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était l'objet de la plus profonde vénération de la part des Acadiens et des Micmacks, qui avaient en lui une confiance sans bornes, Le gouverneur d’'Halifax le pria d’user de son influence sur ces derniers afin d'arrêter leurs cruautés, et l’invita à fixer sa demeure dans cette ville. Maillard était prêtre et catholique : il oublia le mal que lui avaient fait ses persécuteurs, et n’eutqu’un mot à dire aux Sauvages pour mettre un terme à leurs représailles.
Le gouverneur de la Nouvelle-Écosse, reconnaissant ses services, lui accorda en même temps une pension de deux cents livres sterling, et, à une époque où l’Angleterre gardait encore une haine si fanatique à la Religion Catholique et à ses ministres, l'abbé Maillard eut une église à Halifax, qui lui fut bâtie par ordre du gouvernement. Dès ce moment, les Sauvages y vinrent tranquillement entendre la sainte messe , et l’on n’entendit plus jamais parler d’aucun meurtre ‘.
Les Acadiens qui avaient échappé à la déportation générale, dispersés dans le pays, eurent alors euxmêmes la liberté de se réunir auprès de l’abbé Maillard et de pratiquer sous sa protection les devoirs de la Religion. Environné de la considération que lui attiraient ses vertus et son influence, Maillard vécut encore plusieurs années à Halifax. Attaqué d’une maladie grave, il fut visité par un ministre anglican , qui lui offrit ses services afin de le disposer à bien mou-
! Journal du voyage fait par Mr J.-0. Plessis dans les missions du golfe Saint- Laurent, én 1815. MS. de l'archevéché de Québec.
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rir, Le bon vieillard le repoussa doucement, et lui fit cette réponse digne d'un prêtre catholique : — J'ai servi Dieu toute ma vie, et chaque jour je me suis préparé à la mort, en lui offrant le saint sacrifice de ln messe, — 11 mourut sans sacrements, puisqu'il était seul prêtre dans la Nouvelle-Ecosse, mais, plein de confiance dans la bonté du Père céleste !, ne laissant que son cadavre aux protestants, qui lui firent des obsèques magnifiques (1768). L'abbé Maillard appartenait, ainsi que je l'ai dit, à la congrégation des Missions-Étrangères de Paris.
Lorsque la nouvelle de sa mort arriva à Québee, l'évêque envoya, pour le remplacer auprès des Micmacks et des Acadiens, Bailly de Messein , qu’il nomma son grand-vicaire pour toute l’ancienne Acadie (Nouvelle-Écosse et New-Brunswick), l'ile du Cap-Bretonet celle de Saint-Jean ou Prince-Edward, A Bailly, qui n’y resta pas longtemps,succéda l'abbé Bourg; mais ni l’un ni l’autre ne parvinrent jamais à remplacer véritablement auprès de ces populations le vénérable vieillard qu'elles avaient perdu.
Le nombre des émigrants catholiques écossais et irlandais commençant à s’accroître alors dans les nouvelles colonies anglaises, l'évêque de Québec avait, en 1767, élevé aux ordres sacrés un jeune Ecossais, Alexandre Mac Donnell, qu’il envoya exercer le saint ministère parmi les sujets britanniques de
Vtd. ibid — Archives de l’archevêché de Québec.
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15 HISTOLRI la langue gaëlique et anglaise de File du Prince-Edward et de ln Nouvelle: Écosse 3 c'était le premier prêtre fourni par la Grande-Bretagne dans cette contrée, où il vécut quarante-trois ans, environné, comme Maillard, du respect et de l'amour de ses compatriotes, et surtout des habitants d'Antigonish, dont 11 fut particulièrement le pasteur",
En vertu de la capitulation de Montréal et du traité de 1763, dont les articles accordaient aux Canadiens le libre exercice de Ja Religion Catholique, ceux-ci avaient conservé non seulement le droit d'avoirun évéque, mais encore le titre de eet évéque aurait dû être reconnu du gouvernement, et éet évêque aurait dû être libre de demander à Rome nn coadjuteur, avec droit de succession ; suivant les formes canoniques. Mais, au mépris des capitulations et du traité, ces droits et ces l'ibertes, ce libre erercice, ouvertement stipulés, furent méconnus par le cabinet britannique, qui, pendant plus de soixante ans, travailla sans relâche à anéantir l'influence de la Religion Catholique, pour établir plus sûrement l'anglicanisme sur ses ruines. Il y travailla, en avilissant l'épiscopat dans la personne des évêques, et en s'emparant astucieusement de l'élection des coadjuteurs. Or, c’est un fait constaté par les actes déposés aux archives de l’archevèché de Québec, que tous les évêques et archevêques de cette ville, à commencer par le successeur de l'abbé Briand,
U Lettre pastorale de M4 Plessis aux habitants de la Nouvelle-Écosse, — Aux archives de l'archevèché de Québec.
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DU CANADA 19 furent choisis par les gouverneurs du Canada, jusqu'i Mer Signay, prédécesseur de larchevéque actuel de Québec, imelusivement. Ces actes prouvent encore de la manière la plus évidente que plusieurs de ces choix ne furent pas seulement acceptés avec indifférence par le elergé,mais qu'ils lui furent forcément imposés et que toutes les nominations, à peu d’exceptions près, eurent pour objet les membres de ce clergé les moins capables de soutenir le poids de l’épiscopat, et faits plutôt pour en déconsidérer le caractère auguste aux yeux des Catholiques aussi bien que des protestants.
Avant d'en venir aux faits destinés à constater cette proposition, je citerai à l'appui de ce que je viens de dire les paroles écrites par lord Durham, à ce sujet, dans son mémoire à la reine : « Le Bas-Canada, dit- » il', avait, lorsque nous le recûmes à la conquite, » deux institutions qui seules conserverent le sem- » blant de l'ordre et de la civilisation dans la société, » —- Église Catholique et la milice, qui était cons- » tituée et employée de manière à suppléer partielle- » mentau manque de meilleures institutions civiles. » L'heureuse influence de l'Église Catholique a été » limitée et affaiblie ; Va milice est maintenant anéan- » tie, »
Après toutes les entraves mises à la nomination de l'abbé Briand, et les outrages dont il l'avait abreuvé à Londres, le ministère britannique , cédant malgré lui
\ Rapport de lord Durham, haut commissaire de S. M., sur les nffaires du Canada,