CHAPITRE
matin (ujjlvoç IwOtvo;) de composition libre, sur le modèle de certains passages de la Bible. Certaines liturgies en possèdent un bien plus f^rand nombre, par exemple la liturgie mozarabe et la liturgie bénédictine. Daprès un texte qui n'a pas encore été relevé dans les études liturgiques, dit D. Cabrol, il existait au v^ ou au vi" siècle un recueil des cantiques attribués à Esdras. « Esdras, scribe de la loi, a réuni en un livre spécial et ajouté au livre des psaumes certains cantiques qui sont dispersés en divers livres (de la Bible), et assez semblables aux psaumes de David , de sorte qu'ils sont chantés ou psalmodiés de la même manière que les psaumes^. »]
A ces cantiques bibliques on substitua dans le courant du vm^ siècle quelques odes de composition particulière, et pour la première fois, à ce qu'il semble, cette réforme fut introduite par André de Crète ( -}- 724), dont les compositions liturgiques rappellent encore, pour le texte et la forme, les modèles bibliques, les neuf cantiques. Les compositeurs d'hymnes qui suivirent, tels que Cosmas de Majuma ( ■\- 745), Jean Damascène ( -}- 760), se mouvaient, tout en restant fidèles au nombre neuf, dans des voies plus larges.
La suppression des cantiques indiqués dans la note 5 de la page précédente , et de l'un ou l'autre mentionné plus haut (ce qui réduisit leur nombre à neuf), dut s'accomplir durant le v^ siècle ^, si bien que la prière ou cantique de Siméon devint distincte et servit de àTtoXuTtxo'v ou à-oÀuxtxtov pour l'office du soir. De même, dans le dialogue des abbés Sophrone, Jean et Nil, nous trouvons le nombre déjà restreint ; la prière de Siméon est récitée le soir (Vêpres); les neuf cantiques ou odes sont divisés en trois parties. Mais on ne peut rien conclure relativement au partage en heures ou en jours , parce que dans le passage il est dit qu'on a récité le psautier entier (cent cinquante psaumes et les cantiques!, en trois sections. Un passage d'un autre Sophrone
* [D. Cabrol, La prière antique, 1900, p. 20-26. Ce texte est de Verecundus, auteur du vi^ siècle exhumé par dom Pitra dans son Spicilegium Solesmense , t. iv. Verecundus commente les deux cantiques de Moïse, celui de Jérémie [Thren., v, 1), celui de Daniel (m, 26), ceux d'Isaïe ( XXXVIII, 10), d'IIabacuc (m), de Manassé (apocryphe), de Jonas (ii), de Débora. Ces cantiques étaient probablement ceux qu'employait l'Eglise d'Afrique, car Verecundus appartient à ce pays.l
î Buhl, op. cit., p. 202.
182 HISTOIRE DU BUÉVIAIRE
pourrait apporter quelque lumière sur ce point obscur. D'après Christ \ cet auteur, appartenant au vii^ siècle et vraisemblablement patriarche de Jérusalem (-j- 638), dit dans sa Commentaiio lifurgica.^ que de son temps on récitait aux offices du soir et du matin (V^épres et Laudes), avec les psaumes de l'Ancien Testament, des cantiques du Nouveau (a^aara t/Jç véaç yi^iTO(i). Aujourd'hui les odes sont fréquemment insérées entre ces cantiques, et tout est dit le même jour^.
Un office au mont Sinaï. — Notre lâche n'est pas de suivre le développement de roflice en Orient; nous croyons toutefois ne devoir pas laisser de côté un document intéressant mentionné par dom Pitra'^; il est propre à nous indiquer la façon dont se forma l'office monastique aussi bien que l'office du clergé séculier. Ce dernier, qui avait beaucoup emprunté au premier, s'en sépara bientôt et prit une voie indépendante.
Les abbés Jean et Sophrone étaient allés en pèlerinage au mont Sinaï; ils y furent reçus fraternellement par l'abbé Nil et récitèrent avec lui l'office qu'ils décrivirent ensuite, tçut d'abord les
' Christ, op. cit., p. 25.
2 Dans Mai, Spicileg. Rom., t. iv, ]). 40.
3 II n'est pas impossible que déjà, à Tépoque qui nous occupe, des odes fussent employées dans l'Eglise grecque. Il en est question dans le récit de l'abbé Pambo, publié pour la première fois d'après un manuscrit de Vienne par l'abbé de Saint-Biaise, Martin Gerbert, en 178 4, dans les Scriplores ecclesiaslici de mnsica , i, 1-4 ( FepovTixbv toO àêoâ tlafAêd)). Pambo, — peut-être le même dont Socrate dit (//. E., lib. IV, c. xxiii; P. G., t. i.xvii, col. 514) qu'il vivait à la fin du iy« siècle en Egypte, c.-à-d. dans les déserts de Nitrie, — envoya un de ses disciples à Alexandrie. Le jeune moine y passa les nuits dans le vâpOr,? de l'église de Saint- Marc, il y vit ràxo>,ou6ta (l'ordonnance de l'office) de l'Eglise d'Alexandrie, il apprit par cœur les a tropaires ». De retour chez son abbé, il lui raconta qu'il avait vu les ordonnances ( CTUVTâyiJLaTa ) de l'Eglise (nûc •j/âXlouCTi), et se plaignit de ne chanter ni tropaires ni aucun chant canonique avec son abbé (où i|/g().)iO[j.£v oiavôva; xal xpouipia). Le vieillard lui répondit que les- chants de cette sorte ne valaient rien pour des moines; ceux-ci devaient plutôt vivre dans la contrition et ne pas (jLsXoiServ aaixata xcxl pu6[j.tî;£iv riX^vç. Iloca yàp xa-râvy^tç... Ix twv xpoTtapt'wv xw |j.ova-/w, oxav èv èy.KXyjdîa... t'sxaxat xal ûJ/oï xy^v cpwvT|V ayxoû wç ol poeç- Si donc Ion ajoute foi au document, des chants mélodiques, que l'on appelait trojiaires et canons, auraient été, outre les psaumes, en usage à la fin du iv siècle dans l'office de l'Église d'Alexandrie. [Dict. d'arch., col. 1186.)
'' Jiiris ecc.l. Grœcorum hid. et monum., t. i, p. 220, § 17. Ce fragment est emprunté aux Codices A et iî de la Vaticane, dont la description n'est malheureusement pas plus complète, et date, d'après Pitra [loc. cit.) et Christ {loc. cit., p. 25), du vi'' siècle.