‹ Histoire du Canada, de son église et de ses missions [microforme] (volume 2)Chapitre 1 sur 48 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

DEPUIS LA PROCLAMATION DE LA PAIX JUSQU A LA CONSECRATION DE f

MARIAUCHEAU D'ESGLIS, COADJUTEUR DE QUÉBEC, EN 4772

Fausse magnanimité de l'Angleterre. Voyage de l'abbé Briand, vicaire capitulaire du diocèse de Québec, à Londres. Ses souffrances dans cette ville. Son voyage à Paris. Il y est consacré septième évéque de Québec (1766). Le ministère anglais refuse de lui reconnaitre ce titre. Il revient en Canada. Joie que cause son retour. Ses ménagements pour les vainqueurs. Gruauté des Anglais envers les Acadiens français de l’île Saint-Jean. Représailles des Sauvages Micmacks. Le gouverneur d'Halifax supplie l'abbé Maillard de les apaiser. Mort éditiante de l'abbé Maillard, et ses obsèques à Halifax (1768). Premiers prêtres anglais et irlandais en Canada (1767). Négociations de l'abbé Briand, évêque de Québec, pour obtenir un coadjuteur. Faiblesse du clergé. Élection de Mariaucheau d’Esglis pour coadjuteur de Québec. Pauvreté de ce choix, Sa consécration (4772.

La paix ayant été proclamée en Canado. l'abbé Briand, grand-vicaire capitulaire et administ: ateur du diocèse durant la vacance, donna à cette occasion un mandement pour ordonner un Te Deum afin de remercier Dieu dans toutes les églises du bienfait de la paix, et d'engager le peuple à se soumettre partout avec confiance au nouveau gouvernement (4 mai 1763).

: « Cet événement, dit un auteur canadien moderne, IT 1

» occasionna Pémigration de mille ou douze cents » Français où Canadiens. Cette diminution de la po »pulation canadienne était d'autant plus à regretter, » qu'elle avait lieu dans la classe élevée, la seule alors, » à peu d’exceptions près, où il y eût des talents dé- » veloppés et des connaissances acquises. Le change- » inent désastreux qui s'opéra sous le rapport des » arts et des sciences se fit sentir longtemps dans » le pays !. » On peut dire, sans craindre de se trom per, qu'il s’y fait sentir encore aujourd’hui. En effet, c’est avec la conquête que lon voit commencer cette altération dans le caractère des Français du Canada, qui finit par n’en être plus que l’ombre. La timidité, la défiance et l’indécision, marques distinctives d’un peuple vaincu, apparaissent; et ceci surtout devient remarquable dans le clergé et dans la noblesse, classes qui avaient le plus à craindre de la part du vainqueur. On voit chez eux de grands égards pour le gouvernement et les magistrats britanniques; mais ces égards sont forcés, et l’antipathie pour les Anglais paraît bien plus qu’ils ne se l’imaginent où qu’ils ne voudraient réellement le montrer. A l’appui de ces paroles, voici ce qu'écrivait en 1838 un homme d'Etat distingué, à son retour du Canada, dont il avait été gouverneur-général * : « Des circons- » tances d'une nature particulière, disait lord Dur-

\ Bibaud, Histoire du Canada, Montréal, 1842,

? Rapport de lord Durham, haut-commissaire de Sa Majesté, ete., sur les affaires des possessions britanniques de l'Amérique du Nord, Première partie,

cent:

la po

‘etter, alors, ats déangert des s dans : tromi effet.

r cette u Care. La s (list ceci t dans dre de prands s brintipal'imatrer.

11838 nada, r'COns-

Dur-

., sur les partie,

ham, exclurent, dès le commencement, les Canadiens français du pouvoir, et mirent les emplois lucratifs et de confiance aux mains d'une foule d’étrangers venus de la Grande - Bretagne. Les mêmes encore remplirent toutes les hautes fonctions judiciaires. Les fonctionnaires civils, avec les officiers de l’armée, formerent une espèce de classe privilégiée qui occupa le premier rang dans la société. Elle en exclut la portion la plus distinguée des Canadiens français, et en même temps les écarta du gouvernement de leur propre pays. Ce n'est que depuis peu d'années, ainsi que me l'ont assuré des personnes qui connaissent parfaitement le pays, que cette classe de fonctionnaires civils et militaires a cessé de prendre envers la haute société canadienne ce ton et ces airs exclusifs, plus révoltants pour un peuple remarquable par sa politesse et sa susceptibllité que le monopole du pouvoir et du lucre. Et encore ce favoritisme national] n’a-t-il pris fin qu’après que des plaintes fréquentes et des débats haïneux eurent allumé des passions que des concessions n'ont pu éteindre. Les races étaient devenues ennemies, lorsqu'une justice trop tardive avait été obtenue par la force. Et même, depuis, le gouvernement a trouvé le moyen d'exercer son patronage envers les Canadiens d’une manière aussi offensante pour eux que leur précédente exclusion. »

Or, la même année que lord Durham adressait ces

paroles à la reine d'Angleterre, un Anglais historien

du Canada publiait à Londres les paroles suivantes : « Liberté civile et religieuse fut accordée aux Cana- » diens ; et, selon les paroles de l’auteur des Annales » politiques du Canada, — aucune histoire antérieure » ne peut offrir un si grand exemple de grandeur » d'âme et de générosité de la part d’un vainqueur » envers un peuple vainou : la Grande - Bretagne ou- » vrant ainsi une ère nouvelle dans les guerres du » monde civilisé, et forçant l'univers à lui donner la » palme pour avoir su conquérir un peuple moins » dans l'intérêt de son ambition et pour le soin de » pourvoir à la sûreté de ses autres colonies que dans » l'espoir d'améliorer la situation des vaincus et de » les faire jouir des droits de la liberté humaine *. »

Paroles pompeuses, mensonges brillants, comme ceux que l'Angleterre est habituée à jeter au monde, et que démentent si cruellement les faits. Car, outre l'exclusion où elle tint les Canadiens de toute part dans l'administration de leur pays, durant les longues années qui s'écoulèrent entre la conquête et l'époque moderne, en laissant entre les mains d’'Anglais seulement, et sonxvent sortis des classes les plus viles de leur pays, le monopole de l’autorité civile de la colonie, les nouveaux venus qui se constituaient leurs magistrats ajoutèrent encore l’insulte à l'exclusion, en niant aux Canadiens leurs droits comme sujets britanniques, reconnus par le traité de cession, et en

Ü Montgommery-Martin, Hist. of Canada, in his British Colonies. London, 183$.

ites :

‘ananales ieure \deur jueur Le oùuss du er la noins in de dans et de p 1 mme onde, outre part igues Joque seulees de cololeurs sion, ujets t en

les regardant comme incapables de toute fonction, precisément à cause de leur titre deCatholiques. Un tel état de choses était si évidemment injuste et contraire au traité de Paris, que, par mandement de l'abbé Briand, en sa qualité d'administrateur du diocèse, un appel fut fait aux fidèles dans toutes les églises du Canada, qui les engageait à contribuer chacun selon ses moyens à une levée de fonds nécessaire pour envoyer une députation à Londres afin d'y demander l'octroi des libertés garanties par le traité fait avec la France *. C’est apparemment à la suite de leur pétition, qui fut déposée au pied du trône, que les lords du commerce envoyèrent la question suivante à l’attorney-général, sir Fletcher Norton, et au solliciteur - général, sir William de Grey : « Les sujets catholiques romains » de Sa Majesté résidant dans les pays cédés à Sa » Majesté en Amérique par le traité de Paris, ne » sont-ils pas soumis, dans ces colonies, aux incapa- » cités et pénalités auxquelles les cathoïïques romains » sont soumis par les lois dans ce royaume ? »

À cette question si grave pour le Canada, mais qu'on aurait dû considérer comme vaine et ridicule en Angleterre, si la justice y eût régné, puisqu'elle était toute décidée par la capitulation de Montréal et le traité de Paris, les deux personnages ci-dessus mentionnés répondirent, à la date du 10 juin 1765 :

— « [ls ne le sont pas '. »

l'Archives de l'archevéche de Quéher.

Ainsi, deux ans après le traité qui cédait le Canada à l'Angleterre, et par lequel la couronne britannique garantissait aux Canadiens le libre exercice de la Religion Catholique, on était encore à se demander à Londres si les Canadiens n'étaient pas soumis aux pénalités et incapacités qui pesèrent si longtemps sur les sujets catholiques des Trois-Royaumes.

Ce dut être un sujet de réflexions bien pénible pour les députés du Canada lorsqu'ils se virent forcés de s’en retourner dans leurs foyers sans autre réponse

| que celle que nous avons citée et l’espoir incertain | d'un avenir meilleur, destiné peut-être à ne Jamais se réaliser.

Olivier Briand, administrateur du diocèse de Québec, était alors lui-même à Londres, où il était arrivé avec des lettres de recommandation du général Mur-

ray, gouverneur du Canada. Depuis la mort de Pont- P briand, c'était sur l'abbé Briand que s'étaient réunis P les suffrages du clergé et de la noblesse française du d Canada, qui à force d’instances avaient obtenu de lui | (] qu’il demandât des lettres à M. Murray pour se rendre i p à Londres afin de solliciter du cabinet britannique : te la permission de demander à Rome l'institution de n l'évêché de Québec. C’était une faute, mais qui se con- | el coit facilement à une époque où les idées d’une juste ci et sage indépendance, mais d’une indépendance véri- il table, telle que devait être celle de l’Église du Canada, di

! The justice and policy of the late Act of Parliament, ete., for Quelec, asscrled and proved, London, 4774. de vé4

Lada ique , Re- Lon- Éénar les

pour s de JoNse rtain is Se

rrive Tur- Pontunis e du e lui ndre ique n de conjuste vériadla,

de toute puissance temporelle, étaient si pen comprises.

D'après le craité de paix, toute liberté étant garantie à la Religion Catholique, Briand aurait dû se rendre en Europe sans consulter le gouvernement , se faire sacrer évêque après avoir obtenu ses bulles du Souve- ‘ain-Pontife, et retourner dans son diocèse. Mais personne ne songeait alors à faire l'application du principe constaté dans le traité. Briand s’adressa donc tout simplement au gouverneur, et, cédant au vœu de tous, s’embarqua au mois d'octobre 1764. Il arriva à Londres au mois de décembre suivant, et remit au ministère les lettres du général Murray. Celui-ci avait parfaitement senti que, pour perpétuer le clergé du Canada, il fallait lui donner un évêque. Refuser à l'abbé Briand les lettres qu'il lui demandait, c'était peut-être le forcer à tirer lui-même la conséquence du principe posé dans le traité, et à laisser entièrement de côté le gouvernement dans cette affaire importante ; ou bien, s’il empêchait les Canadiens de se donner un premier pasteur, c'était exposer les Anglais à se rendre tout-à-fait odieux à la population française, qui ne manquerait pas de trouver le moyen de faire passer en France ou dans quelque autre pays catholique les candidats proposés pour le sacerdoce; ce qui les aurait mis inévitablement jusqu'à un certain degré dans la dépendance d’une puissance étrangère !. Or, c'étaient

Ü The justier, ete. — Lettres de M. Murras à M. Briand, Archives de l'arche vêché de Québec

CNT Pa] RCE PES al

la des alternatives également désagréables et qu'ir fallait éloigner à tout prix.

Malgré la sagesse politique du plan proposé par le gouverneur de laisser l'abbé Briand se rendre en France pour y recevoir la consécration épiscopale, celui-ci eut à subir à Londres tous les obstacles que lui suscita le mauvais vouloir du ministère ainsi que l'envie et le fanatisme des protestants. Durant plus d'une année qu'il demeura dans cette ville, il essuya tous les dédains et les insultes des gens de bureau, qui | se le renvoyérent sans pitié et sans lui donner la | moindre satisfaction. Il eut à souffrir les hauteurs des membres de l’Église établie, à supporter les privations les plus pénibles, et plus d’une fois il se vit aux prises avec la misère, les ressources lui ayant souvent manqué durant ce pénible séjour.

Vers la fin de l’année 1765, un prêtre irlandais n qu’il rencontra par hasard dans les bureaux, appre- ( nant l’objet de ses démarches, et prenant en pitié sa l triste situation, l’engagea à cesser ses poursuites, en . i lui faisant comprendre que le ministère anglais, malgré li les promesses et les recommandations de M. Murray, ci demeurerait sourd à toutes ses demandes, et ne se n hasarderait jamais à se compromettre aux yeux de 26 son église au point de lui donner explicitement une réponse favorable. 11 lui conseilla de profiter de fl

la liberté que lui accordait le texte du traité de Paris, pourse rendre aussitôten France, sans s'occuper davantage du bon plaisir de l'Angleterre, l’engageant à s’y : Pr

PR se idees 1

ré ec

DU CANADA 9 î qu'ix faire consacr- : évêque, à revenir ensuite à Londres, et ï à se présen : hardiment, comme évêque catholique | ar le du Canada, au ministère, qui ne pourrait faire autre- L e en ment que de fermer les yeux sur cette démarche ". à pale, Après tant d’humiliations supportées cependant avec | s que le courage d’un prêtre chrétien, ces paroles du prêtre î | que irlandais rendirent quelqu’espoir à l’abbé Briand. I] | plus suivit le conseil qu’il en avait reçu et se rendit à Paris, ' SSUYA où bientôt après il reçut ses bulles, datées du 21 jan- ü l, qui vier 1766. Le 16 mars suivant, il fut consacré dans ÿ er la une chapelle particulière, à Suresnes près Paris, par É s des Demay de Termont, évêque de Blois. Il retourna ensuite | | tions à Londres, produisit courageusement la bulle du Pape # rises au ministère britannique , qui n’exigea de lui d’au- l man- tre formalité que le serment de fidélité au roi. On lui signifia ensuite qu’il pouvait repartir pour le Canada, dais non avec le titre d’évêque de Québec, qu’on ne lui reppre: connaissait point, mais avec celui de surintendant de lé sa l'Église Romaine : Superintendent of the Roman Church , en. in Canada. Malgré toutes ces circonstances humigré liantes et le refus que l’on faisait de le reconnaître offiray, ciellement pour évêque de Québec, sa consécration À e se n’en fit pas moins pousser les hauts cris aux protestants 4 x de zélés, et jeta l'alarme dans l’Église d'Angleterre. D une Le retour de l'abbé Briand à Québec (28 juin 1766) Ë de fut salué par les cris de joie de tous les Canadiens, qui | ris, ï an- ! Mandement de M5" Briand, aux archives de l’archevéché, — Journal du voyage ë à ; fait par M£ Plessis, évêque de Québec, dans les années 1819 et 1820, en Europe. :!

SY à Premiére partie. MS de l’archevêché de Québec.

le reçurent avec tous les honneurs dus à sa nouvelle dignité. L’allégresse fut d'autant plus grande, que l’on comptait moins le revoir revêtu de la dignité épiscopale. Le souvenir de toutes les humiliations que les nouveaux maîtres du Canada avaient fait subir à l'évêque de Québec ne lui rendit son troupeau que plus cher. Mais ce souvenir fut chez lui comme le commencement de cette défiance et de cette timidité qui firent bientôt le fonds du caractère franco-canadien, et qui réglèrent d’une maniere si déplorable pour la religion les rapports subséquents de l’Église et de l’État. La crainte de blesser les regards susceptibles des protestants empêcha même le nouvel évêque de prendre, durant les premiers mois de son retour, les marques de sa dignité : la soutane violette et la croix pectorale, dont il ne se revêtit ensuite publiquement qu'aux instances réitérées de son troupeau . Sans pouvoir entièrement se rendre compte des craintes qu'ils éprouvalent, les Catholiques prévoyants, et l’évêque le premier, ne pouvaient s'empêcher de voir qu’en le privant ainsi officiellement du titre de sa dignité, le but du gouvernement anglais était d’affaiblir l'influence de l’épiscopat et celle du clergé sur la population canadienne. Or, affaiblir cette influence, c'était affaiblir celle de la

C'est l'historien protestant Smith, qui fut à peu prés contemporain de tous ces événements, qui fait malicieusement cette remarque sur la timidité de M. Briand C'est lui aussi qui raconte que ce prélat, en s'adressant aux Canadiens, à son retour, ne se présenta pas à eux comme évêque, mais comme un simple faiseur de prétres. Ce sont de nouveaux traits à ajouter aux nombreux exemples de la méchan reté et de la mauvaise foi protestantes des hommes du gouvernement d'alors M. Smith et son pére firent tous les deux partie de re gouvernement en Canada

Fi

Ile die l’on piscoue les bir à L que > COMqui fien, et à reli- État.

s prondre, aes de orale,

insentièprou-

preivant | gou- 'épisenne, de la

ous ces Briand

retour, de prééchan-

l'alors

ada

DU CANADA 11 Religion Catholique, et préparer les populations à recevoir les sectes protestantes, qui commençaient à s’introduire à la suite des émigrations venant de l’Angleterre. Je me rappelle encore à ce sujet avoir lu une ordonnance du gouverneur anglais, publiée vers la même époque, pour soustraire à l’action de l’évêque catholique et aux pénalités de l'Eglise tout prêtre qui serait disposé à secouer le joug de l'Église Romaine pour embrasser le véritable Évangile, c’est-à-dire pour se faire protestant et se marier !.

L1 conquête ayant privé l’évêque de Québec de la plus grande partie de ses ressources, qu’il tirait de France, les séminaires de Montréal et de Québec convinrent alors de lui fournir de quoi se loger et se nourrir convenablement, avec un secrétaire et un valet de chambre ?. Aussi est-ce à dater de l’évêque Briand que les évêques ont commencé à demeurer généralement au séminaire de Québec, où ils partageaient la vie simple et frugale des directeurs, selon le vœu et l'intention de Françoïs de Laval, prenant leurs repas dans le même réfectoire que les jeunes gens qui étudiaient la théologie : coutume louable qui exista jusqu'en 1847, mais qui vient de cesser , l’archevêque actuel de Québec s'étant bâti un palais épiscopal à l’aide des souscriptions des fidèles.

{ VW. Smith. Fist. of Canada. — Gazelle de Québec. Voyez les numeros de cette époque.

* Mémoire sur le diocése de Québec, adressé à la sacrée congrégation de la Propagande, à Rome, Archives de l’archevêché de Québec, rég, D. E.

HE, à fe

Si les fidèles et le clergé en général avaient vu avec bonheur le retour de l'abbé Briand, revêtu de la dignité et du titre d’évêque de Québec, Récher, curé de la cathédrale, avait envisagé les choses sous un autre point de vue. Profitant de la vacance du siége, et comptant mal à propos que l'abbé Briand ne reviendrait qu'avec le titre précaire de vicaire-apostolique, il s'était emparé de toute l'autorité dans l’église; d'accord avec les marguilliers, il avait refusé de signer l'acte qui authentiquait la prise de possession du siége de Québec par l’évêque, dans sa cathédrale, sous prétexte que cette église était la paroissiale et non la cathédrale de Québec, quoiqu'il y eût une bulle du pape Clément À du 13 novembre 1675, qui érigeait cette église en cathédrale. Le curé et les marguilliers accordaient bien au prélat le droit d’y officier, mais ils ne voulaient point lui permettre de s’y installer comme

un évêque dans sacathédrale, avec son chapitre. Briand vi eut beau leur remontrer l’injusticeet le peu de canonicité

de leur procédé, ils persistèrent dans leur rébellion, et fr pour le moment il parut impossible de les faire céder. L La cathédrale était en voie de réparation. Depuis le al siége de Québec, on n'avait pas encore pu y dire la tc messe, et les offices publics se faisaient dans la cha- el pelle du séminaire. L'évêque, à qui il répugnait de Ù m prendre des mesures de rigueur, et d’en appeler aux se tribunaux laïques, alors tout composés de protestants, u

se résigna à prendre patience jusqu’à ce que les marguilliers et le curé fussent revenus au parti de la

avec la diiré de autre re, et 2vienlique, glise ; signer ‘siège s préla ca- | pape cette acCurils rie pomme riand 1icité pn, et éder.

is le re la

chat de

aux

nts, mare la

DU CANADA 13 soumission !. Je reprendrai plus tard ce sujet, et je ferai voir les conséquences fâcheuses qui résultérent de l'existence anormale dans l'Eglise d’un corps de laïques indépendant de l’évêque, surtout dans une contrée soumise à un pouvoir acatholique.

Après la reddition de Montréal, les sujets français des bords du Saint-Laurent et de la baie de Fundy, effrayés des victoires des Anglais, s'étaient empressés de se soumettre aux vainqueurs. Les Acadiens dispersés à Miramichi, à Richebuctou, et dans les autres établissements du New-Brunswick et du golfe Saint-Laurent, avaient également offert leur soumission à l’Angleterre. À la conclusion du traité de paix fait à Paris, qui garantissait à ces diverses populations leur liberté civile et religieuse, le New-Brunswick, l’île Saint-Jean (Prince-Edward’s Island), celle du Cap-Breton,etc.,enfin toutes les colonies du golfe furent annexées au gouvernement de la Nouvelle-Ecosse.

La soumission de toutes ces populations, d’origine française, qui précéda même le traité de Paris, et l'expression des divers articles de ce document, auraïent, ce semble, dû les mettre à l’abri de toutes vexations et leur assurer au moins la sécurité dont jouissaient celles du Canada proprement dit. Mais, ainsi que dans la Nouvelle-Écosse, leurs terres et leurs belles métairies étaient un objet d'envie pour les émigrants anglais, surtout

l'Lettres de ME Briand, aux archives de l'archevêché de Québer.

dans l’île Saint-Jean : leur perte fut donc résolue, et sous le prétexte qu'un grand nombre d’Acadiens de cette île étaient encore trop hostiles aux Anglais, non point qu’on eût à alléguer un acte quelconque d’hostilité contre eux, mais seulement parce qu'ils étaient encore hostiles, c'est à dire parce qu’ils n'avaient pas encore appris à aimer les Anglais, l’ordre fut donné de leur faire partager le sort affreux de ceux de la Nouvelle-Écosse en 1753 !. On les embarqua par force dans des navires préparés à ce dessein ; quelques-uns furent envoyés sur les côtes de France, et l’on trans- | porta le reste, comme un bétail inutile ou malfaisant, sur le continent voisin, dans les territoires sauvages et

malsains des colonies méridionales, où la plupart durent périr de faim et de misère. Il n’échappa à cette cruelle dispersion que ceux qui eurent le bonheur de fuir dans les montagnes et les bois de leur île, où ils

demeurèrent tout: le temps qu’il fallut à l'Angleterre Li pour apprendre que ces Catholiques qu’elle traitait si de mal étaient les plus fidèles de ses sujets coloniaux. li Douze ans après, la révolution de ses anciennes colonies d américaines lui montra ce qu’elle pouvait attendre P' du courage et de la loyauté des Canadiens. d Après s'être débarrassés si odieusement de ceux ré dont ils prétendaient avoir quelque chose à craindre, % se «A great number of the Acadian French on the island were still so hostile Lo di the English, that they were included in the order to remove those of Nova Scotia. $ A large number were in consequence shipped off to the neighbouring continent, « PC to the southern colonies, and to France... » Montgommery Martin, Hist. of

Prince-Edward's Island, inhis British Colonies

Lee dire (PÉPOREE Re GAS Ur te Ne ENT 1 OT

PORC SRE NETTETÉ ETES PE SR nent ve PONT

lue, et ens de $, non d'hosétaient nt pas donne de la r force 1e8-Uns | transaisant, ages et art duà cette eur de où ils leterre tait si niaux.

olonies tendre

) ceux indre,

hostile to a Scotia.

ontinent, Hist. of

les Anglais virent tout d'un coup s'élever devant eux des ennemis bien plus terribles : c’étaient les Miemacks, nation sauvage, puissante, et nombreuse, du New- Brunswick, de l’île Saint-Jean, et de la Nouvelle- Écosse. Irrités du traitement barbare qui avait été infligé aux Acadiens et à leurs prêtres, qui avaient été également leurs propres missionnaires , ils cherchèrent à les venger sur les Anglais en massacrant impitoyablement tous ceux qui avaient le malheur de tomber entre leurs mains. Accoutumés à parcourir les bois et les rochers de la Nouvelle-Écosse, c'était là surtout qu'ils tendaient des embûches aux émigrés anglais, et les habitants d'Halifax n’osaient plus se risquer à sortir de l'enceinte de leur ville, dans la crainte d’être massacrés par les Sauvages. Trop rusés pour se laisser prendre par les soldats du gouvernement , les Micmacks échappaient à toutes les manœuvres de la garnison, et la mort la plus cruelle faisait chaque jour de nouveaux vides parmi les colons. Dans l’impossibilité où il se voyait de faire cesser par la force un état de choses si funeste , le gouverneur d'Halifax appela près de lui l'abbé Maillard, ancien vicaire-général de Louisbourg, qui depuis la paix était sorti de la retraite où il s'était caché, et qui continuait, en missionnaire et en prêtre zZélé, à parcourir les peuplades saivages, ainsi que le petit nombre de villages acadiens restés au Cap-Breton et à la côte de Miramichi, pour leur porter le secours de son ministère.

Depuis plus de vingt-cinq ans,ce digne ecclésiastique

sr an =,

Page 1