‹ Histoire du Calvinisme: et celle du Papisme, mise en parallèle: Ou apologie pour les réformationChapitre 16 sur 17 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Autre source de troubles excités par le mHy le retranchement de la coupe, G cipiles de Bohême'^ signalées victo Zisca remportées sur l empereur Sigis grande effusion de sang\ division de.

sites, les Calixtins ruinent les TaBo

£ ne sais si dans foute l'histoire am

et morlerne il se trouve autant de choses

des, extraordinaires et remarquables ei

peu de temps et dans une aussi petite et

de pays y que ce qui se passa au comn

ment du quinzième siècle dans la B<

seulement en quinze bu vingt ans. Ce r

me d'une fort médiocre, étendue fut dur

temps**là l'un des plus sanglans théâtre

ait jamais été au monde. Tout ce. que la

la fureur 9 la vengeance, Tambition et ]

perstition produisirent jamais de plus te.

86 vit dans les cruels démêlés entre les p

tes y les calixtins et les taborites. Bien

nous reconnoissions qjie ces derniers ay

du Papisme. 57!

raison pour le fonds de la cause, cependant BOUS n'approuvons pas leur conduite, et de 3plo8 la réforniation des calixtios étoit si im-^ jiarfaite que nous ne nous croyons point du ttout obligésà les défendre, en les considérant sibsolument comme membres d^un même corps avec nous. Mais encore que les calixtins et tabo«> limites ne soient point innocens, il est pourtant <^ertain que tous les maux qu^ils ont soufferts et les désordres qu'ils ont causés doivent re^ tomber absolument sur le papisme qui y don«xia lieu par ces trois choses. La première est la corruption de la doctrine et des moeurs dans le papisme, qui porta les bohémiens à se révolter contre l'église romaine ; sa seconde est la cruauté dont le papisme i,isa contre Jean Hus et Jérôme de Prague dans son concile de Constance: etia troisième est l'effroyablç in^*fidélité par laquelle on opprima ces deux iniiocens contre la foi donnée et Je sauf conduit de l'empeieur Sigismond. Cesont la dif-je les trois raisons qui ont porté les bohémiens à faire ce qu'ils ont fait. Si le papisme n'avoit pas corrompu la doctrine et le culte de l'église, ou du moins s'il n'eut pas agi avec tant de cruauté et d'infidélité contre ceux qui ne vouloient point se soumettre à cette religion corrompue, jamais les bohémiens n'eussent fait ce qu'ils ont fait.Âinsi ces Messieurs trou«-

S^jû Histoire

veront bon que nous rendions le papîsi pable de ces guerres sanglantes et crue désolèrent !a Bohême et les provinces ^ après le concile de Constance. Et p effet, afin d'achever l'histoire des troub ses dans le monde par le papisme, no nerons un petit abrégé deé'désordres d été non seulement l'occasion mais 1 dans le royaume de la Bohême.

Tout le. monde sait que ce fut lac cle Wiclef qui fit naître aux bohémiens 5^e de se réformer ( i ) , e! qui leur d^ une partie des erreurs de l'église romi •Wiclef étoit anglais, curé delà paroisse therworth dans Tévêché de Lincoln , Beur en théologie à Oxford, homme pour son siècle , qui combattit fortei plupart des erreurs de l'église roma HQUs combattons aujourd'hui. A ses vc ^entimens on joignit d'autres opinions les et monstrueuses qu'il n'avoil jamai ^nées : et c'est sous celte idée fausse et que sa doctrine fut condamnée au coi Constance.Quelques gentilhommes bo] qui éloient en Angleterre, étudièrent iogîe, la goûtèrent et rapportèrent ei

mêles livres de cet hérésiarque, c^

(1) 1370. £ucas Sylvius hisL. Holiem. loach. Camer. tte'Ecd. ScG.

du Papisme. $75

^u'on l'appeloît. La lecture de ces livres réveilla les esprits, et persuada bien des gens d'une vérité que Ton commençoit à sentir de^ puis longtemps, c'est que Téglise romaine étoit horriblement corrompue. Charles IV empereur avoit établi à Prague une académie à l'imitation de celle de Paris ( 1 ) ; celte univerr ^ité s'étoit rendue célèbre dans tous les royauiifiesdu Nord. Jean Hus et Jérôme de Prague ^h étoient les principaux ornemens au comment cernent du XV* siècle, la lecture des livres de AVicIef les illumina et leur donna tant d'amour pour la vérilé, qu'ils formèrent la résolotion de la retirer du tombeau profond de l'oubli et de la superstition sous lequel elle étoit ensevelie. Ils ouvrirent les yeux et les firent ou-; vrir âbeàucoup d'autres : dans le même temps arri vala solennité du Jubilé qui se solennisoit à Rome (2) et Wenceslas roi de Bohême obtint de Boniface IX , la permission de célébrer ce Jubilé dans la ville de Prague avec les mêmes >induIgencesqu'àRome: cela y attira une foule prodigieuse de gens, et Von y vit la superstition se répendre en mille et mille cultes pleins d'idolâtrie. Les reliques furent exposéesjdafts les églises en grande pompe et la dévotion do

ce Jubilé, par lequel on devoit gagner les in-

(1) L'an 134S.

(2) L'an 1 iOO.

3ji ^ Histoire

dulgences, fat attachée à des images, kit 089 à des lambeaux, à des cendres et à dWtrc objets semblables : Ce qui donna Heu aux sec tateurs de la doctrine de Wiclef de déclame avec plus de liberté contre tous les abus. Le uns les soutenoient , les autres les condamnoient, ainsi les esprits furent partagés. A cette division il s'en joignit, une autre pure* ment par accident; c'est que Tuniversité df Prague formée sur celle de Paris étoit divisée comme celle-ci en plusieurs naftôns. Il 8U^ vint une querelle entre la nation allemande et la nation bohémienne. Les bohémiens se plaignirent àWenceslas que les allemands s*étoient rendus les maîtres dans l'université] qu'ils en occupoient les principales chaires 1 et que tout s'y faisoit à leur volonté : qu'il étoit raibonnable que la nation bohémienne partageât au moins les avantages, puisqu'elle avoit fondé l'université. Wenceslas roi de fio- }iêroe,homme brutal et sensuel au souverain degré > à qui les électeurs avoient ôté l'empire à cause de sa cruauté et de ses débauches , se mettoit fort peu en peine des démêlés qui déchiroient son académie. Ainsi sa stupidité «i sa nonchalance laissèrent croître ce mal a te point que des paroles on en vint aux coups e) à la violence. Les allemands furent chassé par les bohêmiezjis et s'en allèrent établir uik

du Papisme* SjS

autre umversitéàLîpsîcdatis la MÎ8me(i4o9).

Cela n Woit rien de commun avec la religion^ cependant parce que Jean Hus étoit un des principaux maîtres de la nation bohémienne^ l'on veut que sa doctrine ait été cause de ce premier tumulte.

Pendant ce temps-U, Jean Hus prêchoit toujours publiquemefit avec beaucoup de vigueur contre les erreurs de l'église romaine ^ et contre la corruption de ses moeurs , dans son église de Bethléem. C'étoit une église qu'ui> ri-, ^he bourgeois de Prague avoit fondée par la permission du roi Wenceslas, pour y faire prêcher en langue du pays, parce que Les allemands occupant tous les autres temples^ on y prêchoit en allemand: et ce riche bourgeois nommé Mulhémius s'étant conservé le droit de patronage de cette église, avoit nommé Jean Hus pour y prêcher. Sebinco de Haspurg étoit alors archevêque de Prague, le parti romain lui fit des plaintes de la manière dont prêchoit Jean Hus; il fut ému par les remontrances qu'on lui fit là- dessus, fit brûler les livres de Wiclef et interdi3it la chaire à Jean Hus. Toute Tuniversité étoit alors dan3 les intérêts de JeauHus, et dans les sentimens' de "Wiclef. Les écoliers, espèce de gens insolens et capables de tout entreprendre, s^étant animés les uns les autres à la vengeance de l'aC-

S^jd Histoire

fronl que l'on avoît fait à leur maifre, firent une fjgure de femme semblable à cette débaiichéed ont nous parle St. Jean dans Tapocalyp- 8e, habillée en courtisanne, toute couverte d'or et de pierreries et dans une posture lascive et immodeste. Ils la posèrent sur un chariot et autour d'elle ils pendirent les bulles des papes qu'ils avoient rassemblées de divers côtés avec leurs plombs, menèrent cette figure de la Bar bilone spirituelle sur la place <le la nouvello Prague et la brûlèrent avec des cris et des hurlemens effroyables. Jean Hus étoit hors de Prague et n'eut point de part à ce tumulte, U brûlali^é de Wenceslas fut ce qui donna le plus de lieu à cette action , car il ne prit aucune peine pour arrêter ces mouvemens dans leur naissance , au contraire on dit qu'il fut l'un des spectateurs de celte comédie. Cela cmut extrêmement la bile de l'archevêque # voyant qu'on ne devoit attendre aucun secours du roi de Bohême, plongé et enseveli dans f?s brutales voluptés, il prit la résolution de «'adresser à Sigismond roi dé Hongrie frère de -Wenceslas , et celui à qui selon toutes les apparences la couronne de Bohême devoit revenir. Parce qu'encore que cette couronne fût élective cependant les bohémiens avoient accoutumé de choisir quelqu'un de la famille de leurs rois, «Sebinco prit donc le chemi^ de

au Papisfhè. 577

Hongrie pour engager Sigîsmond à la conserr iration de la religion romaine dans la Bohémei mais il mourut en chemin, et eut pour succès* seur un certain misérable professeur en médecine nommé Albicus , qui acheta Tarche- "vêché des mains de Wenceslas, et pour n'y Tien perdre le vendit après à un autre nommé Conrad de Wesiphalie. Durant ces ihangenens Jean Hus revint a Prague d'où il s'éloit volontairement exilé et il se mit à y prêcher comme auparavant.

Sur ces enirefaites, Robert ou Rupert empereur, comle Palatin, mourut, et Sigismond^ roi de Hongrie, et marquis de Brandebourg se fit lui-même empereur : car les électeurs ne se pouvant accorder sur le choix d'un sujet ils s'en rapportèrent à Sigismonrl, (î4i 1) qui répondit qu'ail ne connoissoit personne plus propre que lui-même pour soutenir cette dignité. Cet empereur forma le dessein de faire cesser ce grand schisme qui subsistoit depuis 55 ans, entre les papes d'Avignon et ceux de.: Rome , auxquels le concile de Pise en avoit ajouté un troisième séant à Boulogne. Et en même-temps il voulut pourvoir aux -désordres de la Bohème, dont il ne doutoit pas que la couronne ne le regardât. Dans ces vues il se donna toute la peine imaginable pour assembler un concile à Constance et en vint à

bout. Jean Hus ei Jérôtne de Prague y fa^ rent cités, ils ne voulurent point y venir sans avoir pris des précautions et avoir reçu ton^ tes sortes de sûretés^ On les leur donna et Jean Hus obtint de Sigisoiond ua passeport aussi étendu et en aussi bonne forme qu*îl y en ait jamais eu. (i) J'en prends àtémoince- ' lui là même qui a écrit depuis peu rhistoire de l'hérésie de Wiclef , d'une manière qui revient à peu de gens II n'écriroit pas tout à fait mal sM alloit toujours son grand chemin : mais il e.st pitoyable quand il veut avoir de l'esprit, et cht^rcher des manières délica» tes. LVn iroît où il parle de Tinfidélité da concile et de cellp de Sigismond est un de ceux , où il falloil avoir ou plus de hardiesse ou plus d'csprit qu'il n'en a. Le tour qu'il prend ici est eitha >r*linaire et n'est a proprement parler qu'un très nîéchant galimathias.

S'il est capable île recevoir conseil il ne se mêlera point d'imiter et de suivre le père Mairabourg, car il le suit de trop loin. Néanmoins comme il est de la religion romair ne et quM paroit de bonne foi , il nous est permis de le citer comme un témoin qui avoue que le conrileyOU tout-au moins Sigisraon^^ viola la parole qu'il avoit donnée à Jean Hcs et à Jérôme de Prague. Car c'est ce qui se

m •' < - .. ■ ■■ I II i— ^pi.^^1^— — I !■

(1) Preon. part, pas* 90. 96.

iluPaplêmê. Zfjdi

peut recueillir de ce qu'il dit ou de ce qu'il El voulu dire dans sept ou huit périodes em* harassées. Il est Vrai qu^on lui doit un peu pardonner l'embarras où il est dans cet endroit,, car il seroit difficile de dire quelque c1iose.de raisonnable pour défendre une action aussi honteuse, (i) Ce grand parleur qui a fait deux gros volumes contre le petit livret de la politique du clergé, a donné un chapitre pour la justification de cette infidé* lité de Sigismond et du concile. Mais lui qui aime tant à répandre des torrens de paroles inutiles et de réflexions mal placées est bien court dans cet endroit. Il se contente de dire gue selon les jurisconsultes il y a deux sortes de sauf-conduits, les uns en forme commu* ne simpHci ac consulta forma ^ qui n'assurent que contre la violence, et non contre l'exécution de la justice; et les autres dans unç forme extraordinaire qui mettent à l'abii de tout. Premièrement, on dit là-dessus que le sauT-conduit de Jean rîns n'avpit point la clause àp salra justitijcL comxxïQcelm de Jérôme de Prague , il étoit absolu et sans réserve. Secondement, c'étoit une lâche surprise à l'égard de Jérôme de Prague de le faire venir à Cons^ tance dans Fassurance qu'il ne lui serort fait aucun mal,et insérer dans le sauf-conduit une

(1) Apol, poux les Cjithol. 1. part. cbap. 2.

38 o Histoire

clause à la faveur de lafitielle on le vonloit faire brûler. Il y a bien ajjparence que Jérôme de Prague eut voula prendre un saufrconduit contre les voleurs? II avoit desfrein de se inunir contre la violence et contre Tinjustice des juges, et s'il les eut laissé en état de lui faire son procès , c'eut été une plaisante pré* caution à lui de prendre unsauf-^conduit pour 8e mettre à Tabri de la mauvaise volonté de ceux qui ne lui pouvoient faire de mal, ets'a* bandonner à des juges furieux et animés i sa perte. II est donc vrai comme l'avoue l'auteur de l'histoire de Wirlef, qu'ils prièrent /V;r/7tfreur de leur faire expédier un sauf^ onduiten la forme la me iteure qui fut en usage en la chancellerie iTnp(^ri(de,

Tout Itt inonde sait que J«*an Hus et Jérôme de Prague avec leurs sauf-conduits furent brûlés par le vénérable concile de Constance* lit ce fut le feu qui brûla ces deux martyrsi par lequel tonte la iîohème ensuite fut embrasée. J*an Hjs mourut l'an mille quatre cent quinze 9 et Jérôme de Prague un an après. La noblesse de Bohême qui étoit au concil(3 fit tout ce qu'elle put pour obliger l'empereur Sigîsmond 4 garder sa parole , et en etfet il avoit une très grande inclination à le faire, et il se fit une grande violence en ne le faisant pas. (i) // ne répondit 'point que

'^l) Hwl. de l'hérésie dé Wid.j?, 108, ^

âa Papisme. 58 if

ion sauf ^conduit fui limita , ^tc. ou que Jean flu% s^tfTi fut rendu indigne^ etc. au contraire l sembla en demeurer d'accord par deux aortes. Ces deux actes furent qu^il promit formellement aux bohémiens qu'on laisseroit Btller Jean Hus , et ensuite il demanda au concile qu'on le laissât retourner chez lui.

Mais le concile le paya de ces méchantes rai-^ Bons qu'on peut lire danslesauteurs du temps et dans cet auteur moderne. Cette cruau]^ et cette infidélité poussèrent la noblesse de Moravie et de Bohême au désespoir, parcQ qu'ils étoient persuadés que Jean Hus et Je-, rôme de Prague étoient d'excellens hom* mes. Les bohémiens se plaignirent d'abord de cette injustice par dés paroles pleines de leur ressentiment, mais incontinent des pa« rôles, de part et d'autre on en vint aux coups.^ Ily eut d'horribles séditions à Prague, (i4i6) ni la parenté, ni Tàge, ni le sexe , ni la dignir té, rien ne fut épargné. La fureur fut égale dans les deux partis, et si les papistes souffri*. rent davantage c'est parce que leur parti étoit le plus foible. Car il n'y a point de cruautés qu'ils n'ayent exercées contre les hussites quand ils ont été les plus forts. Le misérable \yenceslas mourut au milieu de ces désordres, (14i8) et SigismontI qui lui succéda en« treprit de réduire les rebelles par la^ force»

S82 HUtoirc

Mais eux jugeant bien parce que Siglsmoni ayoit fait à Jean Hua et à Jérônie.de Prague^ qu'ils ne pouvoient attendre que la mort et le feu s'ils tomboîent entre ses mains , ne le Toulurent point reconnoitre pour roi deBo*^ héme. Ils levèrent une armée , ils mirent au jour un manifeste par lequel ila exposoient les raisons pourquoi ils ne pouvoient consentir à l'élection dsSigismond. Après cela ils s'en' Jurèrent de la nouvelle Prague qui éloit séparée de la vieille par la rivièr.e« Us se rendirent maîtres de plusieurs forteresses dansk royaume et mirent à leur tête qn. gentiïhonH me de Bohême > nommé Jean Zisca, l'un des plus grands et sans contredit le plus beureos capitaine du monde. Sigîsmond dans ces coifr tnencemens de guerres civiles étoit occupa contre les turcs dans la Hongrie^ et les bus^ sites n'avoient à combattre qite la veuve de .Wenceslas , dont l'autorité étoit fort m^l reconnue. Néanmoins ils n'aiKoient point des* sein de se servir de ces avantages, que pour avoir le libre exercice de leur religion ; carau^sitôt que cela leur fut accordé il& posèrent les armes bas^ et Zisca rendit toutes les forr feresses dont il s'étoit emparé* Mais l'erop&reur Sigismond écrivit une lettre qui tomba entre leurs mains,- par laquelle il Faisoit con« noitre que son dessein étoit de les poussera

du Papisme. 38^

l'extrémité , et de ne rien ménager avec eux.

Cette déclaration les mit au désespoir, et quoi»,

qu^ils fussent désarmés et sans places, ils ré-^

solurent de périr en défendant leur vie, leur

liberté et celle de leur cons<;ience. (i4ig)

Zisck ramassa ce qu'il put de troupes qui ne

furent que de l'infanterie, et avec cette armée

sans cavalerie il défit entièrement l'armée ini«

périale sans donner quartier à personne^ parce

que n'ayant plus de place fcurte où mettre les

prisonniers ils n'en voulurent pas faire. Ce

fut la première bataille où^isca eut une pleU

ne et une entière victoire. Ensuite il s'em^

para de Mosca, de Volgise et de quelques au<»

ires places, où il trouva des chevaux sur les»

quels il monta une partie de* son infanteri^et

en fit de la cavalerie. Il fit bâtir une ville à

cinq mille de Prague sur une montagne ap«^

pelée Thabor, pour luiservir de retraite. Le»

impériaux rétablirent une grande armie souj^

la conduite des comtes de 'Rossqn et de Rayer^,

pour aller assiéger cette nouvelle ville da

Thabor et exterminer les hussites tous à la

fois. Zisca les prévint « les arrêta et les défit.

entièrement dans un défilé où il leur falloit,

passer; c'est la seconde victoire. Dans ce mê-^

me temps, Zisca en gagna une troisième sur

l'empereur Sigismond lui-même qui entreprit

de forcer le camp des hussites. Les impé*

884 Hitoirê

riaux périrent par répée eldanBlesprécipiceéi^ des montagnes , où on les poussa en les faisanfL reculer jusques sur les lieux les plusescarpéi. L'empereur ne fut pas rebuté par toutes ces pertes, (1^20) il leva une troisième armée pour faire lever le siège de Vissegarde, que Zisca avoit investi. Il succomba encore dam cette entreprise, et Zisca lui défit dans une quatrième bataille son armée, à tel point qu'il fut obligé de s'enfuir en Silésie avec vingt p«^ sonnes. Les amis qu'il avoit en Bohème lu remirent sur pied uneautre armée plus gran-^ de que les précédentes, mais elle n'osa pas seulement soutenir les regards deshussitei, qui demeurèrent victorieux pour la cinquième fois, et Sigismond fut obligé de quitter la Bohême. Zisca qui n'avoit qu'un œil le perdit d'un coup de flçrhe qu'il reçut en faisant le tour d'une ville qu^il assiègeoit ^ mais tout ayeugle qu'il étoit, la bonne fortune ne l'aban" donna pas. Sigismond rongé de chagrin et couvert de honte par tant de mauvais succès, voulut faire un dernier effort pour opprimer les hussites. (i452i) Il amena une armée d^AI* lemagne de plus de cent trente mille hommes qui étoient. l'élite de tous les allemands. Une partie de cette grande armée échoua au siège de Soas oùles hussites soutinrent vingUsix as- Àaats. et forcèrewl \^^ \rc\^trv^\x'î. '^ %^^ x^>cv\^\

du Papiême. S85

iprès un $îège de plusieurs mois. L'autre partie de Parmée qui éloit sans comparaison la plus conbidéra4)Ie périt dans une bataille que Zisca donna au connnencenient de Tannée t4â9. Ce fut la sixième victoire que ce général gagna , et elle fut si entière que Si- ^isniond se vit entièrement chassé de la Bo« ^ème« Après cela, Zisca n'ayant plus affaire qu'aux bohémiens de la religion romaine, il leur donna la paix fort volontiers , et traita •pour les hussites qu'ils auroient Fe^tercice de leur religion entièrement libre dans toutes les villes et à la campagne, et ensuite se ^éfit de la charge de capitainergénéraK II re-; fusa la couronne qu'on- lui voulut donner, et 'Souffrit qu'en excluant Sigismond on élut pour roi de Bohème Vitold , général de Lithuanie»

■Ce nouveau roi entreprit dechasser du royav^in£ ce qui y restoit d'impériaux , et pour cela il se joignit à Zisca et aux hussites, mais il les abandonna bientôt après. De sorte que Zisca avec une très foible armée se vit encore réduit à la nécessité de soutenir seul les nouvelles foi^cesque l'empereur avoit remises sur pied par le secours de ses alliés. Car Sigis* mond rentra dans la Bohême avec deux gran^ désarmées de danois et de portugais, joints $ivec ses allemands. Zisca divisa aussi ses trou* ne$ çn deux çoj|>S; il sç mit à la têj^ de l'i^^

et donna la conriuite de l'autre àProcope»

gentilhomme bohémien, qui n'étoit guères mointt grand capitaine que Zisca. Ce Procope fit lever à Tarmée impériale le siège d'Itemberg dans la iVloravie avec honte et grande perte, et ensuite venant rejoindre Fautrear*. née , Zisca et loi battirent Tarniée de Sigismond • laissèrent neuf mille moits sur le champ et le r^te fut dissipé: c'est la septièfflt grande bataille gagnée par Zisca. (i499; XJ^fh née suivante il se forma une partie si tenible contre Zisca par la noblesse mécontente qa^l peuba périr à cette fois. Mais sa bonne fortane qui l'avoit toujours accompagné ne l'abaiir donna pas non plus ici , (i4s3) et dans une huitième bataille qu'il donna, il gagna une huitième victoire, qui ôta*absokrmentà Sigid? mond l'espérance de retirer par force le royaume de Bohême des mains d'un *b\ grand et si heureux capitaine , c'est pourquoi il résolut de rechercheri'amitié dcZisca. H pa* roît par toute la conduite de cet homme extraordinaire qu'il ne demandoit queJa liberté de sa religion pour les hussites et nne-^relé pour leur vie. Ainsi il quitta les armes aussi' tôt que Sigismond leur accorda Tuiie et l'aiH tré. Il eut même tant de confiante eii la parole de Sigismond qu^il résolut de Pfilltt trouver, mais il mourut en cheiniii au iim( dVctobre de Vanuêe i4d4«

du Papisme. 58 7

Cette mort empêcha la conclusion de la -pnîx, les impériaux crurent n'avoir plus rien ît faire puisqu^iU n'avoient plus ce terrible homme sur 'les bras, mais ils furent trompés dans lenrs espérances. Il est vrai que le parti se divisa en deux armées , dont l'une prit le nom de Thabotites^ et l'autre celui dWphelins parce q-n'ilsavoietit perdu ce Zrsca qui «toit leur père et lefur protecteur. Mais Procope, qui avoit appris le métier -des armes bous ce grand mattre'ylui -succéci^a et «outtnt la guerre* Ij 'empereur voyant qu'i^'ne viendrait pas aus* si aisément à bout àes bohémiens comme il se l'étoit percluadé» leur ^offrit liberté de conscience jusqu'au concile de Bâle , mai« ils la voulurent absolue et pour toujours. Alors la cour de Rome qui is'intéressoit à la ruine entière de ce parti , publia deux croisades en Allemagne contre les hussites. -Mais ces deux » armées de croisés périrent à la vue des hussîtes presque aussitôt qu'elles parurent devant eux, quoique la dernière crbisàde commandée par le niarquts de Brandebourg fut de près de cent 'mille hommes.

Dans ce temps-là s'asisethbla le concile de

Bâle, (i45i)'de Tautorîté doqûel onse voulut

servir pour réduire les bohémiens, aprèsavoir

^inutilement tenté la voye des armes. Nous ne

parlerons point de toutes les procédures ^ui

furent faîtes pour cela, parce que nous naW^ faisons pas rhi:«toire des hussites, mais seu-lilh leinent l'histoire de^ troubles, dont le papis-IW me a été la cause. Nous remarquerons seule* uk ment que ce fut aior^i, que Jean Lukavilz Tua l c< des principaux docteurs dos taborites , fititl] cette confession étendue et prouvée que nous bi] avons encore aujoitriThui, (i ) et qui nousins- [^ truit de la théologie de ces taborites, abso* v lument semblable à la notre. L'an .i45i il se ^ fit une assemblée générale de toute la Bohème, l'on y députa douze personnes , choisies des trois états du royaume, pour résider à une conférence qui se tint entre les taborites et leurs adversaires. Rokenzana qui portoit la parole pour les a ccusateurs des taborites leur objecta plusieurs choses sur lesquelles ils donnèrent leur déclaration par écrit. Les hu8sites cléputèrent au concile de Bâle sous la protection d'un sauf conduit mieux conçu que celui qu'on avoit donné à Jean Hus et à Jérôme de Prague et qui fut mieux observé; car après que les bohémiens eurent été ouïs longtemps au concile ils s*en retournèrent sans y avoir rien conclu de positif. Mais les dépus tés que le concile envoya en Bohême agirent avec plus d'efBcace pour la réductioin de ces

peuples

^1 ; Préface de U coufesslon des TafiocU. pàrXnkf vluu

du Papisme^ 889

i]ple9 révoltés contre réglise romaine; car divisèrent les hussites en séparant les tharites des calixtins» Les calixtins étoieat solument papistes excepté qu'ils vouloient minunier sous les deux espèces; mais le»' iborites àvoient une religion fort épurée de lerstitions comme il paroit par leur con<j sion. Rokenzana,le plus célèbre des calixs^dépuféau concile deBâlese déclara grand nemi des thaborites de sorte que ces deux rtis en vinrent anx mains. £t leurs ennemif ofitant de ces divisions reprirent l'ancienne la nouvelle Prague et plusieurs autres pla- \. Enfin on en vint à une bataille qui fut s funeste aux thaborites, car le parti ca- >lique romain s'étant rendu maître du camp » hussites Jes deux chefs du parti tous deux pelés Procope , l'un le grand. Procope et utrele petit Procope, y furent tués: toute nfanterie se rendit à discrétioq , et par une rbarie qui n'a point d'exemple entre lef yens , Ton enferma tous ces misérables au mbre de plus de vingt mille dans des granges

on les brûla tout vifs. Depuis ce temps^j les affaires des hussites roulèrent avec pré* )itation dans la décadence ; Rokenzana se ssa corrompre par la promesse qu'on lui fit

le faire archevêque de Prague* Comme il

d'agissoit: à mu égmrd et celui des ciQixtiiM»

^9^ tliètoire

^ue delà communion 8ous les éenit espèces^ il ne fut pas difficile à vaincre. On lui tint parole et il fut pourvu de rarchevéché, maii jamais il n'en eut les bulles» et même il m conserva pas longtemps sa dignité» car comme c'étoit un esprit fier,brouillon» intraitabby il observa mal les conditions de son traité 5 et fut chassé. L'empereur Sigismond rentra triomphant dans la ville de Prague et mourut deux ans après. (i456) Le reste des forcsf (fei thaborites étoit dans la ville sur la montagne de Thabor« Le malheureux Rokensana fit conjuration avec George Pogebradius de lei exterminer entièrement. Ce Pogebradius 6toit hussite y mais de ceux qui étoient simple^^ ment calixtins, et qui ne différoient de l'église romaine qu'en ce qu'ils vouloient la communion sous les deux espèces et ne vouloient pas de moines. Pogebradius se fit élire roi de Bohême 1 se reconcila à ce que disent quelques auteurs, avec l'église romaine après soa élection ; assiégea Thabor^ la prit après on an de siège, fit passer tous ceux qui s'y trout^èrent par le fil de l'épée^ (i44i) avec tant de soin qu'il n'en échappa jpas un ienl^ et rasa ia ville jusqu'aux fondemens. Rokensâna reo'* 4ra dans l'archevêché de Prague et se rendit tnattro de l'église de Bohême ^ et n^Ayant pu

obtenir de Eone m éaafiniMlioki ifl àm kolt

du PapisTtie. ^^t

les , il 86 joignit à l'église grecque et envoya à Constantioople rendre hommage au patriar-^ che en lui envoyant sa confesf^ion. C]45o) Les grecs eurent bien de la joye de cet événement^ mais les turcs leur ayant pris Constantinoplâ trois ans après ^ ils n'eurent pas le plaieir d& jouir longtemps de cette conquête qu'ils a-* voient faite sur l'église latine. Rokenzanor proprement se fit pape en Bohême et en même temps persécuteur des thabôrites qui dé-r fendoient la véritable doctrine de l'église. Il mourut et George Podegradius^ roi de Bôbê^ iTie^ aussi l'an 1471. Par sa mort les tha« borites eurent du relâche et l'on dit qu9 dans les règnes suivans ils se multiplièrent dans la Moravie ^ dans la Silésie et dans la ]^phéme,de sorte qu'environ l'an i5oOj il so^ trouva qu'ils avoient plqs de deux cents égli^ ses. Voilà de quelle manière fut agité le royaume de Bohême par une guerre civile de ^5 où 3o ans^ durant lesquels il se donna douze ou quinze grandes batailles, une. infinité de combats, on fit dés sièges de villes, on désola un royaume et deux ou trois provinces voisi«r nés et l'on versa une infinité de sang. Si Toit en croit ^néas Silvius , ces pauvres thabe»

rites par la nécessité de tenir lu campagne et l'hiver et Tété pour se défendre. , étoient devenus semUaNes à deà opra^ Il raçonttii ^'js»

5q9 Jffh foire

allant a Prague, ceux de sa compagnie et loi craignant d'être tués et dévalisés par les vo* Ie1lr^ ^'ils passoient la nuit en un village , ib , demandèrent retraite pour une nuit aux tbt^' boriteA qui le reçurent lui et ceux de sa troupe fort humainement dans leur camp, (i) Citoit j dit il , une chose digne d'être vue , cette populace étoit en désordre et rustique qmi-^ iju* elle voulut paroUre honnête^ les uns étouni tout nuis , n'ayant rien que des cherniseSf ks entres étoient revêtus de peaux ^ quelquêvw^ avaient des cheuauxsans selles^ d'autres son» brides et les autres n'avoieni point d^éperons. Il y en avoit qui avoient une Jambe bottée 9 et Vautre toute nue , les uns avoient perdu un œil y d^ autres n^ avoient plus qu^une main et pour me servir des paroles dupoëte i^ étoit une ' chose affreuse d voir»

Pupulataque tempora raptis jiuribus et tfuncas inhonesto vulnere nares.

Ils. mar choient sans ordre ^ n^observoieni aucun*' bienséance dans leurs discoure et ih nous reçurent avec la rusticité des paysans.

Ils nous firent pourtant des préseke 0t nous donnèrent du poisson j du vin et delà bierre. C'est où les avoit amenés cette longue guerre

ïla Papisme. SgS

qu^ils avoient été obligés de soutenir, la plupart éf oient nés dans les pamps. Je Vai dit et je le répète encore, tous ces troubles doivent être imputés au papisme qui a retranché au peuple la coupe pour laquelle ces peiipres combattoient afin qu'elle leur fut rendue. Je finirai ici l'histoire des troubles causés par le papisme parce qu'il faut finir quelque part , et que l'on ne peut pas dire tout, car certainement l'on n'auroit jamais fait si Ton ne vouloit rien oublier. Quels désordres n'ont pas causé les moines dans le monde? On peut voir dans le livre du savant tJssérius de chris-^ tianarum ecclesiarum successione in Occident tis pariibus , (i) quels troubles causèrent les ordres des mandians dans le treizième siècle par cet évangile éternel , dont nous avons dit quelque chose dans le chapitre du fanatisme de l'église romaine. Et que seroit*ce , si nous voulions produire tous les troubles auxquels la hiérarchie romaine a donné lieu : ces querelles , ces séditions j ces brigues, ces meurtres si souvent arrivés pour les sièges, pour les évéchés et pour les abbayes ^ En un mot c'est une hier sans fin que cette histoire des * troubles causés par le papisme ; c'est pourquoi il s'en faut tirer tout présentement et ne s'y pas engager plus avant.

Fin db jla Troisième PjOitiE.

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