier et au rite de Jérusalem. D'un autre côté, il est clair jusqu'à l'évidence que les offices perfectionnés par les moines , une fois implantés dans les églises épiscopales , durent y recevoir un autre et plus riche développement que dans la retraite du cloître.
Désormais l'historique de l'office grec n'entre plus dans le cadre de notre travail ; car à partir de saint Grégoire le Grand la liturgie latine ou romaine prit un développement personnel et demeura, à part l'introduction postérieure de quelques fêtes, à laquelle contribuèrent les croisades, totalement indépendante de l'Orient. Par suite de la politique égoïste et violente des Byzantins, notamment à partir des horreurs de l'iconomachie (Léon risaurien, 717-741), il y eut séparation complète entre les deux pays, de telle sorte que l'influence que les Byzantins ou les Orientaux avaient exercée sur le développement de cet office en Occident cessa bientôt complètement, et l'Occident, si l'on en excepte quelques monastères, perdit de plus en plus la connaissance du grec^. D'un autre côté, les Orientaux à cette époque surchargèrent leur office d'un grand nombre d'hymnes, d'odes, de tropaires, d'ekténies, d'eu logé f aires (bénédictions), d'idiomèles et d'antiennes, et firent passer au second plan son ancien caractère de psalmodie et de lecture de l'Écriture ; ce caractère même s'effaça chez quelques-uns des Orientaux. Les Latins demeurèrent plus fidèles à l'antique forme. Le danger qui menaçait l'office romain fut écarté par l'intervention opportune des papes, qui mirent un terme à ces proliférations.
Si nous essayions maintenant de coordonner le résultat de nos études, voici quelles seraient nos conclusions :
Conclusions. — 1. Nous avons le témoignage traditionnel d'un double office le matin et le soir, office qui prend ses racines non seulement dans l'Ancien Testament, mais qui est un besoin de la nature religieuse, une exigence de la conscience religieuse, de l'âme humaine. Cet usage passa de la synagogue dans l'Eglise à
1 Cf. Bickell, op. cit., 1874, p. 84-86.
l'époque apostolique, et s'il ne put y avoir, durant la durée des persécutions, une célébration solennelle et publique de cet office-, jamais néanmoins la tradition ne s'en est éteinte, de sorte que, dans les temps plus pacifiques, l'office du matin et celui du soir conservèrent ou reprirent leur situation prédominante. Bien que subordonnés à la Messe, ils sont pourtant reconnus obligatoires.
2. Au me et vi^aisemblablement dès le u* siècle, la piété des lidèles a créé, en se basant sur la division romaine des heures, une prière pour Tierce, Sexte et None, qui toutefois, dans les débuts, n'était pas prescrite par l'Église.
3. Lorsque les moines se répandirent en Egypte et dans l'Orient, ils attachèrent une importance particulière à la prièi'e nocturne. Ils en avaient trouvé un type dans les irxwu/ta de l'Église primitive, et ils adoptèrent aussi l'observation de Tierce, de Sexte et de None. Toutefois l'importance particulière des offices du matin et du soir ne diminua pas chez eux, mais il s'établit une double pratique. Les moines d'Egypte, plus conservateurs, maintinrent strictement les deux réunions pour la prière; mais ils placèrent loffice dans la nuit et firent ainsi des Laudes un office que nous devrions désigner plutôt sous le nom de Matines. Les moines palestiniens et orientaux, par contre, adoptèrent Tierce, Sexte et None, qui, dans le cours du iii«^ siècle, étaient déjà récitées privalim par les pieux fidèles ; ils laissèrent les Laudes à leur place et créèrent des Matines proprement dites ou Vigiles. Ces dernières toutefois eurent une importance moindre que les Laudes, et la prééminence sur tous les autres fut maintenue à l'office du matin et à l'office du soir, comme on le voit par divers passages d'auteurs. Les Vigiles de nuit quotidiennes fuirent bientôt adoptées dans les églises du clergé séculier, comme nous le voyons par saint Basile et par la Peregrinatio Sylvise, et notamment si nous comparons le récit d'Éthéria (alias Sylvia) avec les Constitutions apostoliques et avec les discours de saint Jean Chrysostome. Les prières décrites par Ethéria sont manifestement empruntées aux moines et sont récitées principalement par des moines ; et seulement dans deux de ces offices. Laudes et Vêpres, on trouve un renvoi solennel aA^ec des bénédictions et des prières sur les catéchumènes et sur les fidèles; et le dimanche, seulement dans un de ces offices, Vêpres, parce que le dimanche malin, quelque temps après les Laudes, on célébrait le saint sacrifice de la Messe dans lequel se