‹ Histoire du Canada à l'usage des maisons d'éducationChapitre 22 sur 59 · DE LAUSON. [1G · texte numérisé non relu

DE LAUSON. [1G

bourgades ; enfin il partit pour Québec avec un député du canton, qui était chargé de présents pour le gouverneur général et pour le supérieur des missions. Quelque expérience qu'on eût de la légèreté et de la j^erfidie des Iroquois, on osa se flatter cette fois que la paix serait durable, parce qu'ils en faisaient les avances dans un temps où ils n'avaient rien à craindre de la part des Français. L'année suivante, le P. le Moyne fut envoyé à Onnontagué, pour y ratifier le traité au nom du gouverneur général, et tout s'y passa avec beaucoup de satisfaction de part et d'autre.

129. Le canton d'Agnié était le plus proche do la Îs'ouvelle-York ; et, en tirant à l'occident, on trouvait successivement les quatre autres cantons d'Onneyout, d' Onnontagué, de Goyogouin et de Tsonnontouan ; c'est ce qui leur fit donner le nom de cantons supérieurs. Les jalousies et les intérêts privés mirent bientôt la division entre ceux-ci et le canton d'Agnié. Tant que la guerre avait duré, toute la nation n'avait trafiqué qu'avec les Hollandais ; ce qui déplaisait fort aux cantons sujiérieurs, i)arce que le chemin qu'ils étaient obligés de faire pour aller à Orange (Albany) était fort long, et qu'il leur fallait passer par les terres des Agniers, qui j)ar là les tenaient dans une esi^èce de dépendance ; outre que ceux-ci, appuyés du voisinage des Hollandais, étaient en état de donner la loi à tout le pays. La paix, en ouvrant le commerce entre les Français et les cantons supérieurs, enlevait donc tous ces avantages aux Agniers, et il n'est pas surprenant qu'ils aient été les derniers à conclure le traité, et les premiers à le rompre. Aussi, ils ne cessaient de faire des courses dans tout les pays, et descendirent même jusqu'aux environs de Québec. Un matin, avant le lever du soleil, ils tombèrent sur une troupe de quatre-vingt-dix hurons de tout âge et de tout sexe, qui s'étaient retirés dans l'île d'Orléans, en tuèrctit six, lièrent les autres, les embarquèrent dans leurs canots, passèrent fièrement devant Québec, firent chanter leurs prisonniers

1G58] vu ClIARNY — D'AIf.LEBOUST. IT

vis-à-vis du fort, comme pour défior le gouverneur, gcnéi*al, auquel il n'était guère possible de leur dounei^ la chasse, les conduisirent jusque dans leur village, où ils brûlèrent les principaux, et retinrent les autres dans une dure captivité.

130. M. de Lauson comprenait plus que jamaig l'embarras de sa position. Arrivé à sa soixantetreizième année, il fallait commander à des soldat.* ou à des colons toujours sous les armes, lui qui n'avait jamais été homme de guerre. La dispersion de la nation huronnc avait tari une source de revenu considérable ; les incursions de plus en plus menaçantes des Iroquois continuaient à paralyser la traite des pelleteries, et occasionnaient tous les jours de nouvelles dépenses : de manière que le gouverneur, malgré la réserve qu'il s'était faite de la ferme de Tadoussac, c'est-à-dire, de la traite qui se faisait en ces quartiers, se vit encore dans la nécessité de cesser de payer à la compagnie de la ]Srouvelle-France les mille livres de castor qu'elle s'était réservées en remettant la traite à la communauté des habitants. Il'prit donc le parti de repasser en France dans l'été de 1G5G, et, comme la seconde période triennale de son gouvernement ne finissait qu'en 1657, il nomma, pour tenir sa place, son fils M. de Charny, attaché au pays par les terres qu'il y possédait, et par son mariage avec Mademoiselle Gitfard, fille du seigneur de Beauport. Cependant, son épouse étant morte dans l'automne suivant, M. de Charny fit ses préparatifs pour aller rejoindre son père dans l'été de 1657, et nomma M. d'Ailleboust, pour commander dans la colonie jusqu'à l'arrivée du nouveau gouverneur.

131. Le vicomte d'Argenson, avait reçu sa nomination le 26 janvier 1657 ; mais le vaisseau qui le portait fut contraint de relâcher deux fois en Irlande, et l'on apprit à Québec que l'on ne devait l'attendre que pour l'année suivante.

132. ^[. do Maisonneuve, plus heureux que le gouverneur, fit une travei'sée assez prompte, et amena ave:- lui une nouvelle recrue d'ouvriers évangéliques.

^S d'argknson. [1658

Depuis sa fondation, Montréal avait été desservi par les Jésuites, occupés spécialement aux travaux des missions. Cette année (1657), M. Olier, qui lui-même avait eu le désir de passer au Canada, nomma pour la mission de Yille-Marie quatre ecclésiastiques de sa -communauté : Messieurs Gabriel de Queylus, abbé de Loc-Dieu, Souart, Galinier, prêtres, et Ballet, ecclésiastique.

133. M. d'Argenson arriva enfin à Québec le 11 juillet 1658. M. d'Ailleboust le reçut avec tous les honneurs dus à son rang, et se retira à Montréal, -OÙ il mourut en 1660 (1). Dos le lendemain do son arrivée, on vint avertir le nouveau gouverneur que des algonquins avaient été massacrés par les Iroquois, sous le canon du fort. Il détacha immédiatement deux cents hommes pour courir après ces barbares ; mais ils ne purent les joindre. Peu de temps après, des agniers s'approchèrent des Troi^- Hivières, dans le dessein de surprendre ce poste, et pour y mieux réussir, ils détachèrent huit hommes, •qui, sous prétexte de parlementer, avaient ordre de bien observer la place ; mais M. de la Potheric, qui y commandait, en retint un dans ses prisons, et envoya les autres au gouverneur général, qui en fit bonne justice. Ce coup de vigueur eut tout le succès qu'on en pouvait espérer, et procura à la colonie quelques moments de repos, dont les missionnaires profitèrent pour commencer leurs courses apostoliques dans le nord jusqu'à la baie d'IIudson.

134. Les Hurons, ne se croyant plus en sûreté <lans l'ile d'Orléans, se réfugièrent sous le fort de Québec (1658). Dans un moment de dépit d'avoir été abandonnés des Français, ils avaient secrètement proposé aux Agniers de les recevoir dans leur canton, pour ne plus faire qu'un peuple avec eux. Ils n'eurent

(1) M. d'Ailleboust mourut au commencement do juin ICOO, sans laisser d'enfants. Son neveu, Charles d'Ailleboust do Coul ngc, qu'il regardait comme son fils, se maria dans le pays, et eut une nombreuse rfamille, dont plusieurs membres ?e sont disiingu^'S et sur terre et sur mer.

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