D AVAUGOUR
pas plutôt fait cette démarche, qu'ils s'en repentirent ; mais les Agniers les avaient pris au mot, et se mirent en mesure de les obliger à tenir leur parole. Ils commencèrent par lâcher contre eux plusieurs partis, qui massacrèrent ou enlevèrent tous ceux qui s'écartaient dans la campagne, et, quand ils crurent que ces hostilités les avaient i*endus plus traitables, ils envoûtèrent à Québec trente députés pour les emmener. L'expérience du passé et la conduite des Iroquois jeta les Hurons dans une grande perplexité : les ims déclarèrent qu'ils ne voulaient point quitter les Français ; d'autres résolurent de se donner aux Onnontagués, avec lesquels ils avaient déjà pris une espèce d'engagement ; enfin la tribu de l'Ours tint parole, et se donna aux Agniers ; celle du Eocher partit avec les Onnontagués. Les uns et les autres ne tardèrent pas à s'en repentir ; ils furent presque tous impitoyablement massacrés.
CHAPITEE IX.
Mgr de Laval premier évêque de la Xouvelle-France — L'abbé de Queylus — Dévouement de Dollard et de ses compagnor.s — Le baron d'Avaugour remplace le vicomte d'Argcnson — Difficultés au sujet de la traite de l'eau-dc-vic — Le baron d'Avaugour rappelé en France ; sa mort.
135. Les missionnaires, persuadés que la présence d'un supérieur ecclésiastique revétti; d'un caractère plus imposant, était devenu nécessaire pour remédier à certains désordres qui commençaient à s'introduire dans la colonie, demandèrent à la cour qu'on y envoyât un évêque, et proposèrent François de Laval (1), abbé de Montigny, qui avait été sacré
(1) Mgr François-Xavier de Laval-Montmorency, abbé de Mcntign}', naquit à Laval, dans le diocèse de Chartres, le 30 avril 1023. (Esquisse de la vie de i\Igr. de Laval). Il fut sacré évcquc de Pctréo in, pnrtibus (Hetra en Arabie), à l'âge de 36 ans, dans l'église de l'abbaye de Saint-Gcrmain-dcs-Prés à Pari?, parle nrnco du p.ipc, le 8 décembre 1GÔ8, jour de l'Immaculée Conception Co la irainto Vierge, qu'il choisit pour la patronne de sa cathédrale.
SO d'avaugour. [ICCO
ôvCqiio titulaire do Pétrco, le 8 dcccmlro de l'iiiv.K'o pi-v-'ccdciit-e, et pourvu par le souverain pontiib d'un tref de vicaire apostolique. Il débarqua à Québec le (3 juin 1G59, accompagne du P. Jt r, me Laleniant, qui, apros la dispersion des Iluron.s, ttait passé eu Prance ])0ur représenter aux Cent- Associes les be£oin;3 -du pays. Le prélat amenait encore plusieur;; ecclésiastiques, qui furent mis en possession des cures, dont les jésuites jusqu'alors avaient été charger, 2)arce qu'ils étaient seuls prêtres dans la Kouvelle- France, si l'on excepte pourtant l'île de Montréal qui était desservie par les 3IM. du séminaire de Saint- Sulpice de Paris.
130. Plusieurs années auparavant, l'abbé de Qucylu::5 était venu à Québec, avec des lettres de grand vicaire <lc Pouen ; mais comme la juridiction de ce prélat sur la Xouvelle-France n'était fondée sur aucun titre, et que les évoques de Nantes et de La Eoclielle avaient les mêmes prétentions que lui, l'abbé de Queylus no fut point reconnu en qualité de grand vicaire, et s'en retourna en France. En 1657, il était revenu iivec plusieurs autres prêtres de Saint-Sulpice, que la hociéte de Montréal envoyait pour travailler à la conversion des sauvages et à l'instruction des français. Les Sulpiciens songèrent alors à lui procurer lin hôpital, et ils furent assez heureux pour engager plusieui's personnes dans ce pieux dessein. Madame de Pal lion donna 42,000 livres, et M. de la Dauversièrc y consacra une partie de ses biens. Ce fut Mademoiselle Mance qui reçut les hospitalières à Montréal, et, tant qu'elle vécut, elle voulut être •chargée de l'administration du temporel de leur
maison
137. Au printemps de 1660, la colonie déjà si faible, jTut încnaeée d'une destruction complète, et ne dut son t-alut qu'à la bravoure de Pollard et de ses seize ^compagnons. Les Onnontagués, n'ayant pas réussi à surprendre la petite colonie qui s'était établie chez vcux en 1G5G, avaient soulevé successivement tous les •cantons contre les Français, et formé une armée do
lOCÎj D'AVAUGOUn. 81
cents liommc.', à laquelle devait encore se réunir un parti de deux cents guerriei-3 occupés à la chasse sur rOutaouais. Nos dix-sept bravos montréalais, après .s'èlrc disposés à la mort, et s'être juré les uns aux autres de se soutenir tidéleinent, sans jamais demander 'Quartier, allèrent attendre les chasseurs iroquois au-dessous du saut de la Chaudière. L:i, ils eui-ent à 2>eine le temps de réparer grossièrement un méchant ])ctit fort, fermé de palissades à demi pourries, et de s'y enfermer à la hâte. L'on vit bientôt défiler les chasseurs onnontagués, la hache de guerre à la ceinture, les fusils rangés sur l'avant de leurs canots, ]>rv>ts à l'attaque ou à la défense. Pendant sept jours, cette poignée de braves, tourmentés par la faim, l'insomnie et le froid, soutinrent vigoureusement les assauts répétés des deux cents iroquois. Dans l'intervalle, le gros de l'armée enneinie, campée au-dessous de Montréal, eut le temps de venir au secours des i\ssiégeants. Cependant, les français continuèrent à se défondre si bien, que les Iroquois se persuadèrent qu'ils étaient en plus grand nombre qu'on ne l'avait cru. et ils étaient sur le point de lever le siège ; lorsque les hurons eurent la lâcheté de se rendre à l'ennemi, pour avoir la vie sauve. Cette défection, tout en réduisant le nombre des assiégés, eut encore le mauvais elFet de faire connaître aux Iroquois l'extrémité où ils étaient réduits. Honteux de voir une armée tout entière arrêtée par quelques hommes, les ennemis résolurent de faire un suprême effort, et vinrent à bout d'emporter la place. Dollard et ses compagnons furent tués dans le combat, ainsi que le brave Anahotaha, chef des Hurons. Les vainqueurs restèrent stupéfaits de la résistance que leur avaient opposée «ces quelques français, dans un si méchant retranchement, sans nourriture et sans eau, avec si peu de munitions de guerre ; aussi, l'armée iroquoise renonça iiu projet d'attaquer Québec.
137. En 1661, le baron d'Avaugour arriva de France pour relever le vicomte d'Argenson, auquel sa mauvaise santé, le pou de secours qu'il recevait de la
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compagnie dos Cont-Associés, et les chagrins particuliers que de mauvais esprits ne cessaient de lui causer, avaient fait demander son rappel avant le temps.
loS. Le nouveau gouverneur fat bien étonné de se voir chargé d'une colonie aussi délabrée. Cependant, ajjrès avoir visité tous les postes, il fut charmé des beautés et des richesses naturelles du Canada. Ce généraKet tout ce qu'il y avait de personnes en place dans le pays, écrivirent au roi, et le supplièrent de prendre sous sa protection une colonie abandonnée et réduite aux derniers abois. Ils avaient chargé do leurs mémoires le sieur Pierre Boucher, qui commandait aux Trois-Rivières. On espérait beaucou]) du zèle de cet officier, qui connaissait le Canada mieux que personne, et que sa vertu rendait propre à se faire écouter favorablement du prince. En elïet Louis Xiy le reçut très-bien, nomma M. Dumont commissaire pour faire la visite de la colonie et y intimer ses ordres, et commanda qu'on y envoyât incessamment quatre cents hommes de ses troupes, pour y renforcer les garnisons des postes les plus exposés. Le commissaire s'embarqua à LaEochelle, dès que la navigation fut libre. Chemin faisant, il prit possession au nom du roi du fort de Plaisance, dans l'ilo do Terre-Neuve. Son arrivée à Québec y causa une grande joie et par les secours présents qu'il y amenait, et par l'espérance qu'il donna que l'année suivante il en viendrait do plus considérables encore.
139. Le baron d'Avaugour était un homme de résolution et d'une grande droiture ; mais il s'en piquait trop, et la raideur de son caractère lui attira bien des chagrins qu'un peu de douceur lui aurait épargnés. De tout temps, il y avait eu défense rigoureuse de vendre aux sauvages des boissons fortes, et le baron lui-même avait prohibé cet abus sous les peines les plus eévèros. Un jour, une femme de Québec, ayant vendu de rcau-de-vie à des sauvages en contravention à ses ordonnances, , fat sur le champ jetée en prison. Le P. Lalemant, à H prière de:
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parents ou des amis de cette femme, crut pouvoir sans conséquence intercéder pour elle. Le gouverneuj', reçut le Père très-brusquement, et répondit que, puisque la traite do l'cau-de-vie n'était pas une faute punissable pour cette femme, elle ne le serait désormais pour personne. Ce qu'il y eut de plus fiicheux, c'est qu'il se fit un point d'honneur de ne point rétracter une parole aussi indiscrète. Tout le monde en fut instruit, et le désordre alla si loin, que bientôt on n'écouta plus ni évéque, ni prédicateur^\, ni confesseurs, et que les foudres mêmes de l'église ne suflSrent -pas pour arrêter le mal.
140. L'évèque de Pétrée, voyant son zèle inutile et son autorité méprisée, prit le parti d'aller porter ses plaintes au pied du trône. A peine était-il parti pour la France, que le ciel sembla prendre en main hi défense du prélat et de son clergé. A Québec et k Montréal, des phénomènes étranges, que la peur et la crédulité exagéra sans doute, jetèrent les habitants dans la consternation. Un tremblement de terre, qui dura depuis le 5 février jusque vers le milieu de mars, .se fit sentir par tout le pays avec une violence dont on Ti^avait point eu d'exemples. La merveille fut que, dans un si étrange bouleversement de la nature, qui dura plus de six mois, non-seulement personne no périt, mais les conversions les plus étonnantes s'opérèrent, les ennemis cessèrent de se poursuivre, et, pendant quelque temps, il ne fut plus question de cet odieux trafic qui avait été la source de tout le mal. Monseigneur de Laval plaida si bien sa cause auprès du roi, qu'il obtint tous les pouvoirs qu'il désirait relativement au commerce de l'eau-de-vie, et «ut même assez d'influence pour faire rappeler le gouverneur. De retour en France, le baron d'Avaugour présenta au roi un mémoire dans lequel il recommandait de fortifier Québec, qu'il regardait comme la pierre fondamentale de la colonisation fran- •çaise en Amérique, et d'y envoyer trois mille soldats choisis, qui fussent en même temps pro2)res à la culture des terres. Bientôt après, il passa avec la
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permission du roi, au service de l'empereur d' Autriche^ et mourut honorablement l'année suivante (1G64), en défendant le fort de Serin, sur les frontières de la Croatie.
TROISIÈME ÉPOQIE
DEPUIS L'ÉTABLlSSEMEr\T DU CONSEIL SUPÉRIEUR JUSQU'.V LA CONQUÊTE (1603-1760.)
CHAPITEE PEEMIER
La compagnie de la Nouvelle-France remet le Canada entre les mains du roi — Formation du conseil supérieur — Le séminaire de Saint- Sulpice remplace la société de Montréal — Fondation du séminaire de Québec — Dîmes — M. de Mésy ; ses difficultés avea Mgr, de Laval ; son rappel — Mission du marquis de Tracy — Forts de Sorel, de Chambly et de Sainte-Thérèse — M. de Tracy retourne en France — Compagnie des Indes Occidentales.
141. L'année 1663 ouvre une nouvelle ère pour le Canada. La compagnie desCeiit-Associés, qui n'avait plus que quarante-cinq mem-bres, se sentant moins que jamais capable de remplir ses obligations, remit au roi ses privilèges et son domaine le 24 février 1663^ Le sieur Gaudais, commissaire royal, vint prendre possession, au nom du roi, de toute la Nouvelle-^ France, recevoir le serment de fidélité des habitants,, et régler la police et les fonctions judiciaires ; les mêmes vaisseaux portaient encore le nouveau gouverneur M. de Mésy, et Mgr de Laval, plusieurs officiers de guerre et de justice, avec des troupes, et une centaine de familles qui venaient peu2:)ler le pays.
142. Jusqu'en 1663, le Canada n'avait point de cour do justice souveraine et indépendante. Il y avait bien eu, depuis 1640, un grand sénéchal, et aux Trois-Eivières une juridiction qui ressortissait au tribunal de ce fonctionnaire ; mais les gouverneurs généraux s'étaient maintenus en possession de rendre la justice, quand on avait recours à eux, ce qui arrivait souvent. Dans les grandes affaires, ils avaient une espèce de
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conseil composé du grand sénéclial, du premier supérieur ecclésiastique et de quelques-uns des principaux habitants. Mais ce conseil n'était pas permanent ; lo gouverne ui* l'établissait, le changeait ou le continuait, comme il jugeait à propos. Le haut commissaire Gaudais fit créer un conseil fixe, composé du gou- Tcrneur, de Tévèque, de l'intendant, qui en était le président d'ofiice, d'un procureur général, d'un greffier en chef et de quatre conseillers, nommés par le gouverneur, l'évèque et l'intendant. M. Gaudais établit ■en même temps trois cours de justice subalternes à ■Qm ijcc, à Montréal et aux Trois-Eivières. Plus tard, le conseil se composa de douze membres. Ses déciisions, qui devaient être conformes à la coutume de Paris et aux édits et ordonnances du royaume, enregistrées à Québec, forment une 2:)artie considérable des lois qui jusqu'à présent ont dirigé nos cours civiles.
1-43. Des changements également importants dans l'administration religieuse du pays, signalent le commencement de cette année 1663 : le 9 de mars, la société de Montréal substitue à sa place les ecclésiastiques du séminaire de Saint-Sulpice de Paris, qui depuis six ans étaient établis à Montréal ; et, au mois d'avril, le roi accorde à Mgr de Laval des lettres patentes qui permettent l'érection d'un séminaire à Québec.
144. Comme le séminaire devait alors pourvoir aux cures^ le prélat obtint que les dîmes fussent payées aux directeurs de cette maison, et les fit taxer au treizième ; mais, à cause de la pauvreté des colons, le conseil supérieur décréta (1667) qu'elles ne-^eraieiit livrées qu'au vingt-sixième, qu'elles seraient payées en grain, et que les terres nouvellement défrichéjcs ne payeraient rien les cinq premières années. i
M5. Quoique M. de Mésy eût été demandé an roi -par révoque lui-même, qui connaissait sa piété, -à peine fut-il en place, qu'il parut un tout, autre homme, et se laissa abuser comme son prédécesseur. On lui rendit suspect le clergé 'it révèque,/jiiï^il,î^\^i,ti jusqi^-