C. Alleyn, secrétaire provincial
Pour le Haut-Canada :
John A. MacDonald, procureur général.
P. M. Vankoughnet, commissaire des terres.
Sidney Smith, maître général des postes.
John Ross, président du Conseil exécutif.
George Sherwood, receveur général.
L’opposition prétendit que cette conduite était inconstitutionnelle, et que l’intention de la loi était simplement de faciliter les changements de portefeuilles qui pouvaient devenir nécessaires dans un gouvernement. Le gouverneur général approuva l’interprétation que donnèrent les ministres ; il en fut de même des tribunaux de Toronto de-
vant lesquels l’opposition, la session terminée, avait porté sa contestation. 1 i 1
M. Cartier communiqua à la Chambre le programme de la nouvelle administration dans l’après-midi du 7 août, et donna les explications rendues nécessaires par la manière dont le gouvernement avait entendu l’acte concernant l’indépendance du parlement.
« La politique du gouvernement, dit-il, reste celle qui se trouve énoncée dans le discours du trône. Nous surveillerons avec soin l’opération du nouveau tarif, et nous le modifierons de temps à autre de manière à ne pas nuire à la recette publique ni au crédit de la province, tout en fav orisant l’industrie et les manufactures par un système de droits ad valorem. Le gouvernement se tient pour engagé par le choix qui a été fait de la capitale ; mais, en présence du dernier vote de la Chambre, nous ne ferons pas de dépense avait que le parlement n’ait eu l’occasion de reconsidérer toute la question. Nous étudierons avec tout le soin possible le projet d’une union fédérale des provinces de l’Amérique britannique du Nord, et nous allons sur-lechamp nous mettre en communication avec le gouvernement impérial à ce sujet. Nous en ferons connaître le résultat à la Chambre, lors de la prochaine session. Le cabinet se propose en outre pendant la vacance d'instituer une enquête sur l’organisation et le fonctionnement des divers départements du service public, et nous appliquerons les réformes qui nous paraîtront les plus propres à assurer l’économie et l’efficacité dans cette partie importante de l’administration. ”
M. Cauclion attaqua les ministres avec la dernière violence et qualifia de subterfuge le procédé par lequel ils avaient éludé l’obligation constitutionnelle de se soumettre à une nouvelle élection. M. Wallbridge proposa un vote
de censure ; sur une Chambre composée de 4G membres, le cabinet fut appuyé par 32 voix contre 14.
Le IG août, la prorogation vint clore une session qui durait depuis six mois et qui, on vient de le voir, avait été remarquable par plusieurs événements d’une gravité exceptionnelle. Les esprits les plus sérieux restèrent surtout frappés de la nécessité de rechercher dans un changement constitutionnel le moyen de sortir de la crise où M. Brown avait plongé le pays par son agitation. Cet homme néfaste avait réussi à ameuter une province contre l’autre au point de rendre précaire l’existence des meilleurs gouvernements et de mettre en danger le fruit de dix-huit années d’efforts et de commune entente. MM. Cartier et Mac- Donald ne se firent pas la moindre illusion sur la tâche immense qu’ils acceptaient en reprenant leurs portefeuilles, et les historiens de la vie cle M. MacDonald racontent que ce ne fut qu'aux sollicitations pressantes et réitérées de son parti qu'il consentit à devenir le collègue de Cartier. Il s’agissait pour celui-ci de sauver l’œuvre de M. Lafontaine et de veiller avec un soin jaloux à ce que, dans tout changement constitutionnel, les immunités, droits et libertés de sa nation fussent entourés de toutes les garanties qu’avait si péniblement conquises son illustre chef.
Pendant la vacance des Chambres, MM. Cartier, Galt et Ross passèrent en Angleterre pour conférer avec le gouvernement impérial du projet d'une union fédérale de toutes les provinces. Ils furent accueillis avec la plus grande faveur. Dans une dépêche restée célèbre, ils exposèrent aux ministres anglais la situation difficile dans laquelle se trouvaient les provinces unies ; ils recommandèrent d’y remédier par une Confédération de toutes les provinces angloaméricaines, et finirent en demandant d’autoriser une réunion préliminaire de délégués des diverses provinces pour
étudier la question. Le secrétaire des colonies entra aussitôt en correspondance avec les provinces maritimes, mais sa proposition fut reçue avec froideur ; les choses traînèrent en longueur, et le projet dut être abandonné pour le moment, quitte à être repris plus tard. Pendant leur séjour en Angleterre les ministres canadiens s’occupèrent de la construction du chemin de fer interprovincial, et s’abouchèrent avec les délégués du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Ecosse que cette mesure avait amenés à Londres. Le résultat fut des plus satisfaisants, mais le gouvernement impérial n’ayant pu subsidier l’en t reprise dans les proportions voulues, ce projet dut, lui aussi, être ajourné à une époque ultérieure.
M. Cartier fut pendant son séjour en Angleterre l’objet des prévenances les plus distinguées de la part de la Reine ; Sa Majesté l’invita, au Château de Windsor. A son tour, il crut devoir solliciter de Sa Majesté, au nom du Canada, l'auguste faveur d’une visite à l’occasion de l’inauguration du pont Victoria. La Reine répondit que probablement des raisons d’Etat l’empêcheraient d’avoir ce plaisir, mais qu’elle enverrait un des princes de sa famille assister à la cérémonie.
Vers les fêtes de Noël, M. L. W. Sicotte se retira du cabinet par suite d’un dissentiment entre lui et le premier ministre sur l’éternelle et fatale question de la capitale. M. Cartier et ses collègues avaient décidé de s’en tenir au choix fait par Sa Majesté, et M. Sicotte prétendait que le vote de la Chambre passait avant toute autre considération, et que la majorité devait gouverner. Il appartenait au parlement seul de résoudre la question. Quoique d’accord avec ses collègues sur toutes les autres questions, M. Sicotte démissionna, et devint bientôt le centre d’un petit groupe de députés mécontents et de libéraux modérés.