X HISTOIRE DU CANADA
Le 30 mars, les nouveaux ministres prêtèrent le serment d'office et mirent fin à la crise qui durait depuis neuf jours. Toutes les combinaisons possibles avaient été tour à tour ébauchées, puis abandonnées. M. Blair n'avait pas été plus heureux que M. J. S. MacDonald dans ses offres d'alliance avec M. Taché ; il avait sans plus de succès engagé M. Dorion à essayer d'un rapprochement avec MM. Chapais, Alleyn et Abbott. Ce ne fut qu'à grande peine que lord Monck, presque désespéré, avait pu déterminer M. Taché à entreprendre la besogne où M. Blair avait échoué. M. Taché av^it cru possible une coalition avec l'élément radical ou clear grit, mais il s'était heurté à des exigences impossibles, et force lui avait été de se rabattre avec M. John A. MacDonald sur le parti libéral-conservateur pour y prendre presque tous leurs collègues. Dans de telles circonstances, les chances de se maintenir longtemps au pouvoir ne pouvaient être ni brillantes ni assurées, et la faiblesse même du ministère allait l'exposer aux attaques incessantes de ses adversaires. Tout au plus pouvait-il espérer de vivre jusqu'à la fin de la session et faire passer les lois les plus pressantes. Ce fut M. Cauchon qui servit d'intermédiaire au gouvernement pour faire connaître à la Chambre son programme qui consistait à donner à la milice une organisation efficace et vigoureuse, à maintenir et à étendre davantage le traité de réciprocité commerciale avec les Etats-Unis, à inviter les Provinces Maritimes k nouer avec le Canada des rapports plus intimes d'affaires, à développer les territoires du Nord-Oue«t, à améliorer les voies de communications entre l'intérieur et les ports de mer, à remanier les taux de péage sur les canaux afin de retenir le commerce de l'Ouest dans les eaux canadiennes, et à promouvoir la colonisation des terres
incultes dans les deux provinces. En outre, la question de la représentation parlementaire restait une question libre pour le cabinet et ses partisans.
Le lendemain, la Chambre s'ajourna jusqu'au commencement de mai afin de permettre aux nouveaux ministres de se faire réélire. Tous revinrent triomphants, sauf M. Foley qui fut battu dans îsorth Waterloo par M. Bowman, un partisan de M. Brown.
Les explications ministérielles eurent lieu le jour suivant, 4 de mai ; le 13, if. Galt déposa son budget et proposa de rétablir l'équilibre financier par une augmentation de droits sur les spiritueux et les tabacs et par un impôt de timbre sur les effets de commerce. Il annonça en même temps une réduction des taux de péage sur les canaux que l'administration J. S. MacDonald avait imposés l'année pi'écédente, mesure qui avait eu pour effet de détourner le commerce de l'Ouest et de lui faire prendre la direction de New-York. Après une discussion qui occupa ti'ois jours, le gouvernement fut appuyé par une petite majorité do deux voix.
Parmi les lois importantes qui furent adoptées, nous devons mentionner le bill du ministre des finances qui changeait le terme de l'année fiscale du 31 décembre au 30 juin, l'acte de judicature de M. Cartier qui établissait une Cour de Revision afin de diminuer les appels à la Cour du Banc de la Reine, la loi de faillite de M. Abbott, l'acte de tempérance de M. Dunkin et la loi des licences pour l'exploitation des mines de la rivière Chaudière. Cette louable activité de la Chambre n'empêcha point l'opposition de se concerter ix)ur préparer la chute du gouvernement, et le 14 juin, M. Dorion proposa un vote de censure contre le ministre des finances au sujet d'un prêt de $100,000 fait à la ville de
Montréal par le ministère Cartier en 1859 et qu'on avait négligé de régler. M. Galt expliqua la nature de cette affaire, et reprocha à l'opposition d'attaquer le gouvernement sur un acte dont seule était responsable une administration qui n'existait plus depuis deux ans. M. Holton prétendit que ce prêt avait été fait sans l'autorisation du parlement, qu'on avait là une preuve de la mauvaise gestion financière de M. Galt, et que c'était la première occasion qui s'offrait à la Chambre d'exprimer son opinion sur ce prêt.
Le vote fut de 60 contre 58 ; le gouvernement se trouva en minorité de deux voix, deux de ses partisans, MM. Dunkin et Rankin ayant voté pour la motion Dorion. Ce^t ainsi que le ministère fut renversé, non pas sur une proposition de non confiance dans sa politique, mais sur un acte personnel d'un de ses membres dont l'exécution remontait à plusieurs années, et dont le gouvernement qui en était responsable avait disparu depuis longtemps. Les partis sont rarement généreux ; leur ambition est de s'emparer des affaires, et il leur importe assez peu de créer au cabinet du jour des embarras et des difficultés ; leur but est atteint s'ils parviennent à le renverser. Sir Etienne Taché accepta comme une marque de non confiance le vote qui venait d'être donné, quelque étrange qu'il fût, et délibéra avec ses collègues sur la décision à prendre. Le jour suivant, M. John A. MacDonald informa la Chambre que le gouvernement était entré en pourparlers avec le gouverneur général au sujet de sa défaite, et il demanda l'ajournement ; le 16, même demande d'ajournement ; le 17 il fit la déclaration suivante :
" Je suis autorisé par le gouverneur général à communi- " quer à la Chambre la nature des pourparlers qui ont eu
" lieu entre Son Excellence et son cabinet. A la suite du " vote de non confiance qui a été donné contre nous, le mi- ** nistère s'est cru tenu d'aviser Son Excellence de dissou- " dre le parlement aussitôt l'expédition des affaires les plus " pressantes, et donna comme raisons de son avis l'égalité " de forces des deux partis politiques appuyant ou combat- " tant le gouvernement, et l'impossibilité de former dans la "députation actuelle un cabinet qui pourrait être appuyé " par une majorité. Son Excellence nous a informé ce ma- " tin qu'il acceptait notre avis et nous laissait carte blanche " à ce sujet. Cependant, je dois ajouter qu'à partir du vote " du 14, le gouvernement s'est livré à une étude approfondie " des questions qui divisent les partis et a recherché le " moyen d'éviter les élections générales. (Marques d^assen- "timent.) Dans ce but nous avons cru devoir nous abou- " cher aujourd'hui même avec les chefs de l'opposition afin " de voir s'il ne serait pas possible de former un gouverne- " ment qui pût avoir la majorité dans les deux provinces. " Nous avons eu cette conférence, qui a eu pour résultat " de nous entendre sur une solution sans avoir besoin de "recourir à la dissolution du parlement. (Marques dhissen- " timent; on applaudit.) La démarche que nous avons priie "est d'une extrême gravité ; les raisons qui nous y ont dé- " terminés ne sont pas moins importantes, et exigent d'être " pesées avec le plus grand soin ; c'est pourquoi, je deman- " derai à la Chambre de s'ajourner jusqu'à lundi. Le député " avec qui je suis entré en négociations est l'honorable M. " George Brown. (Marques d\jsseniiment ; on applaudit "longuement.) "
La foudre serait tombée sur le bureau du greffier que la surprise de la Chambre n'aurait pas été plus grande ; tous les députés se levèrent à la fois, et se livrèrent aux mani-
festations les plus diverses. C'était à qui interrogerait son voisin sur la nature de cet événement ; les galeries qui étaient remplies d'une foule avide, prirent part à l'excitation, et de tous les côtés s'élevèrent des clameurs d'étonnement, de joie ou de frayeur. Que pouvait bien signifier, en effet, ce rapprochement entre des hommes qui jusque-là s'étaient traités en ennemis plutôt qu'en adversaires politiques ? Est-ce qu'en réalité les choses en étaient arrivées au point de n'offrir d'autre issue qu'une combinaison det plus risquées ? Ne valait-il pas mieux continuer la lutte à outrance que s'allier à l'homme qui avait fait de la guerre de race*et de religion la formule unique de sa politique ? Voilà surtout ce que se disaient les députés de la province de Québec. Dans les moments d'excitation il suffit souvent d'un incident pour déterminer un courant subit d'opinion : au milieu du brouhaha des voix et des groupes, on vit tout à coup partir de son siège un député canadien-français très estimé, M. Dufresne de Montcalm, traverser la Chambre et aller tendre la main à M. George Brown qu'il avait jusquelà refusé de saluer. Surpris autant qu'ému de ce mouvement spontané de réconciliation publique, M. Brown serra avec effusion la main qui lui était offerte ; les applaudissements éclatèrent avec frénésie de tous les côtés de la salle, et les plus sceptiques se mirent à espérer.
Le Olohe, de Toronto, rendit compte de la conférence qui avait eu lieu entre M. John A. MacDonald et M. George Brown, et avoua que la situation politique ne laissait pai d'autre alternative aux chefs des deux partis que d'essayer de s'entendre pour conjurer la catastrophe finale.
Le 21 juin, les députés de l'opposition eurent une réunio» plénière au Kent House, rue St-I^uis, et M. Brown fit am long le récit de ce qui s'était passé. Sur trente-neuf, Zi
l'approuvèrent et 5 s'abstinrent de voter : MM. Biggard, J. S. MacDonald, D. A. MacDonald, John MacDonald et Scatcherd. On remarqua l'absence de MM. Dorion et Holton. La dernière motion demandant à M. Brown de continuer ses négociations avec le gouvernement fut votée à Punanimité.
De leur côté, les députés ministériels se réunirent le même jour et décidèrent, aussi à l'unanimité, d'appuyer le cabinet dans les démarches qu'il faisait dans le moment. Le 22, il y avait huit jours que la crise durait, M. John A. MacDonald donna lecture à la Chambre du compte rendu des négociations qui avaient eu lieu et des bases sur lesquelles on en était venu de part et d'autre à une entente mutuelle. On sut alors que la discussion avait été faite tout entière par M. George Brown d'un côté et par MM. John A. MacDonald, Galt, Taché et Cartier de l'autre. Immédiatement après le vote de non confiance du 14, M. Brown avait fait observer à plusieurs partisans du ministère la nécessité de profiter de cette crise pour régler finalement les difficultés constitutionnelles entre les deux provinces, et aurait ajouté que pour sa part il était prêt à donner son concours à toute administration qui entreprendrait ce règlement sans plus tarder. Ce propos fut rapporté à M. MacDonald qui demanda à M. Brown s'il lui serait agréable de discuter la question avec lui et M. Galt; on s'entendit et les négociations s'ouvrirent sur-le-champ. En réponse à M. Brown qui leur demanda quel remède ils proposaient aux difficultés du moment, MM, MacDonald et Galt dirent qu'ils ne voyaient de solution possible que dans une union fédérale de toutes les provinces de l'Amérique du Nord dans laquelle les questions d'intérêt local seraient soumises à des législatures provinciales et les questions d'intérêt général à une lé-
gislature centrale, ces corps devant être organisés d'après les principes du régime fédéral. M. Brown repoussa ce projet comme prématuré, et déclara que le Haut-Canada était prêt à accepter la réforme parlementaire basée sur le chiffre de la population sans tenir compte de la ligne de séparation entre le Haut et le Bas-Canada. MM. MacDonald et Galt répliquèrent que ce plan était impossible et qu'à moins de négocier en vue d'une fédération, il ne fallait pas songer à une autre solution. Après beaucoup de discussions, M. Brown demanda au gouvernement de lui remettre par écrit le projet^sur lequel on semblait s'être arrêté afin qu'il pût communiquer à ses amis avant de dire finalement s'il l'acceptait ou le rejetait. Voici ce document :
Mémoire cœifideiitiel.
" Le gouvernement est prêt à déclarer qu'aussitôt après la prorogation il s'occupera de négocier une Confédération de toutes les provinces de l'Amérique du Nord.
" S'il échoue, il s'engage à présenter, lors de la prochaine session du parlement, pour remédier aux difficultés présentes, une loi basée sur le principe fédéral, laquelle loi ne s'appliquera qu'au Canada, mais permettra plus tard d'incorporer les Provinces Maritimes et le territoire du Nord- Ouest dans le système canadien.
" n sera institué une commission royale de trois membres du gouvernement et de trois membres de l'opposition, dont M. Brown fera partie, laquelle sera chargée de poursuivre les négociations et régler les détails de cette loi, et le gouvernement s'engage à faire tout en son pouvoir pour aider la commission à atteindre le but qui lui est assigné.
" Muni du consentement de la Chambre pour lui per-
mettre d'expédier les affaires publiques, le gouvernement n'aura pas recours à la dissolution, et les choses resteront en l'état. "
De nouveaux débats s'élevèrent, et une autre rédaction fut remise à M. Brown dans laquelle on avait fait disparaître toutes les objections ; nous traduisons :
" Le gouvernement est prêt à s'engager à présenter, lors de la prochaine session, une mesure pour résoudre les difficultés actuelles par l'introduction du principe fédéral dan« le système du Canada, avec une clause qui permettra aux Provinces Maritimes et au territoire du Nord-Ouest d'en faire partie.
" Le gouvernement, par l'envoi de délégués en Angleterre et dans les Provinces Maritimes, cherchera à s'assurer la coopération extérieure qui sera nécessaire pour permettre à toute l'Amérique du Nord de s'unir dans un même parlement général constitué sur la base du principe fédéral. "
L'opposition se déclara satisfaite ; restait la question des portefeuilles à régler. Après beaucoup de pourparlers, il fut entendu que le gouvernement terminerait la session sans rien changer dans son personnel et que M. Brown ferait connaître ensuite sa décision au sujet de sa propre entrée dans le cabinet et celle de deux collègues.
La session ne dura que quelques jours ; le parlement se hâta de finir ses travaux et fut prorogé le 30 juin. Le même jour, M. Brown prêta serment comme président du Conseil exécutif, M. Mowat devint maître général des postes et M. McDougall, secrétaire provincial.
Des ministres démissionnaires, M. Buchanan, président du Conseil, se retira dans la vie privée; M. Foley qui n'avait
pu se faire réélire résigna tout simplement, et M. Simpson accepta un emploi dans le service civil. Peu de temps après, M. Brown partit pour l'Angleterre chargé de la mission de traiter avec les autorités impériales de l'acquisition des territoires du Nord-Ouest.
On a pu se convaincre au cours de cette histoire que le projet d'une union des provinces anglo-américaines n'était pas chose nouvelle. M. Sewell, juge en chef de Québec, en avait soumis l'idée en 1814 au duc de Kent; en 1827, le Conseil législatif du Haut-Canada avait passé des résolutions favorables à "l'union des deux provinces comme prélimi- -"naire de l'union des quatre provinces de l'Amérique du ^'Nord", et lord Durham, dans son célèbre rapport, en avait proposé l'adoption au gouvernement de Sa Majesté.
Quoique restant toujours dans le domaine de la spéculation, cette idée n'en avait pas moins germé dans l'esprit de plusieurs hommes politiques du Haut-Canada, surtout lorsque l'excédent de la population de cette province sur celle du Bas-Canada leur eut fait entrevoir pour un avenir asseî prochain la nécessité de changements constitutionnels. Les <îhefs du parti libéral-conservateur semblent avoir eu le dessin d'en préparer la réalisation par le soin constant qu'ils mirent à nouer des relations avec les Provinces Maritimes, et par leur persistance à favoriser la construction d'une voie ferrée entre Halifax et Québec. M. Ceorge Brown, au contraire, critiqua sans mesure cette politique de ses adversaires qu'il regardait comme ruineùèe' pour le budget canadien, et s'il consentit à rechercher dans la Confédération de toutes les provinces la solution de nos difficultés, ce ne fut qu'après de longues discussions avec M. MacDonald et M. Cartier, et non sans avoir exigé qu'on essayât d'abord l'application du principe fédéral aux pro- 'vinces du Haut et du Bas-Canada.
L'opinion parmi les Canadiens fut de tout temps hostile à tous ces systèmes qui ne pouvaient avoir pour eux qu'un seul résultat, celui de noyer ou, à tout le moins, d'affaiblir leur influence nationale et religieuse dans les sphères politiques. Et puis, l'expérience des luttes qu'ils venaient de soutenir pour résister aux conséquences voulues de Pacte ■d'Union n'était pas faite pour les réconcilier avec de semblables régimes. C-ependant, ils comprirent que les chosesen étaient arrivées au point de rendre tout gouvernement impossible, et ils préférèrent tenter l'expérience d'une constitution fédérale avec de nouvelles provinces ajoutées à celles du Canada. Il ne pouvait plus être question d'union législative ; celle de 1841 avait misérablement avorté, et il était probable qu'on n'y reviendrait plus ; dansune confédération, au contraire, la province française et eathoique pourrait se ressaisir, et si son action sur le gouvernement central avait peu de chances de s'exercer, en revanche, dans les attributions qui lui seraient réservées^ elle serait reine et maîtresse chez elle. En outre, les chef» de la population canadienne jouissaient de la confianice absolue de leur parti ; leur patriotisme, sincère et éclairé, leur longue expérience, la supériorité de leur esprit, leurs connaissances des hommes et des choses, leur éducation, leur honorabilité parfaite et surtout leur attachement aux vrais, principes semblaient les avoir préparés pour le rôle suprême qu'ils allaient remplir. M. Lafontaine, en 1840, avait dû chercher ses alliés à tâtons, et trouver dans une constitution créée pour nous détruire le moyen de nous sauver ; en 1864, les successeurs du grand homme n'eurent qu'à combiner leurs efforts pour augmenter sous un régime nouveau la somme de libertés et de garanties dont il leur avait légué la conservation. Chaque époque produit les hommes
dont elle a besoin, car Dieu veut que toute chose dans la vie des nations soit à sa place ; autrement, les peuples périraient par les fous, les fanatiques et les idéologues, qui sont des fanatiques d'une espèce particulière.
Dans le même temps que le Canada se débattait dans desi luttes stériles de parti et dévorait quatre ministères en moins de deux ans, les Provinces Maritimes souj^eaient à ee rapprocher les unes des autres, non pour échapper à des luttes intestines mais pour simplifier leur administration publique et réduire les dépenses de leurs gouvernements. Dès 1854, la législature de la Nouvelle-Ecosse avait adopté des résoluticJns dans ce sens ; dix ans après, en 1864, le projet fut repris par le Nouveau-Brunswick et l'Ile du Prince- Edouard. Les trois législatures autorisèrent la nomination de cinq délégués chacune qui devaient se réunir en Conférence à Charlottetown, le premier jour de septembre. •C'était une occasion merveilleuse pour le gouvernement canadien de sonder le terrain et de s'assurer des dispositions de ces provinces à l'égard de son projet de confédération ; il la saisit avec empressement et obtint la permission de se faire représenter à la Conférence par sept de ses membres.
Voici la liste des délégués :
Nouvelle-Ecosse. — Hon. Chs Tupper, secrétaire provincial ; Hon. A. W. Henry, procureur général ; Hon. R. B. Dickie ; Hon. J. McCully, membres du Conseil législatif, et Hon. Archibald, M. P. P.
Nouveau-Brunswick. — Hon. S. L. Tilley, secrétaire ; Hon. J. Johnston, procureur général ; Hon. J. H. Cray, M. {P. P. ; Hon. B. Chandler et Hon. W. H. Steeves, membre* du Conseil législatif.
Ile du Prince-Edouard. — Hon. Col. Gray, président du Conseil exécutif ; Hon. E. Palmer, procureur général ; Hon. W. H. Pope, secrétaire provincial ; Hon. H. G. Coles, M. P. P. et Hon. A. A. MacDonald, membre du Conseil législatif.
Canada. — Honorable John A. MacDonald, procureur général du Haut-Canada ; Hon. Georges-Etienne Cartier, procureur général du Bas-Canada ; Hon. A. T. Galt, ministre des finances ; Hon. George Brown, président du Conseil exécutif ; Hon. H. L. Langevin, solliciteur général du Bas-Canada ; Hon. W. McDougall, secrétaire provincial et Hon. T. D. McGee, ministre de l'agriculture. i
Les délégués canadiens furent reçus avec la plus grande courtoisie par les représentants des Provinces Maritimes qui s'empressèrent de les admettre à leurs délibérations. Ils y prirent la parole et surent déployer tant d'habileté qu'au bout de trois jours la Conférence laissa son projet de côté pour s'occuper uniquement de celui des Canadiens. Néanmoins, comme plusieurs délégués avaient quelque répugnance à s'engager, il fut décidé qu'il y aurait à Québec une nouvelle réunion dont la date serait fixée par le gouverneur général. Jjes ministres canadiens, au lieu de revenir immédiatement, partirent pour Halifax où ils furent reçus avec les plus grandes démonstrations d'amitié ; la même réception les attendit à Frédérictown et à St. John. Partout ils créèrent l'impression la plus favorable ; leur éloquence fut très applaudie, et leurs discours, où il n'était question que de la confédération projetée, devinrent le thème favori des discussions de la presse et des hommes politiques de ces importantes capitales.
Le 10 octobre eut lieu à Québec le Conférence générale
des représentants de toutes les provinces anglaises de l'Amérique du Nord ; y assistèrent pour le Canada :
Sir Etienne P. Taché et les honorables Messieurs John A. MacDonald, Georges-Etienne Cartier, George Brown, Galt, A. Campbell, Chapais, Langevin, McGee, Mowat, McDougall et Cockburn.
Pour la Nouvelle-Ecosse : Les honorables Messieurs Tapper, Henry, McCully, Dickie et Archibald.
Pour le Nouveau-Brunswick : Les honorables Messieurs Tilley, Mitchell, Fisher, Steeves, Gray et Johnston.
Pour I'IIq du Prince-Edouard : Les honorables Messieurs Coles, Havilland, Palmer, Col. Gray, MacDonald, Whalen et Pope.
Pour Terreneuve : Les honorables Messieurs Shea et Carter.
-Sir Etienne P. Taehé fut nommé président de la Conférence ; les différents secrétaires provinciaux furent choisis pour secrétaires honoraires, et M, H. Bernard pour secrétaire exécutif.
Le plus grand secret caractérisa les séances, et au bout de seize jours, lorsque la Conférence s'ajourna, tout ce qu'on put savoir c'est que les délégués avaient adopté un projet d'union fédérale qui serait d'abord soumis à l'approbation du gouvernement de Sa Majesté, puis à celle de chaque province en particulier. Cependant, l'opinion se montra si avide de connaître les détails de la nouvelle constitution, la presse surtout insista avec tant d'énergie, que le 12 novembre on dut communiquer au public ce document qui contenait soixante-et-neuf articles.
Le secrétaire d'Etat pour les colonies, M. E. Carswell, accusa réception, le 3 décembre, du projet de Confédération élaboré à la Conférence de Québec ; il félicita au nom de Sa
Majesté tous ceux qui y avaient pris part, et donna les plus grandes louanges à la nouvelle Constitution ; il ne fit de réserves que sur la manière dont se trouvaient réglés l'exercice de la prérogative de grâce et la constitution de la Chambre haute. Il signala principalement l'absence de tout moyen de mettre fin à une collision éventuelle entre les Communes et le Sénat.
Avant la réunion des Chambres, M. Mowat démissionna pour accepter la charge de Vice-Chancelier du Haut-Canada, et M. W. P. Howland entra dans le gouvernement avec le portefeuille de maître général des postes.
La session s'ouvrit le 19 janvier 1865 à Québce, et le gouverneur général annonça qu'il avait convoqué le parlement dans le but de soumettre à son approbation le projet de confédération ; cependant, ajouta-t-il, l'affaire de St- Albans et la fin des travaux du Code Civil du Bas-Canada devront aussi attirer votre attention et recevoir une part de votre sollicitude pour le bien public. <
L'adresse fut adoptée dans une seule séance, mais non sans opposition. M. Dorion, après avoir blâmé la nomination de certains députés à des emplois publics, proposa en amendement au douzième paragraphe du Discours du trône " que le peuple de cette province (Canada-Uni) ne désirait, " ni ne cherchait à créer une nouvelle nationalité. " — Plusieurs députés du Bas-Canada, entre autres MM. BelleiH)se, Joly et Dunkin, prirent la parole ; lorsque l'amendement fut mis aux voix, il ne se trouva que 25 députés pour l'appuyer.
Cette escarmouche ne présageait rien de bon pour l'opposition, et l'on avait hâte d'entendre le gouvernement aborder la discussion du projet de confédération ; mais la Chambre eut à s'occuper tout d'abord d'une question qui
ne souffrait pas de retard. Dans le cours de l'automne précédent, une troupe de 23 individus appartenant à l'armée confédérée avait reçu du gouvernement de Richmond l'autorisation de faire des incursions à main armée dans les Etats du Nord, et de venger ainsi les actes de brigandage commis dans les Etats du Sud par divers corps commandé» par des généraux américains. Le lieutenant B. Young était à leur tête. Ils organisèrent leur complot sur le territoire des Etats-Unis, et un beau jour du mois d'octobi'e, ils se présentèrent subitement à la porte des quelques maison» de banqueté la petite ville de St. Albans, firent main basse sur tout l'argent qu'ils purent trouver, s'emparèrent de chevaux et prirent le chemin de la frontière canadienne qui était proche. Dans ce coup de main d'une hardiesse presque folle et qui fut accompli en moins d'une heure, les soldats sudistes ne blessèrent que ceux qui voulurent leur résister. On conçoit l'excitation immense que cette incursion causa parmi la population des Etats du Nord ; il n'y eut pas un bourg de Yankees qui ne se crût à la veille d'être pillé, brûlé, et massacré par les émissaires de Jefferson Davis. Le gouvernement de Washington fit arrêter treize des raiders et réclama leur extradition en vertu du traité d'Ashburton. En même temps, le général Dix, avec cette bravoure qu'inspire d'ordinaire la force du nombre, lança une espèce d'ordre du jour napoléonien dans lequel il enjoignait de poursuivre les maraudeurs sudistes jusque sur le territoire canadien. Il va de soi que cette sotte proclamation fut aussitôt désavoué à Washington, où l'on se contenta de faire échelonner quelques petits corps d'observation sur la frontière afin de prévenir le retour de pareils accidents. Le gouvernement canadien de son côté fit exercer une surveillance sévère, et tout rentra dans le calme pour le moment. L'en-
quête préliminaire de la cause d'extradition s'institua à Montréal devant le juge Coursol, et le lieutenant Young et ses eompagnons prétendirent n'être coupable d'aucune violation des lois internationales parce que les délits qui leur étaient reprochés n'étaient pas autre chose que des actes de guerre entre pouvoirs belligérants. Sans décider le fond de la question, le juge mit les parties dos à dos pour cause d'in formalités graves dans les procédures, et les prisonniers furent mis en liberté. Les autorités peu satisfaites de ce premier jugement qui au milieu de l'excitation pouvait entraîner des conséquences les plus désastruses, firent arrêter de nouveau les soldats sudistes. Leur procès eut lieu devant le juge Smith qui reconnut aux prisonniers le caractèiH? de belligérants et les fit relâcher. Comme si on eut voulu donner aux Américains une autre et dernière preuve de notre extrême bonne volonté, on fit subir un troisième procès à quelques-uns des malheureux soldats sudistes sur l'accusation d'avoir violé la neutralité du sol anglais. Ils furent acquittés. La demande d'extradition tomba, et le gouvernement de Washington parut satisfait de la justice des arrêts de nos tribunaux. Quant aux propriétaires des banques de St-Albans qui avaient souffert de la maraude des sudistes, ils adressèrent aux autorités canadiennes une demande d'indemnité qui leur fut libéralement accordée.
Cependant, le mécontentement du peuple américain contre le Canada n'en continua pas moins de se manifester dans toutes les occasions possibles, et dans le cours de janvier, le Bénat, à une majorité des trois quarts de ses membres, vota la dénonciation du traité de réciprocité des Etats-Unis avec le Canada. Le président Lincoln, deux mois après, donna avis au gouvernement anglais de l'abrogation de ce traité pour l'année suivante. Justement désireux de ne rien
changer, surtout à ce moment, dans les rapports commerciaux des deux pays, le ministère canadien demanda au gouvernement de la métropole d'intervenir et de négocier un nouveau traité, et après la session, envoya MM. Galt et Howland à Washington afin de prêter main-forte à l'ambassadeur anglais.
Les Américains, qui affectaient de croire que le traité de 1854 ne leur avait été d'aucun profit, élevèrent des prétentions absurdes et poussèrent leurs exigences si loin que les négociations furent rompues de part et d'autre. Ce fut pour nos voisins une manière de nous punir des sympathies que nos journaux français et anglais avaient montrées en difféi^ntes circonstances pour la cause du Sud qui était la plus faible. D'ailleurs, ils ne pardonnaient pas à l'Angleterre de rester neutre. Le Canada, d'un autre côté, était devenu une terre d'asile pour une foule de réfugiés sudistes, et; l'affaire de St-Albans acheva de convaincre les Yankees de nos sentiments d'hostilité à leur égard.
Ce fut au milieu de ce malaise qui pouvait dégénérer eu complications internationales des plus graves que le parlement de Québec ouvrit la discussion des principes et des détails de la nouvelle constitution qui leur était soumise. Les débats commencèrent le 3 février, et ne se terminèrent que le 23 au Conseil législatif, et le 10 mars seulement dans l'Assemblée. La discussion se fit tout le temps en présence de l'orateur ; les députés eurent la faculté de parler autant de fois qu'ils le jugèrent à propos, et les ébats se poursuivirent de jour en jour sans interruption, jusqu'au vote final dans l'une et l'autre Chambre.
Le 17 février, M. Currie proposa dans le Conseil législatif que le projet constitutionnel ne fût pas adopté avant que le peuple n'eût l'occasion d'exprimer son opinion sur la ques-
tion. " La motion fut rejetée par 31 voix contre 19. Le 20, M. Ressor présenta une proposition identique quant au fond ; elle fut également repoussée par 3G voix contre 19.
Dans la Chambre d'Assemblée, les amendements se réduisirent à proposer de soumettre au peuple la nouvelle constitution, à blâmer la disposition qui confirmait le système scolaire séparatiste dans le Haut-Canada, et à demander que la minorité catholique du Haut-Canada à Tégard des écoles fût placée sur le même pied que la minorité protestante du Bas-Canada. La première motion fut présentée 60US trois formes différentes par MM. Dorion, J. H. Cameron et L. H. Holton respectivement, et fut repoussée par 84 voix contre 35, par 79 contre 31, et par 85 contre 20. La proposition de M. Dorion, dans les termes où elle avait été présentée, fut déelai-ée hors d'ordre par l'orateur.
Le Conseil législatif adopta le projet constitutionnel par un vote final de 45 contre 15 ; dans l'Assemblée législative le même vote fut de 91 contre 33. Sur 49 députés canadiens-, français présents, 27 votèrent avec le gouvernement et 22 contre ; la députation du Haut-Canada, à l'exception de onze de ses membres, se déclara en masse pour les changements projetés. Nous transcrivons ici — ad perpetuam reî mcinoriam — la liste de ces deux votes importants ;
Conseil législatif ; pour le projet fédéral :
Les honorables MM. Alexander, Allan, Armand, Belleau, Bennett, Ferguson Blair, Boulton, Bossé, Bull, Burnham, Campbell, Christie, Cravrford, de Beaujeu, Dickson, A. J. Duchesnay, E. H. J. Duchesnay, Dumouchel, Ferrier, Foster, Gingras, Guèvremont, Hamilton (Inkerman), Hamilton (Kingston), Lacoste, Léonard, Leslie, McCrea, McDonald, McMaster, MacPherson, Matheson, Mills, Panet, Price,
494 HISTOIKE DU CANADA
Read, Renaud, Ross, Ryan, Shaw, Skead, Vital et Wilaon.
Contre :
Les honorables MM. Atkins, Archambault, Armstrong, Bureau, Chaffers, Currie, Flint, Letellier de St-Just, Malhiot, Moore, Olivier, Proulx, Ressor, Seymour et Simpson.